vendredi 29 novembre 2013

Le MAC Paris ouvre Porte de Champerret

Quand on m'a parlé du MAC j'ai pensé qu'il s'agissait de l'ordinateur à la pomme. Je me fourvoyais. Çà pouvait être un Musée d'Art Contemporain. On y était presque. Le nom exact est d'ailleurs MAC2000.

MAC2000 est une association, régie par la loi 1901, donc à but non lucratif. Depuis 1984, elle a pour objectif de promouvoir l’art contemporain et les artistes plasticiens d’aujourd’hui à travers l’organisation d’expositions, en particulier une manifestation annuelle, MACparis, qui a lieu chaque fin novembre. Cette année elle célébrait son trentième anniversaire et j'y suis allée.

L'événement regroupe 125 artistes plasticiens dont on m'a dit qu'ils sont rigoureusement sélectionnés, parmi plus de 1000 dossiers, pour la qualité et l’originalité de leur travail, par un comité composé de professionnels du secteur. L’association met à la disposition de chaque artiste un stand de 18 m², avec lumières et cimaises pour y présenter ses œuvres, théoriquement les plus récentes. L'idée est que l'artiste y soit présent pour rencontrer le public sans intermédiaire et ... vendre ses œuvres puisque c'est tout de même un des objectifs principaux. A noter que l’association ne prend aucune commission sur les transactions effectuées.

La manifestation annonce un flot de  15 000 amateurs et professionnels du secteur, ce qui lui permet d'affirmer que MACparis est un accélérateur de carrière, un tremplin, grâce (je cite) aux centaines de critiques d’art, commissaires d’exposition, galeristes, responsables de lieux d’exposition, journalistes spécialisés, collectionneurs et institutionnels qui sont invités et qui parcourent les allées à la recherche d’artistes pour développer de nouveaux projets.

J'étais très honorée de rejoindre ces centaines et je m'attendais en arrivant à disposer d'un dossier de presse pour me faciliter les choses car je n'avais devant moi qu'une paire d'heures à consacrer à l'évènement. Pas de dossier ... puisque tout est sur Internet ... çà se discute.

Je ne doute pas que tous les renseignements dont j'ai besoin sont téléchargeables ... sauf que ... je suis là, en chair et en os et je ne vais pas retourner à mon bureau pour m'y atteler. Si c'est un problème de coût, ce que je peux comprendre pour une association, il faudrait inventer le dossier remis sous caution, et que l'on rend en fin de parcours, ou que l'on garde en renonçant à sa caution parce qu'il est tellement génial qu'on accepte le prix à payer.
Bon soit! J'irai en suivant les allées au petit bonheur la chance et tant pis pour ceux qui seront à l'écart de mon chemin quand je tombe sur cette double page punaisée sur un mur ... Je vais au moins disposer d'un indice, le nom des artistes. Il y en a un que je connais mais, manque de pot, je ne suis pas touchée par ce qu'il fait. Je zappe.

Le hasard reprend son droit. Au moins j'ai compris la disposition des stands et je vais procéder méthodiquement en commençant par faire le tour extérieur un peu comme si l'espace était un escargot géant.

A propos de Géant, le magasin spécialiste des Beaux-Arts propose une animation très sympathique qui m'a permis de réaliser un badge à l'effigie du blog (dessin original dans lequel je me suis lancée) qui va me servir en quelque sorte de carte de visite.
Tiens mais je connais ! Voilà un style qui me parle. Mais je sais que c'est impossible que ce soit lui .... J'ai le sentiment d'avoir déjà vu l'an dernier cet enfant au Storage, dans le magnifique espace où travaille Philippe Pasqua. C'est troublant ... et pour ceux qui voudraient en savoir plus je les invite à lire ce que j'avais alors écrit.
C'est l'oeuvre de Nathan CHANTOB, un jeune artiste parisien (mais là n'est pas sa principale qualité) d'un peu plus de vingt ans qui se définit, lui aussi, comme héritier de Schiele, Munch et Freud. Il peint d'assez grands formats, un peu moins monumentaux que ceux de Pasqua, de presque 2 mètres sur 2, avec une énergie comparable mais une fois que l'on plonge dans sa peinture on remarque qu'elle s'en différencie, et c'est heureux pour lui.

Il a déjà exposé à Beyrouth Art Fair, est présent dans 3 galeries, dont une à Saint-Paul-de-Vence, s'est installé dans un atelier indépendant depuis 6 mois et prépare une grosse exposition pour la fin mars.

Son style "acrroche" et donne envie de se plonger dans ses oeuvres. Je me dis qu'on ne peut pas ne pas le remarquer et je sais déjà que je reparlerai de lui prochainement. Ce soir je regrette de n'avoir aps suffisamment de temps à lui consacrer.

Un peu plus loin une salle de classe ? L'idée est amusante. Forcément je m'arrête. L'artiste arrive. Nous discutons, sympathisons. Sa démarche m'intéresse.
Carole DUVILLIER peint des fantômes. Ses personnages, femmes ou enfants, sont souvent sans visage ou masqués. Leurs corps se dissolvent dans l’environnement. Au premier regard, les couleurs douces et fluides nous entraînent dans un univers apparemment heureux et sans problème. Féminité assumée et enfance insouciante… Ce n’est qu’au second regard, que l’on découvre la vacuité des têtes et des corps réduits à des enveloppes plus ou moins fermement délimités. Chaque silhouette est actrice d’une histoire dont le scénario reste à écrire mais qui s’ancre profondément dans l'expérience personnelle conjuguée de l'artiste et du spectateur.
La maternité a profondément changé Carole qui, depuis la naissance de son petit garçon, se laisse envahir par une nouvelle source d'inspiration, l'école. Sans faire de raccourci hâtif elle reconnait qu'elle n'y avait pas forcément "sa" place, d'où ces personnages à la fois absents et présents. Son rapport à l'école n'est pas pour autant nostalgique. Elle s'étonne que rien n'ait changé en conduisant son fils, aujourd'hui âgé de 5 ans,  dans les mêmes salles où elle évolua petite fille. Cette stabilité est sans doute plus symptomatique des villes de province (elle vit et travaille à Etampes) que de celles de la proche région parisienne où la modernité a fait des ravages.

En tout cas il y a du mouvement, de la vie et de la couleur dans ses tableaux ... et même de l'humour jusque dans le regard interrogatif de l'agneau de cette petite princesse aux bottines roses.
Je n'ose pas faire une pause dans un de ces fauteuils de Philippe PARROT LAGARENNE. Je constate que le prix est raisonnable pour une oeuvre d'art (1500 euros). Quel que soit son mode d’expression, (peinture, sculpture, céramique) ses œuvres sont festives et explosent d’une joie de vivre bon-enfant, aux antipodes de toute considération métaphysique. On remarque parfois des têtes de mort ou des animaux tués mais sans générer d'angoisse ou de douleur, parce que l’humour n'est jamais loin.

Prochaine station sur le stand de Corinne HÉRAUD avec l'impression d'être face à des autoportraits. Là encore je dis ce que tout le monde dit. Décidémment je ne suis pas originale, ...ou j'ai du flair.
Corinne ne se photographie pas elle-même mais elle reconnait que peut-être elle recherche inconsciemment sa propre image parmi les visages des spectateurs d'émissions télévisés qui constituent son vivier de modèles. Le second à partir de la gauche (Icône cathodique#50 - Polyptyque - Pièce unique 2012 - Photographie et technique mixte - 142x112cm) est particulièrement troublant.

Elle ne pratique que la photographie argentique et est une adepte inconditionnelle du procédé révolu du Polaroid dont elle apprécie la fragilité de l’émulsion et les couleurs subtilement décalées. Ses pelliculages requièrent des interventions manuelles qui génèrent des accidents, des aléas, et font de chacun de ses tirages une pièce unique. Son travail réclame beaucoup de travail mais le résultat est saisissant à l'instar de tapisseries humaines.

Elle peut aussi s'inspirer de la nature (la campagne sarthoise où elle vit ne manque pas d'intérêt) mais pour le moment ce sont les visages qui la travaillent.
Moment de distraction dans les allées. L'animation monte un peu en puissance bien que la circulation demeure fluide. Des artistes cassent la graine.  Certains ne perdent pas de temps à discuter et sont au travail, par stratégie ou par timidité (celle du visiteur n'est jamais prise en compte). Il aurait fallu leur poser la question. Mais on ne dérange pas celui ou celle (ici Oriane Di Pasquale) qui vous tourne le dos.
 
L'heure a tourné. Ma situation est plus dramatique que celle de Cendrillon. Je n'ai pas de carosse personnel et je suis attendue à une soirée. Le stand de Brno DEL ZOU est si surprenant que j'aurais malgré tout volontiers discuté avec l'artiste, présent mais occupé. Dommage : puisqu'il travaille à Poitiers je n'aurais probablement pas de sitôt l'occasion de le revoir. Alors l'an prochain au MAC ...
Brno est photographe, plasticien, concepteur de logiciels et créateur d’installations vidéo. Ses portraits photographiques morcelés donnent à voir un visage sous différents angles et à différentes échelles, réactualisant ainsi le propos des premiers cubistes.

On le constate, même avec le simple cliché que j'ai pris de Tiphaine (photo-sculpture) 2013 - Assemblage en volume de photographies - 100x90x15cm.

Ma visite s'achève sur une frustration mais elle a enclenché l'envie de noter ce rendez-vous sur l'agenda de l'an prochain. Egalement de reprendre contact avec des artistes. Et j'imagine que pour des collectionneurs c'est idéal. On peut d'ailleurs consulter le site du MAC où la liste des artistes sous forme d'images permet d'en apprécier la diversité.

Le comité de sélection recherche tout au long de l'année des artistes qui ont une recherche contemporaine dans divers médias : peinture, volume, installation, photo… en plébiscitant une  démarche personnelle et originale pour retenir les 125 participants de chaque édition.

Affaire à suivre donc ! Jusqu'au dimanche 1er décembre Porte de Champerret entre 10 et 20 heures (vendredi 29 entre 11 et 22 heures)

Coordonnées des artistes cités dans le billet :

Nathan CHANTOB, 5 rue Saint-Maur - 75011 Paris, 06 31 33 68 81 ou 06 37 11 48 30
Facebook : nathan-chantob-artistepeintre
nathanchantob@gmail.com
Carole DUVILLIER, travaille à Étampes, 06 07 76 34 69
www.caroleduvillier.com
caroleduvillier@gmail.com
Philippe PARROT LAGARENNE, 71 rue Marx Dormoy - 75018 Paris, 06 12 24 82 78
www.parrotlagarenne.com
parrot@parrotlagarenne.com
Corinne HÉRAUD, Le Bas Moire - 72600 Pizieux, 06 88 90 02 66
www.corinneheraud.com
heraudcorinne@gmail.com
Oriane DI PASQUALE, 06 68 37 46 78
http://orianedipasquale.wix.com/oriane-di-pasquale
oriane.dipasquale@gmail.com
Brno DEL ZOU, 20 rue du Mouton - 86000 Poitiers, 06 62 03 15 53
http://brnodelzou.ouvaton.org
brnodelzou@yahoo.fr

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