jeudi 3 mai 2012

Un concert de Boogie Woogie à Beuvron-sur-Auge digne du programme de la Roquebrou


Cela fait seize ans que  Philippe David met à l'affiche les plus grands noms du Boogie Woogie qui à Beuvron-sur-Auge. Je ne connais pas (pas encore) ce genre musical dont pourtant je m'étais promis de rendre compte un jour. Je sais combien le public peut être fidèle aux artistes et je ne suis pas étonnée d'avoir vu une salle aussi enthousiaste samedi dernier aux Haras de Sens.

Avec encore des artistes internationaux comme la chanteuse et danseuse américaine Nicolle Rochelle, qui incarna Josephine Baker dans la comédie musicale de Jérôme Savary au Casino de Paris, et qui sera à l'affiche du 14ème Festival International de Boogie Woogie de La Roquebrou (15) du 9 au 12 août prochain. A moins de trente ans la jeune femme conjugue beaucoup de talents : la comédie, la danse, le chant. Avec en prime une simplicité exemplaire.

On dit que La Roquebrou est le plus grand festival au monde. Comment qualifier alors la soirée de Beuvron ?

D'accord, il n'y avait pas de piano à queue l'autre soir, Deauville ayant réquisitionné une quinzaine d'instruments. Mais, comme le dit Philippe David "le plateau était là" équipé de deux pianos droits qui devaient livrer un son identique, avec juste moins de confort pour les musiciens. Il est vrai qu'aucun ne s'est plaint, ni au cours du concert (Sylvan Szingg a même fait remarquer avec humour qu'il avait l'impression d'être projeté dans les années 30 quand les musiciens n'avaient pas mieux), ni après, backstage. Il faut y être pour le croire. Les relations sont désormais amicales entre la famille David et eux. Il arrive même que certains viennent "pour le plaisir", en vrais artistes qu'ils sont.
Pour ceux qui comme moi ne connaissaient pas le Boogie, je dirais en résumé qu'il s'agit d'une forme de blues rapide et plus rythmé que des pianistes noirs américains ont joué dès le début du XX°siècle. D'abord installés dans des campements ouvriers des états du sud, ils ont migré vers les villes du Nord. C'est leur accompagnement en ostinato longuement répété par la main gauche alors qu'ils improvisent de la main droite qui a donné le nom au genre musical.

Leur musique évoque le bruit des essieux (boogies) des trains roulant d'un rail à l'autre. Le rythme est naturellement entrainant, en une sorte de blues joyeux. Ajoutez à cela le caractère facétieux des musiciens qui montrent le plaisir qu'ils ont de jouer ensemble.

Samedi soir chacun des pianistes invités exécutait deux morceaux seul en scène puis le troisième avec l'artiste suivant occupant alors le second piano. Le concert se déroulait en quelque sorte en "tuilage" dans une harmonie heureuse. Si bien que quel que soit l'endroit où vous étiez assis il y avait un morceau où le pianiste jouait de dos et un autre face à vous.

Sylvan Szingg est arrivé le premier, accompagné de Nuno Alexandre à la contrebasse et de Valèrio Félicé à la batterie. Il s'est amusé avec un standard "classique". Ce fut Casse-Noisette de Tchaikovsky. 
Martin Schmitt et Anke Angel l'ont rejoint presque immédiatement. Ils ont alterné les rythmes endiablés avec des morceaux plus simples et plus lents.

Un blues, un "vrai" fut proposer pour le "rest", c'est-à-dire le repos avec Cow-cow boogie, chanté pour la première fois par Ella Fitzgerald. Martin Schmitt nous offrit une superbe résonance avec l'air bien connu de Tico Tico no Fuba.


Jelly Germain Ngono et son fils Osiris ont multiplié les numéros de claquettes, bientôt rejoints par Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker, qui fut une des surprises de la soirée.

Une autre fut la participation de Robert Shumy et de son orchestre. Le guitariste autrichien avait effectué la veille un concert intime aux Trois damoiselles et avait décidé de rester en raison de la qualité de l'ambiance. Son harmoniqueur l'a accompagné avec une virtuosité et une connivence extrêmes. Lui-même n'a pas manqué d'humour en nous montrant ses boots argentées, en peau de serpent, qu'il m'a dit avoir déniché en Slovénie.
 La complicité entre les artistes était remarquable depuis les coulisses.
Il y eut aussi Antoine Daufresne, jeune pianiste de 14 ans qui inaugura la seconde partie du concert. Le garçon a déjà un excellent toucher et il fut très heureux de bénéficier des conseils de Julien Brunetaud jusque très tard dans la nuit. Ces deux-là ne semblent jamais ressentir la moindre fatigue. Et pourtant le boogie est un genre qui réclame de l'énergie.
Aucun doute qu'avec Antoine et Osiris la relève est déjà assurée.
L'Europe était largement représentée avec des musiciens venus d'Allemagne, de Hollande et de Suisse, mais aussi de France, avec Julien Brunetaud, sacré meilleur joueur de blues européen, pour la première fois ici à Beuvron. Egalement les Etats-Unis avec Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker.
Le public ne s'y est pas trompé tant il y avait affluence autour des artistes pour demander des dédicaces à l'entr'acte. Même entre eux ils ont griffé des autographes.
Un énorme "boeuf" clôtura la soirée avec l'annonce du prochain rendez-vous à Beuvron, le 13 octobre. D'ici là La Roquebrou bien sûr, désigné comme étant l'AOC du boogie par Philippe Roelens, le créateur du festival de Marcq-en-Baroeul qui vous donne lui, rendez-vous la nuit du 17 novembre, au Théâtre Charcot.
Une autre bonne idée serait d'associer musique et gastronomie en prévoyant de venir en Normandie le premier week-end de mai 2013 pour dans la journée vous rendre au festival des AOC de Cambremer, tout proche, et le soir au concert de boogie-woogie à Beuvron.
Le site des Trois damoiselles et de ses chambres d'hôtes
Celui du Manoir de Sens tel 02 31 79 23 05
Et Marcq-en-Baroeul
Enfin pour suivre les chroniques publiées autour du festival des AOC sur A bride abattue taper "festival des AOC A bride abattue" sur Google

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