mercredi 4 novembre 2015

Célébration du prix Clara 2016 publié par les éditions Héloise D'Ormesson

Le soir de la fête les lauréats ont déjà été informés de leur réussite et le livre regroupant leurs écrits sort de presse.

Le Prix Clara a été créé en mémoire de Clara, décédée subitement à l’âge de treize ans des suites d’une malformation cardiaque. Destiné aux adolescents qui, comme elle, aiment lire et écrire, il est décerné par un jury présidé par Erik Orsenna et composé de onze personnalités du monde des lettres et de l’édition.

La vocation du Prix est caritative. Les bénéfices de la vente du livre (10 € seulement)  sont versés à l’Association pour la recherche en cardiologie du fœtus à l’adulte (Arcfa) de l’hôpital Necker-Enfants malades.

Beaucoup de candidats, 500 à 600 chaque année et quelques élues. Je l'écrit au féminin parce qu'aucun adolescent n'a réussi à se faire distinguer par le jury cette fois ci. Mais comme leur a prédit la marraine de la manifestation, Anne Hidalgo "les garçons ne doivent pas se décourager. Ils auront eux aussi leur place dans le monde de demain".

La cérémonie avait naturellement lieu dans la salle des fêtes de la Mairie de Paris. On percevait l'émotion des jeunes filles d'être publiées avant l'âge fatidique (on se croirait dans un conte de fées) de 18 ans. Il faut dire que le décor impressionne.
D'abord la montée de l'escalier, habillé des couleurs de la République. L'inscription au plafond de la triple devise républicaine, Liberté, Egalité, fraternité lisible plusieurs fois et que les invités ont peut-être davantage photographié que les lauréates. Il faut reconnaître que les peintures sont très belles. J'ai pris moi aussi un cliché un peu désuet avec le mot Liberté.
La salle était remplie d'écrivains et d'amis des primés mais surtout de leur famille. Leur succès fait la fierté des parents et c'est plaisant de le constater.
Le petit discours d'Anne Hidalgo fut très vivant et rassurant comparativement à ce que le Monde avait publié le 2 novembre à propos du grand "chahut cérébral" qui régnerait dans le cerveau des ados. Durant ces années charnières, suspendues entre l’enfance et l’univers adulte, les jeunes subiraient, interdits, de ­violentes métamorphoses corporelles et psychiques. Surtout, ils resteraient confrontés à ce défi  : affirmer leur identité et construire leur vie.

La maire de Paris a souligné combien la lecture est un exercice de culture permettant de rester humain, rappelant que son bonheur d'accueillir ce Prix est bien antérieur à sa position de maire. Selon elle la lecture offre une part de bonheur renvoyant à son jardin secret mais permet aussi d'apprendre du monde probablement plus (ou plus qualitativement) qu'en suivant le fil AFP.

Erik Orsenna n'a pas dérogé à ses habitudes, multipliant les traits d'humour, avec plus ou moins de bonheur, rebaptisant le Prix Clara l'autre Prix Femina, s'étonnant que les filles ne soulèvent pas la question de la parité lorsqu'elles sont majoritaires (sans se rendre compte un instant que son bon mot est diversement analysable puisque si on regarde les titres sélectionnés en 2015 pour le Femina il y a plus de livres écrits par des hommes que par des femmes), et citant (ce n'est pas la première fois) ce dicton africain qui dit en substance que venir n'est rien, tout commence quand on revient.

Comme si le mérite des jeunes gens était suspendu à une seconde publication ... ! Heureusement, les  7 lauréates ont très vite fait oublier ces propos misogynes en menant une série d'interviews croisées entre les primées des années précédentes et celles du cru 2015. C'est une très jolie idée de faire interroger chaque nouvelle plume par une ancienne. Cela occasionne des rencontres et lance des discussions plus tard dans la soirée.

H. P. Lovecraft, les Pink Floyd, Maupassant ou encore Kate Bush, ont été sources d'inspiration. Nous avons appris que Lucie s'est concentrée sur la famille et a interrogé la question de l'hérédité. Qu'Anne Lise a choisi de mettre en valeur ceux que on désigne sous le terme de héros anonymes en parlant des soignants risquant leur vie pour sauver les autres (Ebola). Que Tamara à opté pour le format du journal intime afin de faire plonger le lecteur dans la profondeur des émotions ressenties tout au long du plus beau jour de sa vie, de son mariage, avec une chute formidable. Que Louise a été influencée par les lectures d'auteurs fantastiques et par son frère pour écrire 21 grammes.
Elora s'est penchée sur un sujet tristement actuel, le harcèlement physique et moral au travers d'un texte intitulé La Rumeur. Marie a fait un choix de construction en fragments, commençant chaque chapitre par comme, ce qui fait penser que finalement sa nouvelle c'est comme si c'était une histoire.

La benjamine, 13 ans, Chimère, met en scène un robot qui est à la recherche d'un cœur, un peu à l'instar du Tiny Man du Magicien d'Oz. Chez elle l'écriture est un exercice quotidien, pratiqué par sa mère comme son père, ce qui n'enlève cependant rien à son mérite.

La plupart de ces jeunes auteurs baignent dans la marmite ou ont été incités à concourir par leurs professeurs de français, ce qui explique l'engouement pour le Prix. Et c'est heureux.

Au fil des années et depuis 2007, ce sont 65 lauréats qui composent le vivier et il est réjouissant de le voir s'enrichir chaque année de nouveaux jeunes écrivains qui offrent un regard neuf sur le monde, même si on peut considérer que c'est le privilège de l'âge.

La remise de prix fut très vivante, active, bref très jeune d'esprit. Et Damien Bonet peut se réjouir de pouvoir poursuivre un projet pilote d'identification du cœur à l'envers grâce aux bénéfices remis par Héloïse d'Ormesson sur les ventes de l'année dernière.

Prix Clara, nouvelles d'ado, éditions Héloise d'Ormesson, en librairie le 5 novembre 2015.

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