lundi 25 février 2013

Les enfants de Babel de Eliacer Cansino à l'Ecole des loisirs


Indiens, Marocains, équatoriens, espagnols, Guinéens, Nigérians … ici vivent les Enfants de Babel, Berta et Lucia et Rachid et Stefano et Gil et Ángel et Nor.

La Tour n’est pas Babel mais elle pourrait l’être, tant elle est fébrile, tant y règne le désordre. (…) Silhouette de géante famélique, bloc acide et inhumain, hérité du développement débridé des années 1970, érigée à Alfarache, une banlieue très défavorisée de Séville, qui compte le plus grand nombre de nationalités émigrées.

Un jour, Nor manque à l’appel dans la classe où Ángel enseigne la philo. Il explique dans une lettre qu'il est parti chercher son frère qui doit arriver de Guinée par bateau, à la merci des passeurs. Alors, tout se met en branle. Et parce que Ángel se décide à sonner à la porte de son voisin Gil, tous ces gens qui s’ignoraient vont comprendre qu’ils font partie de la même histoire.

Eliacer Cansimo a conçu l'histoire autour d'un grand nombre de personnages. Mais les lieux et les objets ont une importance déterminante, en particulier un livre.

On monte et descend la Tour, s'arrêtant à divers étages. On va au lycée. On fait halte dans une décharge. On empruntera la route qui conduit à la plage un soir de tempête. On vivra au rythme d'une histoire que les protagonistes ne maitrisent pas parce qu'ils la vivent en fonction de leurs contradictions et d'alliances qui ne sont pas définitives. Comme dans la vie ... 

Il est question de survie, malgré les problèmes affectifs, de travail, d'intégration, d'immigration. On pèse le permis et l'interdit à l'aune de différents codes d'honneur. Le moteur est l'émotion qui est entretenue pour susciter la réflexion. Parce qu'on ne peut pas suivre le raisonnement de Pascal: tous nos problèmes viennent du fait que nous ne demeurons pas tranquilles dans notre chambre.

On devine que le professeur de philosophie n'a pas pu lui, se retenir, de titiller notre conscience. Agir ou laisser faire, telle est la question qui sous-tend son propos. j'ai beaucoup aimé la définition de l'optimiste qu'il place dans la bouche d'Ángel (P. 164) : L'optimiste est celui qui est tellement attiré pat la possibilité d'un succès qu'il ne redoute pas l'échec. Le pessimiste est celui qui a tellement peur de l'échec qu'il ne se met pas en situation de réussir.

C'est aussi un bel hommage à la littérature qui est le vecteur de la transmission. De multiples références ponctuent l'ouvrage. A commencer par le nom d'Alfarache que les hispanophiles rattacheront aussitôt à Guzman de Alfarache, un roman picaresque écrit par Mateo Aleman au XVIe siècle, et qui jouera un rôle déterminant dans l'histoire. 

J'ai eu la chance de rencontrer Sophie Hofnung qui a traduit ce livre. Elle m'a appris que si l'auteur est lui-même professeur de philosophie dans un collège d'Alfarache la comparaison s'arrêtait là. C'est un écrivain engagé qui pose des questions existentielles aux adolescents et circonstancielles aux adultes, sans sacralisation aucune dans l'issue qui n'est pas ... romanesque qui fait de ce livre un ouvrage qui s'adresse à tous les âges.

Eliacer Cansino est né à Séville en 1954. Il a reçu en 1997 le prix Lazarillo pour El misterio Velázquez. En 2009, il a reçu le VIe Prix Anaya de littérature pour l'enfance et la jeunesse avec ce roman Les enfants de Babel.

On pourra le lire avant ou après le film La Pirogue qui présente une vision moins positive du même thème mais très réaliste cependant, et dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici.

Les enfants de Babel d'Eliacer Cansino, traduit par Sophie Hofnung, Ecole des Loisirs, mars 2013 collection Médium

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