lundi 2 novembre 2015

Démons au théâtre de Belleville

Lorraine de Sagazan a conçu un dispositif scénique bifrontal de manière à impliquer intimement les spectateurs, invités à partager le plateau avec les comédiens.

Démons appartient à ces spectacles qui bousculent ce qu'on appelle le quatrième mur en incitant le public à participer activement. Par voie de conséquence chaque représentation est unique.

Certains soirs, m'a dit Lorraine, les spectateurs se déchainent et viennent danser et chanter avec les comédiens. D'autres fois ils demeurent sur la réserve. C'est imprévisible.

Les arrivées en retard semblent naturelles. On perd vite nos repères habituels et on se demande ce qui va se passer. Vous serez en tout cas surpris par au moins deux d'entre eux mais je ne vous en dis pas plus ...

Au début on est dérangé par le capharnaüm qui règne sur la scène, les vêtements pendus à ces crocs de boucher, et un bruit familier, celui d'un sèche-cheveu qui fait craindre l'accident dans les coulisses. On est aussi très vite horrifié par les horreurs qu'assène Antonin à Lucrèce avec un sourire diabolique, même si celle-ci reste zen.
Démons met en scène Frank et Katarina, un couple en crise dans leur appartement luxueux. Lui vient de perdre sa mère dont il transporte les cendres dans une rune au fond d'un sac plastique. Ce soi-là, pour éviter l'infernal face-à-face, ils décident d'inviter leurs voisins Jenna et Thomas. Ces deux là acceptent, inconscients du risque d'être entrainés dans le mouvement de la chute.
Lorraine de Sagazan a choisi de laisser les comédiens s'exprimer sous leur véritable identité, sans modifier leurs prénoms.

Je t'aime mais je ne te supporte pas.

La déclaration d'Antonin (Meyer Esquerré) résume bien la situation. On se dit qu'avec ces deux là tout est possible et on craint d'être mêlé à leur histoire. On sait qu'on va l'être et on aimerait s'en tirer du mieux possible.
Alors quand Antonin interroge la salle en demandant qui a des enfants personne n'ose lever la main. On a conscience de mentir par omission mais on le fait quand même, réalisant après coup le ridicule de notre position.

Lucrèce (Carmignac) se déplace parmi les spectateurs, nouant des relations presque amicales, expliquant qu'Antonin et elle sont des monstres d'amour. Elle apprivoise la salle. On ne se sent plus pris en otage. On respire mieux. ll reprend la main. Notre pouls s'accélère.
On se sent nous aussi au fond de la piscine, comme Adjani dans son p'tit pull marine qu'on n'osera pas chanter.

Lars Norén, dont ce spectacle est une adaptation, peut se vanter d'avoir réussi, lui qui voulait que la pièce ait un effet sur le public, que l'esprit critique soit touché, que l'émotion persiste et que l'on soit influencé.

Démons fait vivre le théâtre de l'intérieur. C'est saisissant au sens propre du terme !

Démons, librement inspiré de la pièce de Lars Norén (publiée chez L’Arche Editeur)
Traduit par Louis Charles Sirjacq et Per Nygren
Adaptation, conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
Scénographie Céline Demars
Coproduction Théâtre de la Brêche et Théâtre de Belleville
Avec Lucrèce Carmignac, Antonin Meyer Esquerré, Jeanne Favre, Benjamin Tholozan
Au Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris
Jusqu'au dimanche 22 novembre 2015
Les mardis à 21h15, les mercredis et samedis à 19h15,
Les dimanches à 20h30
Relâche les 11 octobre et 15 novembre
Réservations 01 48 06 72 34

Les photographies qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Pauline le Goff.

1 commentaire:

Jeanmi a dit…

Tout ce qui vient de Lorraine m'interpelle, une région culturelle trop méconnue...

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