samedi 19 mai 2012

La nuit des musées chez Chateaubriand

Il n'habita la vaste demeure de la Vallée aux loups que l'espace de dix ans. Mais le nom de Chateaubriand est désormais indissociable de Chatenay-Malabry (92) qui célèbre sa mémoire aussi souvent que possible.

Ce soir le Studio-Théâtre d'Asnières et le CFA des comédiens faisaient revivre le souvenir des XVIII° et XIX° siècles au cours d'une déambulation littéraire et théâtrale dans la maison et dans le parc.

Onze scènes ont été jouées plusieurs fois, toujours pour un groupe n'excédant pas deux douzaines de personnes, rassemblées en six lieux. Impossible de distinguer les professionnels aguerris de ceux qui sont en formation. Aucun des 23 comédiens n'a démérité et Hervé Van der Meulen avait de quoi être satisfait de sa réalisation. la météo, aléatoire ces derniers jours avait décidé d'être clémente. On peut dire que l'atmosphère était magique.
Alfred de Musset ouvrait la soirée avec les efforts soutenus d'un comte amoureux menant "l'insupportable cour" auprès d'une marquise "blasée". Cet extrait d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée était donné dans la salle à manger devant un public surpris de se trouver à portée de main des comédiens. Cela change radicalement le rapport à la scène.

Dans le salon de compagnie éclate une dispute entre l'oncle Van Buck et son neveu Valentin qu'il voudrait convaincre d'épouser Mlle de Mantes pour éponger ses dettes. On peut s'étonner de la différence de mode de vie comparativement à presque deux siècles d'écart, mais les interrogations demeurent identiques : Il ne faut jurer de rien ...

Plusieurs textes sur la nature, le dessin, les paysages seront récités en divers endroits. Les lieux s'y prêtent et j'encourage ceux qui ne le connaissent pas à visiter en journée l'arboretum voisin (qui de plus est gratuit). Chateaubriand a beaucoup célébré la nature qu'il voyait "séduisante et sublime".

Dans la chambre de Juliette Récamier, tendue de toile aux motifs de roses rouges et de bleuets Clitandre s'apprête à séduire Cidalise, en jouant une scène savoureuse de la Nuit et le moment. Incontestablement plus ardente que la conversation de tout à l'heure entre le comte et la marquise. Il parait que Musset s'inspira de Crébillon On se plait, on se prend ...  qui résonne avec modernité.
A l'Orangerie la sincérité de l'Enfant gâté de madame de Genlis a été saluée. Le public aurait volontiers poursuivi. Mais d'autres comédiens attendaient devant la maison pour jouer avec beaucoup de brio la parfaite Egalité ou les Tu et les Toi de Dorvigny.
Les quiproquos étaient fort savoureux et là encore la qualité de l'interprétation faisait regretter la brièveté de la scène. Si l'on enseignait le pluriel et le singulier aux écoliers avec cette argumentation on peut croire que l'échec scolaire diminuerait.

Sur le coté de la Maison, le vice-roi a bien du mal à résister au caprice de La Périchole lui réclamant un cadeau extravagant : un carrosse d'or où la belle compte se faire remarquer dans les rues de Lima. L'idée de Prosper Mérimée, écrivain et inspecteur des Monuments historiques, sera reprise par Offenbach.
Sous le marronnier Arlequin amoureux malgré lui, fait revivre l'esprit de Jean-jacques rousseau, sans lequel la soirée n'aurait pas été complète. Les costumes de Fleur d'orange et d'Epine-vivette étaient particulièrement réussis. Les deux fées ont accompagné le public sur la sente montant à la Tour Velléda pour entendre d'autres extraits de Rousseau, de Chateaubriand et de Musset.


Une brume impalpable montait du vallon. Les rhododendrons exhalaient un doux parfum. Leurs tête fleuries prenaient des allures de pommes d'or sous le feu des projecteurs aux abords de la maison. Très belle soirée inventive, culturelle et romantique comme il se doit. Elle donne envie d'aller visiter d'autres maisons d'écrivains. En souhaitant être aussi bien accueilli partout.
Pour connaitre l'actualité de la maison de Chateaubriand voir leur site.

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