jeudi 13 mars 2014

En kit de Laure Naimski, chez Belfond

Le jour où j’écrirai un livre j’aimerais qu’il dégage cette même drôlerie acide un peu décalée, mi-figue mi raisin, que Laure Naimski a réussi à insuffler entre les pages de son premier roman.

Parviendrais-je aussi bien qu’elle à conjuguer la mélancolie avec l’ironie en respectant une certaine quotité de nostalgie ?

Je ne saurais dire si je me laisserais aller à priver mes lecteurs de la happy-end qu’ils sont en droit d’espérer ? Je préfère ne pas trop creuser.

La ruse consistant à travestir les noms de chaque personnage, sous prétexte de leur éviter d’éventuels ennuis avec la police, ou des représailles familiales et ne révéler que les identités de ceux qui sont morts, ne prend pas avec moi. Il est clair que la jeune femme a tendance (aussi) à la mythomanie. Ainsi on ne saura jamais quelle profession elle exerçait avant le naufrage d’un chalutier qui entraina le sien (p. 118). C’était couru d’avance qu’elle finirait par se prendre les abattis dans le filet et qu’en fait de pêche miraculeuse ce serait un lot de calamités qui lui dégoulinerait dessus, les pieds ancrés sur le parquet de son salon.

Les modèles positifs ne lui manquent pourtant pas, entre Elisabeth, sa conseillère Pôle Emploi, sa mère, dont la patience serait capable d’exaspérer le plus équilibré des lamas tibétains (p. 81) et même sa cousine Aldegonde, qui boit son thé à la paille pour que ses dents ne jaunissent pas et fume des cigarettes électroniques pour éviter d’attraper un cancer du poumon. Hélène Kerrenec a beau fanfaronner, je ne suis pas sûre qu’elle en prenne de la graine (p.132).

Habituellement prolixe en détails, elle n’explique pas la parabole du chausson aux pommes et du sablé au citron, (p. 120) préférant nous laisser sur notre faim, ce qui m’autorise à supputer que cette masochiste a jusque là sacrément bien masqué son jeu de sadique.

Retenez-vous de la plaindre dès la deuxième page. C’est une petite nature fragile comme un roseau qui, c’est bien connu, plie mais ne se brise pas. Elle ne manque pas de ressources quitte à piocher dans celles de sa voisine. Je ne suis pas aussi maligne qu’elle pour dérouter les pigeons des rebords de mes fenêtres. Merci du conseil : un pistolet à eau, c’est simple et écologique mais il fallait y penser.

Elle m’a surprise aussi par ses réflexions sociétales rudement pertinentes comme celle-ci, piochée au hasard : Au fond je me demande si chercher l’amour ce n’est pas comme chercher du boulot. Mieux vaut déjà en avoir un et vouloir simplement en changer. Ça vous rend plus crédible. (p. 137)

En matière d’amour elle analyse, non pas ce que cet état lui apporte, mais ce qu’il soustrait, en l’occurrence les tensions et les angoisses. En partant, le dénommé Samuel a laissé la porte ouverte à la peur et ce n’est pas en multipliant les TS qu’Hélène gagnera ad vitam aeternam la compassion des pompiers qui pourraient avoir des urgences plus pressantes, sauf si par malchance elle venait à louper sa nième tentative qui, du coup, risquerait de devenir un suicide réussi.

En fin de compte les victimes se multiplient plutôt dans son entourage immédiat, sans que j’aille jusqu’à affirmer qu’elle porte la poisse.

On peut légitimement se demander ce qu’il y a de commun entre l’auteur et cette Hélène, énergique et imaginative, vautrée dans l’indécision, établissant des liens de cause à effet, et souvent l’inverse, entre des faits qui n’ont rien à voir entre eux, même si elle sait pertinemment qu’on ne peut pas tout expliquer.

Le Salon du Livre de Paris ouvrira au public le vendredi 21 mars. J’ai la chance d’y être invitée jeudi, le soir de l’inauguration, et je compte bien éclaircir toute cette affaire en soumettant Laure Naimski à un interrogatoire en bonne et due forme. En espérant qu’elle ne se dérobe pas à ses obligations, parce que lorsqu’on signe un premier roman de cette carrure on se doit de faire face.

Tant qu’à faire j’aimerais lui dire en face à face combien ce livre m’a littéralement fait pleurer de rire et la rassurer sur le sérieux de ma lecture malgré des apparences trompeuses, j’en conviens et je lui en demande pardon. Rien que pour ses phrases assassines (et méritées) à l’encontre de la faculté de Tolbiac, véritable métaphore du blocage de l’ascenseur social.

En kit de Laure Naimski, chez Belfond, sorti en librairie le 13 février 2014

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