vendredi 25 décembre 2009

LE ROI NU de Evguéni Schwartz mis en scène par Philippe Awat

Vivifiant, drôle et intelligent, ponctué de références inventives, c'est une soirée où l'on regrette de n'avoir pris que deux billets alors qu'on aurait dû entrainer tous ses amis. Il y a beaucoup d'excellents spectacles mais une pièce aussi jubilatoire que celle-là c'est assez rare pour que j'insiste.

Je l'ai vue à Villejuif dans les premiers jours de sa création. Vous avez la chance d'être prévenus. La tournée est assez longue et c'est une belle idée pour commencer 2010 dans la joie et la bonne humeur tout en abordant de fines questions philosophiques sur la nature humaine.

Le Roi nu est une comédie où s'emboitent trois contes d’Andersen (le porcher amoureux, la princesse au petit pois et les habits neufs de l'empereur). Un gardien de cochons tombe amoureux d’une princesse dont le père a décidé le mariage avec un roi voisin, dictateur tyrannique et fanatique. Le jeune porcher, aidé de son meilleur ami, va monter un incroyable stratagème pour renverser la situation à son avantage.

Si l'auteur (1896-1958) a puisé dans le répertoire du conteur danois c'est tout simplement parce que ses contes ont enchanté son enfance. Une de ses tantes lui avait offert un livre dont les images étaient jaunies par le temps. Le jeune Evguéni s'amusait à les lécher pour leur redonner du brillant l'espace d'un instant ... comme la jeune fille aux allumettes. En 1934, il écrit le Roi nu sous les aspects du conte pour dénoncer le conformisme et la terreur que suscite un pouvoir politique implacable. Il faut dire qu'il en connait un rayon sur le sujet puisqu'il vit en Russie. De plus il est plongé dans une atmosphère plutôt yiddish chez sa grand-mère paternelle alors que les amis de ses parents appartiennent à l'intelligentsia. Autant dire qu'il est habitué à faire le grand écart en matière de langage.

Le texte n'a pas pris une ride et le metteur en scène, Philippe Awat, réalise puissance 10 les gags que l'auteur avait conçus par écrit. La traduction est fidèle au mélange des styles, aux accumulations verbales et aux onomatopées. Le décor réduit à un mur et un escalier fonctionne dans une parfaite illusion pour rendre aussi bien la campagne que la Cour royale. Les jeux de lumières rendent les illusions parfaites.

J'hésite dans le choix des photos. Les costumes vont paraitre extravagants alors que sur scène tout est si "naturel". On ne s'étonne d'aucune apparition : le magicien d'Oz, Shrek, les gendarmes Dupond et Dupont d'Hergé, Mary Poppins, Laurel et Hardy, Groucho Marx, les danseuses du Crazy Horse. Les comédiens jouent chacun au moins deux rôles et même au premier rang on se laisse prendre par leur interprétation.
Il faut entendre la dénonciation du comportement humain dans ce qu'il a d'idiot : toutes les traditions tiennent sur des imbéciles inébranlables reconnait le Premier Ministre, prêt à jurer que le Roi est élégamment vêtu alors qu'il est ... tout nu ... La pièce sera interdite en Russie avant même sa création car on n'appréciait pas son coté subversif qui, aujourd'hui apparait avec moins de force parce qu'on a l'habitude de la liberté d'expression.

Schwartz était un désespéré mais il ne voulait jamais terminer sur une note triste. Il faut donc écouter attentivement les derniers mots, qui sont un appel à la raison, saluant l'amitié, l'amour, la joie, la vie.

Calendrier des représentations en 2010:
le 5 janvier 2010 au Théâtre La Piscine de Chatenay-Malabry (92)
du 9 au 10 janvier 2010 à l’Atelier Théâtre de la Cité de Saint-Maur-des-Fossés
du 20 janvier au 14 février au Théâtre de la Tempête (Paris)
le 17 février 2010 à l’Avant Seine-Théâtre de Colombes
le 9 mars 2010 au Carré Magique de Lannion
le 12 mars 2010 à l’Espace Culturel André Malraux du Kremlin-Bicêtre
du 17 au 21 mars 2010 au Théâtre de l’Ouest Parisien de Boulogne
le 1er avril 2010 au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses
le 9 avril 2010 au Théâtre de Choisy

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