mardi 3 octobre 2017

Le dernier jour d'un condamné

William Mesguich s'est emparé de l'adaptation que David Lesné a faite du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo pour en jouer tous les registres dans un décor qui parvient, grâce à de puissants jeux de lumières, à suggérer aussi bien l'enfermement que l'appel de la liberté.

L'espace scénique représente symboliquement un cube blanc, d'une extrême simplicité, avec juste un tabouret et une fenêtre à barreaux pour signifier la prison, tandis que l'absence de murs de coté laisse à l'imagination le pouvoir de s'évader.

Tout est blanc, comme un écran sur lequel on pourra projeter des images, des visions ... alors que l'avenir est sombre. L'étroitesse de l'espace de jeu est adéquat pour renforcer l’oppression de l’enfermement. Le comédien tourne en rond, répétant en boucle l'annonce de sa condamnation à mort, jusqu'à l’obsession, en toute logique, car il y a de quoi devenir fou.

C'est à bon escient que le spectacle s'achève avec la voix de Robert Badinter dont un des premiers textes législatifs en tant que Garde des sceaux fut de demander, le 17 septembre 1981, l’abolition de la peine de mort. C'est un texte essentiel à réentendre. Les jeunes générations peuvent avoir oublier que de telles condamnations ont perduré au XX°siècle et que des innocents ont pu perdre la vie.

Le propos de Victor Hugo n'est pas de savoir si la peine est juste ou non. On ne saura du condamné ni son nom, ni le forfait qu'on lui reproche, ni la date des faits, encore moins s'il est injustement déclaré coupable. Le propos du poète est d'interroger ses concitoyens sur la violence de la peine.

L'homme condamné est anonyme, mais il révèle une humanité intense, en particulier lorsque ses pensées se tournent vers sa petite fille, ou lorsque apparait une photo de famille et qu'elle le conforte dans son état, qui ne peut pas être celui d'un monstre. 

Une bande-son bien réfléchie enchaine des bruits de pas, de lourdes clés dans des serrures, de fond de canon et d'orage alors qu'on devine le son que la lame fera en sectionnant bientôt les vertèbres, évoquant la guillotine qui était utilisée depuis 1792, soit 37 ans avant la date de publication du texte (1829).

Le docteur Guillotin (d'où son nom) imposa le principe d'une machine à décapiter pour se substituer aux tortures qui étaient jusque là perpétrées, ce qui représentait une forme de progrès. La section de la moelle épinière entraîne une perte de connaissance instantanée, parait-il sans souffrance.

Evidemment Victor Hugo remet en cause cette affirmation à propos de la suppression de la douleur physique (de la mort) même s'il fait dire au condamné : la mort de cette façon est simplifiée. Ils disent qu’on ne souffre pas. Mais il insiste surtout sur la douleur psychique que le comédien rend visible.

Le rôle est complexe à interpréter. William Mesguich est bouleversant. Il incarne un niveau de souffrance d'une intensité hors normes. La mise en scène aurait pu, de mon point de vue, gagner en puissance sans qu'il soit nécessaire que le comédien se laisse choir aussi souvent sur le parquet.

Je ne suis pas certaine non plus que Vivaldi et Erik Satie, tant utilisés au cinéma comme au théâtre, soient les meilleurs choix musicaux. Pas davantage que les vers du célèbre poème de Victor Hugo demain dès l'aube ... Tout cela apitoie et conforte la démonstration qui devient implacable, ne laissant aucune place au doute alors que Victor Hugo n'avait pas dévoilé ses intentions lors de la première édition.

La peine de mort a été abolie. Elle est cependant parfois remise en cause. En ce sens Le dernier jour d’un condamné demeure un plaidoyer fondamental. Encore faudrait-il que le spectacle fasse percevoir que la loi de 1981 pourrait être menacée.

Le dernier jour d'un condamné d'après Victor Hugo
Adaptation de David Lesné
Avec William Mesguich
Mise en scène de François Bourcier
Du 29 août au 3 novembre 2017
Du mardi au samedi à 19 heures
Le dimanche à 17 heures
Au Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles
75017 Paris

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