samedi 13 juin 2009

AMERRIKA, film écrit et réalisé par Cherien DABIS

La France sera le premier pays au monde à sortir ce film mercredi prochain. Il appartenait à la sélection officielle de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes. Il a été projeté hier soir en avant-première et en ouverture du Festival après une interview de la réalisatrice par le critique Charles Tesson. Résumons un peu l'histoire :
Mouna est une femme enthousiaste et optimiste. Malgré un divorce qui reste pénible tout irait bien si la vie quotidienne n’était pas si stressante. Elle habite au cœur des territoires occupés et il n’est pas rare de mettre deux heures pour faire les quelques kilomètres séparant son lieu de travail du domicile qu’elle partage en famille. Maman d’un adolescent, elle aimerait pour lui un meilleur avenir. Le rêve parait possible quand arrive enfin au courrier une autorisation d’émigrer. Ils partent pour les USA, rejoindre sa sœur, déjà bien installée dans l’Illinois.
Trouver un emploi de comptable similaire à celui qu’elle a quitté s’avère impossible : les Etats-Unis, sont désormais en guerre contre le « diable » Saddam, l’hospitalité n’est plus ce quelle était … et de nouveaux préjugés vont être difficiles à combattre.
Amerrika sur CineMovies.fr
Les parents de Cherien Dabis ont immigré aux États-Unis juste avant sa naissance. Née dans le Nebraska, elle a grandi dans l’Ohio, tout en retournant chaque été en Jordanie. Jamais assez américaine pour les Américains, ni assez arabe pour les Arabes elle a le sentiment d'être apatride. La question des racines est "naturellement" au cœur de ses interrogations, la conduisant à faire un film personnel qui n'est pas pour autant autobiographique.

Malgré la méfiance des producteurs la réalisatrice a voulu tourner en Cisjordanie parce qu'il y a peu d'images de cette région (même si c'est le pays qui a servi de cadre à Indiana Jones). Elle a tenu à la filmer à la manière d'un documentaire, avec de longues focales, et à témoigner du conflit militaire qui handicape la vie des habitants. On voit donc l'héroïne enfermée dans sa voiture, derrière un mur. On vit avec elle le stress du check point (reconstitué plus vrai que nature). Les plans s'élargissent sur de très lents panoramiques quand elle décide d'émigrer.

Le choix de ce film pour ouvrir le Festival était opportun car les paysages portent l'histoire. Esthétiquement, le contraste est très fort : d’un côté, la palette de tons chaleureux propres à la Cisjordanie avec le vert de la sauge, le rouge des minéraux et les bruns du désert ; de l’autre, l’incroyable mélange des rouges saturés, des bleus et blancs arides d'une petite ville du Midwest en hiver.

Un film tout en délicatesse et en nuances, toujours sur la retenue, oscillant entre un optimisme béat et un non pessimisme absolu. Il nous offre de beaux portraits de femmes, mais les hommes ont aussi de beaux rôles et les comédiens sont tous très justes. Amerrika tord le cou aux clichés : ce n'est pas parce qu'on est palestinien qu'on est terroriste, ni parce qu'on est jeune qu'on est forcément intolérant. Il démontre que des cultures différentes peuvent vivre en bonne intelligence, et même s'entraider.

C'est aussi une leçon de courage, faisant mentir le préjugé selon lequel un arbre déraciné ne pourrait plus repousser. On apprend qu' "échec et mat" est une expression d'origine arabe signifiant "le roi est mort". Mais ce qui est beau dans cette partie-là c'est que tout le monde y gagne.

Le film sera reprojeté au Rex dimanche soir. Il sera de nouveau à l'affiche de ce cinéma en juillet.

Pour connaitre tous les horaires et le programme du Festival : Le Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry - Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

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