dimanche 20 janvier 2013

Cinquante nuances de Grey de E L James chez JC Lattès

Voilà j'ai fini ... j'ai rejoint les 40 millions de personnes dans le monde qui ont lu Cinquante nuances de Grey, dont près d’un million de Françaises. 

Je pourrais plaider que c'est à cause de la neige que, contrainte à annuler le programme du week-end que, je me suis trouvée en peine d'activité, et que j'ai opté pour cette lecture sous la couette. Ceux qui ont déjà lu le livre apprécieront l'emploi du mot "contrainte" ... En réalité je ne vais tout de même pas me plaindre ni prétendre avoir fait un effort.

A leur arrivée en France les Cinquante nuances ont été abondamment critiquées et qualifiées de "porno mom". J'avais encore le souvenir d'Histoire d'O, écrit en 1954, sous le pseudonyme de Pauline Réage. Je ne sais pas quelles ont pu être les réactions à sa sortie (je l'ai lu beaucoup plus tard, n'étant pas née en 54 ...) mais même dans les années 80 ce roman faisait encore scandale. Alors si le livre d'EL James appartenait à la catégorie porno qu'est-ce que ça allait être !!! Même qualifié de "porno pour les mères de famille", je n'avais pas eu envie de m'y mettre.

Il est devenu un phénomène et je me suis dit qu'il fallait au moins que je l'ouvre, sans promettre de le terminer. Le tome 2 est arrivé très vite, et le 3 avant que j'ai le temps de dire ouf. J'ai capitulé. Vendredi le tome 1 m'attendait dans ma boite aux lettres alors que tombaient les premiers flocons.

Maintenant que je l'ai lu, et que je lui trouve des qualités, je ne comprends pas que des bloggeuses se soient déchainées pour en dire du mal. Cela me rappelle toutes les critiques que les enseignants ont faites à J.K. Rowling à la sortie du premier Harry Potter en 1997. Un énorme bouquin qui a donné le goût de la lecture à des cohortes de gamins qui auraient reculé devant l'épaisseur d'un album. C'est dire le pouvoir addictif que cette jeune femme a su exploiter ...

Erica Leonard James a un talent comparable et je ne suis pas surprise qu'elle soit parvenue à remettre des femmes (et des hommes) sur le chemin des librairies. C'est déjà un point positif à son crédit.

Réglons maintenant la question de la catégorie. Porno ? Sûrement pas, disons érotico-romantique et accessible à un large public. Parce qu'il n'est pas nécessaire d'être spécialiste de la question, ni d'avoir des références, pour apprécier.
N'oublions pas que les States ne sont pas la France. Tomi Ungerer y fut censuré. Ses dessins étaient-ils si choquants ? Je vais bientôt faire le portrait de cet homme remarquable. En attendant voici quelques croquis qui collent bien au sujet. Ce n'est pas sans raison qu'on parle de l'Amérique pudibonde. Que Cinquante nuances de Grey ait été interdit dans plusieurs Etats n'a rien d'étonnant. Il n'y a pourtant pas de quoi fouetter un chat, ou si peu ...

L'héroine est une vraie jeune fille, ce qui ne peut pas être choquant. Qui n'a pas été vierge ? Elle s'appelle Anastasia, un prénom de tragédie russe qui, certes, est plus évocateur quand il est réduit au diminutif d'Ana.  Ce n'est pas anodin si dès la ligne 6 on lit qu'elle a des difficultés à "soumettre" sa crinière à coups de brosse". Des propos qui ne sont pas banals dans la vie courante. Les dialogues sont ponctués d'indices lexicaux et de sous-entendus que le lecteur repérera ... ou pas. Ajoutons qu'Ana a surnommé sa Volkswagen non pas Coccinelle mais Wanda. La jeune fille vendra innocemment des cordes dans son magasin de bricolage. On se dit que l'auteur nous met gentiment sur la voie. Léopold Sacher-Masoch a créé un personnage de fiction du nom de Wanda Von Dunajew mais il a entretenu une correspondance avec une femme avec laquelle il signa un contrat de soumission. En ce sens le roman se situe davantage sur le terrain du masochisme que du sadisme. Nous y voilà.

Anastasia, 20 ans, termine ses études universitaires et ambitionne de travailler dans l'édition. Elle vit en colocation avec Kate, sa meilleure amie et pourtant un caractère qui se situe à l'opposé du sien. Elle est d'une timidité maladive alors que Kate est à l'aise en toute situation. C'est peu dire qu'Ana manque de confiance en elle. Sa rencontre avec Christian Grey, un richissime chef d'entreprise aux goûts particuliers provoque un coup de foudre.  Jusque là ce que Christian voulait (là encore le prénom est allusif ... à la croix) il l'avait. Ana, pourtant naïve et peu expérimentée, va résister. Le bel Adonis ne lésinera pas sur les moyens de la faire succomber : hélicoptère, voitures de courses,  jet privé, technologie de pointe, champagne et vins fins (que des vins français) ... la promesse d'une escapade à Paris (encore la France) mais surtout discussions à n'en plus finir.

On pourrait railler que le Chablis n'aurait pas eu sur nous, françaises, une telle puissance aphrodisiaque. Il n'empêche que cette fascination pour tout ce qui est français rend le livre sympathique. Et que l'idée du contrat, même si elle n'est pas nouvelle, est particulièrement bien trouvée pour permettre de réfléchir sur ce qu’une femme peut accorder à un homme dans le cadre d'une relation entre adultes consentants.

La liste des modalités de base, des règles et des limites frôle le ridicule. Mais tout bien pesé elle permet d'aborder nombre de sujets que l'on écarte sous l'emprise de l'amour, quitte à le regretter amèrement ultérieurement. On a sans doute trop tendance à estimer que tout va de soi alors que non. C'est même plutôt sain. Et ceux qui concluent que le personnage masculin est un pervers narcissique ... n'en ont jamais rencontré.

L'auteur en profite pour rappeler que l'usage du préservatif n'est pas négociable (et ce n'est pas du tout superflu de le rappeler). Jamais la jeune fille n'est soumise à un chantage. On est loin, très loin de ce que subit O, marquée au fer rouge aux initiales de son maître et propriétaire.

Je ne dis pas que c'est de la grande littérature. On est dans la même veine que Le Diable s'habille en Prada de Lauren Weisberger et qui eut un très grand succès. Et Cinquante nuances de Grey se situe tout de même un cran au-dessus de ce qu'on désigne péjorativement sous le nom de chick lit, la littérature pour nanas, malgré des répétitions superflues de jurons et la présence appuyée de "la déesse intérieure" qui n'en finit pas de faire des cabrioles. L'humour arrive toujours à bon escient pour faire progresser le récit. Beaucoup d'échanges entre les deux amoureux se font via Internet comme c'est le cas aujourd'hui. C'est bien agréable de dévorer un roman sans se poser d'intenses questions et j'ai vraiment apprécié d'avoir deux longues journées pour aller jusqu'au bout.

EL James est une ancienne productrice de télévision, mariée et mère de deux enfants. Elle vit à Londres. Depuis sa plus tendre enfance, elle rêvait d’écrire des récits dont les lecteurs tomberaient amoureux, mais avait mis ces rêves entre parenthèses pour se consacrer à sa famille et à sa carrière. On dit qu'il lui fallu du courage pour prendre sa plume et rédiger son premier roman. Elle dut y trouver son compte puisqu'elle fournit très vite deux suites. Et qu'il est impossible qu'elle prenne sa retraite.

Je suis assez impatiente de vérifier si les tomes 2 et 3 tiennent leurs promesses sans devoir prétexter un autre week-end météorologiquement catastrophique. Je vous livrerai mes impressions avec autant de franchise. En attendant je vais replonger dans les Enquêtes du Commissaires Léon écrites par Nadine Monfils chez Belfond qui, soit dit en passant est Bac + 8 en érotisme. Il neige en enfer est lui aussi un titre de circonstance ... 

Cinquante nuances de Grey de Erica Leonard James, Traduit de l’anglais par Denyse Beaulieu, éditions Jean Claude Lattès, octobre 2012

Cinquante nuances plus sombres et Cinquante nuances plus claires sont les titres des tomes 2 et 3 de la trilogie.

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