jeudi 13 juin 2013

Création de La flute enchantée à Sceaux, mise en scène par Francis Huster, pour Opéra en plein air

Première mise en scène d'opéra pour Francis Huster, en coréalisation avec Steve Suissa, ce soir sous des cieux cléments, une fois n'est pas coutume.

Le public de cette avant-première était venu en fidèles devant la façade du château de Sceaux, malgré les trombes d'eau qui se sont déversées toute la journée. Je me demande d'ailleurs comment la troupe a pu répéter la mise en place avec de telles conditions météorologiques depuis l'installation du décor.

Si j'écris "mise en place" c'est que je n'ai pas vu de mise en scène à proprement parler. Je me souviens d'un lancer d'oiseaux rouges dans le public, d'une scène de séduction entre Papagena et Papageno plutôt rigolote (mais qu'il aurait été impossible de ne pas montrer sous cet angle) ... Les apparitions de la reine de la nuit furent statiques, disons "majestueuses" si on veut être positif.

Les entrées et sorties ont été ultra conventionnelles, et pour 80% coté Jardin. Quand un groupe sortait il fallait attendre que le dernier chanteur ait descendu l'escalier pour que le groupe suivant puisse le monter ...

Par contre, et c'est essentiel pour un opéra, mes voix étaient sublimes, les musiciens parfaits. Un pur régal.
Parlons du décor, étonnement Guerre des étoiles à tel point que je n'aurais pas été surprise d'entendre les premières notes de la Symphonie du nouveau monde de Dvorak. La flute enchantée tenait plus du sabre laser que de l'instrument de musique.

Les intentions de Stéphanie Jarre ne m'ont pas semblé évidentes. A l'exception d'un glissement du disque lumineux qu'on pourrait imaginer être un astre lunaire, le décor est immuable et ce sont les lumières de Jacques Rouveyrollis qui le font vivre. Des roses, des bleus, des turquoises en douches subtilement dosées ont sauvé les pylônes de la médiocrité. Le ciel lui-même semblait éclairé de l'intérieur. Nous avons vu coté cour, un soleil couchant exceptionnel, et absolument naturel.
La décoratrice sait pourtant faire preuve de créativité. On lui doit le décor de Diplomatie, du Journal d'Anne Frank, la librairie de François Busnel ... Je lui reconnais ici le mérite d'avoir permis une certaine visibilité aux musiciens qui sont trop habituellement cachés dans la fosse.
A contrario les costumes sont magnifiques. A croire que Karl Lagerfeld est passé par là. Mais non, c'est Pascale Bordet qui parvient à concilier costumes d'époque et vision contemporaine. J'ai vu son travail récemment au théâtre dans Collaboration au théâtre de la Madeleine. C'est un peu manichéen, mais les camaïeux de beige et de blanc symbolisent les personnages positifs et le noir, même s'il est brillant, les forces négatives.
L'action se déroule sur terre, et elle est alors peu visible si on est assis dans le parterre, ou dans les hauteurs censés représenter le ciel. Le livret a été entièrement revu par Francis Huster qui a sans doute épuisé un dictionnaire ornithologique. J'ai listé les termes appartenant à ce lexique dans le 2ème aria de Papageno : cailles, oiseau, plume,aile,oiseaux de papier, cage, nids, colombes, tourterelles, coeur de pigeon, tête de linotte, mésange, ailes, planer, m'envoler, ciel, roucoulerions ... 

Plus tard Tamino chantera : Silence! Ferme ton bec! Tu as juré sous peine de mort! Ni caquetage! Ni roucoulade!
Je me suis demandé parfois s'il n'y avait pas eu des approximations de traduction. Entendre le terme de Hachis Parmentier était insolite. Mais non puisque c'était intentionnel. Francis Huster estime avoir ainsi réussi à permettre au public le plus large de comprendre le spectacle. Mozart en langage des tecis aurait été encore plus adéquat s'il voulait vraiment gagner un public qui ne va jamais à l'opéra.

Le principe d'Opéra en plein air est certes de démocratiser cet art. Mais est-ce nécessaire de le raboter à ce point ? Si les récitatifs sont en français, fort heureusement les parties chantées sont en allemand. Les puristes peuvent donc entendre cette flute en version originale.

Mozart, qui a composé cette oeuvre dans l'urgence, juste avant de mourir, a voulu montrer le combat entre les forces du bien et du mal. Il y eut plusieurs moments ce soir où j'ai douté de la période tant je voyais d'autres forces s'affronter. D'infimes détails suggéraient un saut historique en évoquant la seconde guerre mondiale, la terreur et les ténèbres nazies.
Au final, une Flute enchantée en noir et blanc qui a provoqué des applaudissements frénétiques. Pour l'enchantement des voix ? Pour la passion à l'égard d'un Francis Huster toujours autant charismatique ? A moins que ce ne soit de soulagement (une soirée sans une goutte d'eau, cela se fête) ... et pour la morale de l'histoire car comme le dit Papageno : une vie sans amour n'est pas une vie !
"La Flûte enchantée" de Mozart, au Domaine de Sceaux les 14 et 15 juin, au Château du Champ de Bataille les 21 et 22 juin, au Château de Vincennes les 27, 28, 29 juin, à la Cité de Carcassonne le 6 juillet, au Château de Haroué, les 30 et 31 août, à l'Hôtel national des Invalides les 10, 11, 12 et 13 septembre, au Château de Fontainebleau les 20 et 21 septembre.

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