mardi 26 février 2013

Andy de Brigitte Kernel, aux éditions Plon

Andy est le diminutif d'Andrew. L'artiste fut tellement célèbre que cet indice nous suffirait pour savoir que le livre va nous parler de Warhol, lequel nom est lui aussi une amputation depuis que le magazine Glamour a oublié le "a" final. Il faut reconnaitre que Andy Warhol sonne mieux qu'Andrew Warhola.

Ce n'est pas un hasard si le titre focalise sur le prénom, comme pour justifier que l'auteur esquivera la majeure partie de la vie du héros. Si vous attendez une biographie il faudra aller la lire ailleurs. Par contre si vous avez envie de vous glisser un moment dans la peau du personnage alors oui, vous pouvez commencer la lecture.

Vous apprendrez tout de même deux-trois choses. Forcément. Impossible de faire l'impasse sur son homosexualité, sa honte et sa culpabilité, son enfance, la maladie qui l'a menée dès l'âge de six ans à exploiter une passion pour le coloriage et le découpage, ses obsessions religieuses mais pas que ... et notamment celle du nombre 11 (p.55).

Brigitte Kernel nous prévient très vite (p. 16) : je ne suis surtout pas là pour vous donner une belle image de moi.

Il n'empêche qu'elle nous tend un portrait qui semble plutôt juste de cet homme qui a atteint son premier objectif de devenir célèbre et riche ... ce qui s'avèrera pour lui le meilleur moyen d'atténuer ses angoisses. Contenir n'est pas guérir. La notoriété lui apportera le respect et une forme d'apaisement, mais également la jalousie qui ne lui sera pas davantage supportable que la moquerie.

L'auteur prend prétexte de l'attentat de Valérie Solanas, joliment désignée sous le nom de Satanas par la mère d'Andy, comme point de départ d'une série de 11 consultations, toutes programmées à 11 heures avec un psy. Cet artifice lui permet de faire vivre la voix de cet homme qui semble préférer le travail à la réflexion.

Parler c'est déjà souffrir (p. 113) ... Je me vide comme une eau sale dans le siphon d'un lavabo (p. 77) ne doivent pas faire oublier qu'il a eu pour spécialité de mettre sa vie en scène, quitte à parler de lui à la troisième personne.

Le mystère restera. Ç'aurait été une trahison que d'éclairer trop violemment le champion de la dérobade. D'autres biographies ont déjà été publiées sur le pape de la pop et la réussite de Brigitte Kernel est de nous faire passer un moment au plus près de cette personnalité hors du commun.

Andy de Brigitte Kernel, aux éditions Plon, 2013, dans la collection Miroir où est déjà paru le non moins formidable Lennon imaginé par David Foenkinos.
Livre chroniqué dans le cadre de Babelio.
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