dimanche 8 novembre 2015

Rencontre avec Céline Cristini


Elle a un nom qui croustille, le sourire malicieux. En toute logique pour une illustratrice qui oeuvre dans la littérature jeunesse.

L'enfance de Céline Cristini a été nourrie de l'univers d'illustrateurs comme Gustave Doré, Mercier, Béatrix Potter qui ont participé à la construction de son imaginaire. Elle doit sans doute à ces apports son goût pour la couleur et son sens aigu du détail. La nature et le quotidien alimentent son inspiration et, notamment, le monde de ses propres enfants...

Son petit dernier, Pierre, lui a inspiré Tom le héros de Chatonou (2013) et on le retrouve dans son dernier album, La Dent de Mamiegrand qui vient d'être publié aux éditions Henry avec qui elle collabore depuis de nombreuses années.

On constate une harmonie en regardant les deux couvertures. Si ses premiers ouvrages, jusqu'à  celui qui s'intitule Le Nez de Robin, brillaient de couleurs Céline Cristini a décidé de réduire leur emploi pour tenir compte de la façon dont les jeunes enfants se sont habitués à toutes ces couleurs des palettes graphiques qui gomment les nuances.

Cette nouvelle manière de procéder lui permet aussi de s'affranchir de contraintes techniques inhérentes à l'emploi de papier recyclé, certes écologique, mais qui absorbe trop les encres et qui offre un rendu parfois criard, par exemple avec les jaunes.

Ses visites à l'imprimerie s'accompagnent toujours de craintes sur le rendu. Mais elle apprécie malgré tout que les livres soient faits en France et pas en Chine (ou ailleurs) selon la volonté de Jean Le Boël qui est le directeur littéraire des éditions Henry.

Céline est passionnées par ces aspects et elle communique facilement sa préoccupation concernant le rendu final. Son usage des fonds est inhabituel dans le domaine de l'album mais il est très adéquat pour installer une ambiance. Et les restrictions qu'elle s'impose lui permettent en fin de compte d'en dire moins mais avec plus de force. Elle n'avait pas envie cette fois ci de mettre de la couleur sur les visages et le rendu est très réussi même si le gris a de quoi surprendre.

On pourrait penser qu'un illustrateur a les images dans la tête avant de les faire surgir au bout de ses pinceaux. Celine m'a confié ne pas savoir illustrer sans texte. Le duo qu'elle forme avec Peter Barnouw pour ce livre est donc basé sur l'histoire.

Ancien marionnettiste, fondateur, entre autres, d'une crèche parentale et d'un centre de loisirs associé à l'école (CLAE) dans les années 70, Peter a ensuite créé la Maison du Théâtre pour Enfants à Avignon, il y a plus de trente ans. Il avait depuis longtemps envie de recommencer à écrire pour les enfants. C'est en apprenant que Pierre avait perdu une dent qu'il a eut l'idée d'inverser la situation en la transposant à l'univers des grands-parents. Les enfants de Céline appellent leur grand-mère Grand-maman mais là encore Peter a renversé l'ordre des mots en inventant Mamiegrand.

L'album traite de l'imaginaire des enfants autour des dents qui tombent. Bien sûr, les souris prennent les dents de lait des enfants sous l'oreiller en donnant en échange un petit cadeau, mais si c'est une grande personne qui perd une dent, que se passe-t-il alors?

La dent de Mamiegrand est le premier album jeunesse de Peter Barnouw, et probablement pas le dernier. Quand il a donné le texte à Céline elle a naturellement pensé à ses propres parents, aujourd'hui grands-parents, pour dessiner les personnages de l'histoire. Comme eux ils vivent dans une maison à la campagne, sans la télévision. D'ailleurs aucun de leurs petits enfants ne penseraient à leur en faire reproche.

Céline travaille avec la peinture acrylique, le crayon de papier, des feutres. Elle en souhaite pas réaliser ses dessins avec un logiciel comme Photoshop mais elle n'est pas hermétique à son emploi. Quand on regarde attentivement certaines images on remarque que les ombres ont été portées par Photoshop. Par exemple quand Tom perd sa dent et sur la page suivante où l'on voit le grand-père assis sur le lit. Cela donne de la modernité au dessin avec un petit quelque chose évoquant l'univers des mangas.

Céline ne renie pas l'emploi des traits de couleur. Ils animent la cuisine du grand-père comme l'atelier de la grand-mère. On notera d'ailleurs que les rôles aussi ont été inversés par rapport aux clichés que l'on a dans la tête : la femme aux fourneaux et l'homme bricoleur.

Sur la couverture on observe trois souris et pas une seule parce que ces animaux ont l'habitude de vivre en communauté. On reconnait leur chef à sa position sur un trône de fortune, une bobine récupérée quelque part car, c'est bien connu, les souris récoltent toujours plein de choses. Le fil rouge dirige le regard vers le nom de l'éditeur.

L'art de Céline et de Peter est de faire quelque chose d'extra-ordinaire à partir d'un petit évènement. Ils en ont un autre en préparation, sans doute une nouvelle histoire de chat. Un animal un peu rustique élevé dans la campagne creusoise, arrivant dans une résidence de la banlieue parisienne où il devra conquérir sa place parmi tous ses congénères qui portent collier. Peut-être une version revue et corrigée d'un chat des villes face à un chat des champs...

D'ici là Céline travaille à l'illustration d'une trentaine de poèmes écrits par Patricia Castex Menier qui paraitront sous le titre de Bleu Baleine également aux éditions Henry car Jean Le Boël est très attaché à la poésie.

La Dent de Mamiegrand de Céline Cristini et Peter Barnouw, Editions Henry

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