mardi 5 février 2013

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons chez Calmann-Lévy


(mise à jour 4 juin 2013)

J'aurais du prendre garde à la note imprimée en première page et qui est un précieux indice sur la fin de l'histoire. C'est le fait réel qui l'a inspirée à Natasha Salomons, l'histoire du village fantôme de Tyneham.

J'avoue avoir été rétive à entrer dans le récit, m'interrogeant sur le choix des bibliothécaires du Plessis-Robinson de le faire figurer dans les 5 livres (cinq c'est peu et on s'attend à un choix remarquable) de leur prix littéraire 2013. J'ai pensé que c'était une énième version d'un récit de fuite pendant la Seconde guerre mondiale.

Le destin d'Elise apparait proche de celui d'Anne Frank, à ceci de différent que son père lui obtient un visa pour l'Angleterre, non pas comme résidente mais comme travailleuse. Et les peines de cette jeune bourgeoise à endosser le tablier de la femme de chambre ne m'ont d'abord guère apitoyée. Il y eut tant de personnes qui n'eurent pas sa chance d'échapper à l'horreur nazie. De plus elle avait la double chance d'arriver dans une famille qui ne connaissait pas la misère et elle pouvait manger à sa faim, voire même au-delà. Beaucoup de jeunes gens, en France n'avaient pas ce privilège, d'où mon agacement.

C'est sans doute parce que les récits de ma propre famille sont encore présents dans mes souvenirs que ces plaintes là m'agacèrent. A moins que ce ne soit la fuite organisés des riches aujourd'hui ...

Une certaine similitude aussi avec Jane Eyre de Charlotte Brontë, avec Rebecca, le chef d'oeuvre de Daphné du Maurier datant tout de même de 1938 avec lui aussi déjà une scène d'incendie, Retour à Howards End, un coté Sissi  ...  une intrigue qui semble cousue de fils noirs où de fait, rien ne surprend.

Et pourtant la jeune Elise est vite attachante. Et savez-vous pourquoi ? Elle a le coeur pur, ce qui n'est pas une qualité si courante. Un point commun avec Anne Frank tout de même.

Elle est attendrissante, pour sa dévotion à l'égard de ses parents, son éducation, sa crainte d'être puérile mais sa volonté farouche de ne pas trahir les valeurs de son éducation. Son pragmatisme n'est pas commun, son absence de jalousie non plus, son esprit rebelle, mais pas à n'importe quoi, sa franchise, sa fidélité, toutes ses qualités font d'elle une femme moderne, et surtout pas une capricieuse.

Le récit avance comme un feuilleton. On se prend au jeu. On est dans cette Angleterre dont on sent les parfums. On entend le bruit des vagues et on hume la fraicheur marine comme si on y était. On s'attache  à ce Manoir de Tyneford et à ses hôtes.

On apprend aussi comment l'Angleterre s'est engagée dans cette foutue guerre. Le livre est très bien écrit, avec un vocabulaire riche qui nous sert des mots inusités sur un plateau d'argent. Vous ne douterez plus que les Anglais ne vivent pas comme nous et vous aurez fait une belle excursion historique, géographique et romantique.

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons chez Calmann-Lévy, traduction Lisa Rosenbaum, 2012
Il remporte le Prix Robinsonnais en juin 2013, catégorie roman étranger.

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