mercredi 2 mai 2012

La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils

La petite fêlée, c'est le titre du livre par lequel je suis entrée dans l'univers de Nadine Monfils. Je la connaissais depuis plus d'un an, de nom, et puis de rire et de visage, mais à force de faire passer les urgences en priorité on remet à plus tard quelques bons moments.

Et puis l'ouvrage est arrivé dans ma boite aux  lettres sans que je l'ai sollicité. Un hasard ? Impossible à croire pour Nadine qui connait l'avenir presque comme sa poche. Toujours est-il que ce bouquin s'est pointé au bon moment. J'avais le moral plus bas que les chaussettes et Mémé Cornemuse m'a secouée comme un poirier.


Je me suis dit qu'une femme comme elle, il fallait passer au moins une heure en sa compagnie au moins une fois dans sa vie. Çà a l'air facile si on en croit le ton du billet du 26 avril vous donnant rendez-vous à la Midinette mais çà n'a pas été de la tarte. D'abord, je n'avais pas tous ces indices, que j'ai rassemblés à posteriori, et que j'ai glissés dans le billet.

Ensuite et surtout la dame a deux amours, Bruxelles et Paris. Elle vit à mi-temps avec l'un et avec l'autre pour n'en fâcher aucun. Il faut viser juste sur le calendrier ... ou camper sur la Butte. Elle pourrait bien y planter un mobil home, une fois rénové celui que Mémé a pulvérisé, rapport à la bouteille de laque qu'elle a posée malencontreusement trop près du poêle.
Je me faisais du souci. Soit Nadine était dans la vie comme dans ses romans, ou dans ses films, ou dans ses pièces de théâtre, et j'avais intérêt à être en forme pour la suivre. Soit tout était inventé. J'ai vite été fixée. Son univers est kitsch mais facile d'accès.

Plus charmante qu'elle, difficile. Elle est douce, calme, attentive. Midinette peut-être mais très élégante, avec ses petites pinces roses qui retiennent sagement ses cheveux, ses bracelets d'argent, son aigue-marine taille émeraude, sa robe chasuble noire sur un tee-shirt flashy ...

Faut pas s'y tromper, la coquette est un garçon manqué avec un perfecto dans le coeur qui se reconnait une attirance pour les "tombés du camion".

C'est la même qui a été prof de morale pendant 18 ans (mais en Belgique cet enseignement est très proche de l'Education civique) et qui a publié cinq livres érotiques. Les contes pour petites filles perverses ont été illustrés par Léonor Fini. Ce fut un succès dès leur parution en 1981. Ils ont été réédité à la Musardine en 1995. Nadine a créé le personnage de Léon, un commissaire qui passe pour un fantasque dans l'univers du roman policier. La série entière sera désormais disponible en juin chez Belfond. Léon partage avec Mémé Cornemuse, une nouvelle venue chez Nadine depuis les Vacances d'un serial killer, lequel livre va lui sortir en Pocket en juin, une passion pour le tricot (comme elle et comme Annie Cordy, une de ses amies et actrices fétiches).

Toujours la même Nadine, rebelle et asociale, qui passe pourtant des journées en prison à Rouen, Valence ou Cognac, pour animer des ateliers d'écriture. Les matonnes peuvent bien oublier de revenir la libérer, la contraignant systématiquement à louper le train du retour, ce n'est pas une telle manoeuvre qui va l'arrêter. Les prisons sont des lieux où on n'aide pas les gens. on les casse. Alors Nadine fait ce qu'elle peut pour contrer le système, en pure rebelle.

Elle est naturelle. S'adresse à vous comme si vous étiez en porcelaine. Avec une voix qui chante. Il faut tendre l'oreille pour saisir des intonations dont on se demande d'où elles viennent, parce qu'elles sont inhabituelles.

Elle parle tranquillement alors qu'elle bout de mille projets. Le dernier en date est la réalisation de Nickel blues, un polar dont la réédition vient de sortir en livre de poche aux éditions Mijade. Elle rassure son agent au téléphone sans émotion apparente, à propos de la distribution du film, répondant que oui, elle a eu Andréa Féréol tout à l'heure, Rufus aussi est OK, Annie Cordy aussi, et Arno pour la musique et ... puis reprend le cours de notre échange comme s'il ne s'était rien passé. Ah oui ...nous parlions de son précédent film,  Madame Edouard, disponible à 1, 99€ sur CDiscount, avec des acteurs qu'elle adore comme Didier Bourdon, Dominique Lavanant ou Michel Blanc ... qui s'est mis au tricot pour ses beaux yeux, et avec un certain plaisir.

Nadine Monfils est née dans le fantastique et a longtemps cru que le monde était comme çà. Le surnaturel lui est naturel, ne sachant pas exactement si elle a un don pour prévoir ce qui va arriver ou si ce n'est que le résultat d'une extrême attention à ce qui l'entoure. Elle a commencé à écrire à l'âge de 8 ans, à publier à 20 et c'est le regard des autres qui lui a fait prendre conscience de ses particularités.

Elle est très productive, capable de boucler un livre en deux-trois mois, même si les choses ne sont pas exactement aussi simples. Parce qu'on ne sait jamais quand on commence et quand on finit. Elle invoque le mot de Picasso : Combien de temps pour faire une toile ? Une vie !
Ecrire, c'est comme entrer dans un jardin secret empli d'herbes folles, sans contraintes ni tabous. C'est une passion, donc c'est impulsif. Je peux rester une journée sans écrire, à vaquer aux tâches ménagères, céder à une forme de fainéantise. Mais je peux aussi bien sortir 20 pages (ce qui est énorme). Je me réveille souvent au milieu de la nuit avec la suite de l'histoire.
Elle peut vous poser des questions qui resteront sans réponse, comme celle-ci : pourquoi en France vous tricotez avec des aiguilles courtes alors qu'en Belgique on n'utilise que les grandes, ce qui est tout de même plus pratique pour les coincer sous les bras. Ce que je sais, c'est que chez moi on ne "coince" pas.

La petite fêlée aux allumettes est un Monfils pur jus. L'auteur préfère décidément Barbe bleue au Prince charmant. elle adore l'adrénaline et en saupoudre toutes les pages, mais elle le fait avec tant d'humour que l'horreur s'en trouve en quelque sorte digeste.

L'histoire démarre une nuit, dans les rues de Pandore, sorte de Bruxelles imaginaire qui lui a été inspirée par René Magritte où Nadine peut faire évoluer ses personnages en pleine liberté, à la limite du plausible. Nake tombe sur un sale type qui la séquestre. Elle s'échappe et se réfugie chez sa grand-mère, qui l'a élevée à la mort de sa mère en la nourrissant de contes de fées pour la protéger des horreurs du monde. Mais la jeune fille la retrouve morte une boîte d'allumettes serrée dans le creux de sa main.

Désemparée et seule, Nake se met en quête de retrouver son père, disparu à sa naissance. Entretemps elle découvrira de terrifiants secrets de famille et des cadavres dont elle voit la fin atroce à chaque fois qu'elle craque une des allumettes de la boite de sa grand-mère. L'inspecteur Cooper et son coéquipier Michou, flic le jour, travelo la nuit, vont mener l'enquête avec l'aide inattendue de mémé Cornemuse, sorte de miroir de Nake, en pire, qui lit dans les lignes de son tricot et voue un culte à Jean-Claude Van Damne...
Y'a que son molosse de Léon dont il faut se méfier. Très photogénique (il fait la couverture de Tequila frappée et il ne vous aura pas échappé que le commissaire lui a emprunté son nom), mais très énergique. Un énorme dogue ne l'impressionne pas et c'est le colosse qui recule. Que vous soyez people ou passant il grincera des dents avec la même ardeur. Jaloux comme une teigne.

Nadine m'a aussi parlé de Montmartre avec amour. parce qu'on peut y nouer de vraies relations de voisinage, avec des habitants qui deviennent vite des copains. Ce quartier n'est pas Paris, mais un village à part et une commune libre. Son maire porte un chapeau boule (un melon si vous préférez) et cette caractéristique est un compliment dans la bouche de la réalisatrice qui a donné ce nom à sa maison de production.

Quand ses habitants se rendent dans un autre arrondissement ils préviennent qu'ils "vont en ville". Nadine donne volontiers ses bonnes adresses (voir le billet du 26 avril cité plus haut). Ce n'est pas un hasard si elle a donné le nom de Michou à un des personnages de son dernier livre. Elle le dédie, entre autres, à cet homme qui habite le quartier.

Elle ne croit pas au hasard qu'elle provoque sans répit. Elle a trouvé son producteur en faisant une erreur de numéro de téléphone. Rebelote avec l'éditeur. Elle cherchait quelqu'un d'autre quand elle s'est tombée sur la standardiste de Belfond qui lui a dit : attendez, je vous passe quelqu'un. Quelques minutes plus tard sa correspondante était convaincue : envoyez moi votre texte. Six mois plus tard elle était publiée. Savait-elle ce matin là qu'elle allait parler avec sa future directrice littéraire ?

Le temps a glissé plus vite que les mailles sur une (longue) aiguille. J'ai failli être en retard au spectacle avec lequel j'enchainais, un peu plus haut, au ciné 13 où je suis arrivée haletante en suivant le raccourci indiqué par Nadine. Je suis un peu stupide. Je l'ai quittée sans avoir songé à lui demander une dédicace. Un truc pour revenir. Et puis j'ai plein d'adresses à tester.

Avec une de plus en prime, avec laquelle je suis surprise de me trouvée nez à nez au 26 rue Tholozé, à l'enseigne engageante, Tentazioni, qui est recommandé cette fois par Michèle Barrière, dont j'ai chroniqué le Sang de l'hermine le 14 avril dernier. Preuve qu'il faut croire au hasard.

La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils, éditions Belfond, février 2012

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