vendredi 14 juin 2013

Les tweets sont des chats de Bernard Pivot

Encore un titre énigmatique ... Les tweets sont des chats prétend Bernard Pivot parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence (p.15). Chez lui peut-être, parce qu'il emploie l'ordinateur ... Mais pour moi qui utilise aussi l'Iphone je peux vous dire que chacun est ponctué par un piaillement. N'oublions pas que twitter signifie gazouiller en anglais.

Je les comparerais volontiers à des tigres. Surtout quand on songe aux ravages que certains ont fait dans la classe politique. Ces petits messages ont l'air anodin mais leurs griffes peuvent être redoutables, et un tweet bien senti peut faire la pluie ou le beau temps, ce qui en ce moment prend tout son sens.

Bernard Pivot s'est pris d'enthousiasme pour ce nouveau media. Ecrire avec la contrainte de tenir dans le quota de 140 caractères est un challenge qui le motive. Je le comprends. Moi qui rédige de très longs articles, j'avoue être assez amusée de me soumettre à ce type d'exercice.

Par contre, si c'est pour moi un mode de communication, que j'emploie différemment du blog (articles de fond) ou de Facebook (invitations à réfléchir sur un sujet ou échanges entre connaissances) j'ai l'impression que Bernard Pivot restreint Twitter à une fonction de porte-voie.

Ce media est intéressant s'il correspond à autre chose que crier dans le désert. Son interactivité potentielle avec la terre entière (il n'y a aucune confidentialité des messages sur Twitter) est une composante que j'apprécie. Avec la règle qu'il ne faut pas écrire un mot qu'on pourrait regretter ultérieurement.

Bernard twitte quotidiennement mais pour l'avoir "suivi" un moment j'ai remarqué qu'il ne répondait jamais à de possibles interlocuteurs (depuis la sortie du livre sa tweetattitude a évolué considérablement. A suivre donc, c'est le cas de l'écrire ...).

Est-ce parce que cette forme d'expression ne lui suffisait pas ou parce que qu'il a réussi à rassembler 160 000 abonnés qu'il a collationné ses messages dans un livre, publié par Albin Michel en mai 2013 ? J'ai tenté de l'interroger sur ce point, sans grand succès puisque je n'ai obtenu aucune réponse... Et pour cause. Nous étions au musée Grévin.

Vous pourriez objecter que mon humour est corrosif. Ce n'est pas mon intention. J'ai, dans d'autres circonstances eu l'occasion de discuter avec Bernard Pivot et je suis admirative de son professionnalisme. C'est un bourreau de travail qui ne délègue pas à d'autres la rédaction de ses notes. Et j'ai lu le recueil de ses tweets avec beaucoup de plaisir.

Ils sont classés en grands chapitres sous autant de #mots-clés. En voici un florilège où l'humour est assez vif, car Tweeter se prête volontiers aux traits d'esprit :
Les tweets sont des télégrammes décachetés. (p. 15)

J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. (p. 23)

Pas logique le trait d'union d'ex-mari et d'ex-femme puisqu'ils ont rompu et divorcé. (p. 27)

Rouerie du langage. Quand on dit d'un homme qu'il "sort avec ...", cela signifie qu'il rentre avec et qu'ils couchent ensemble. (p. 28)

Deux amusants néologismes créés par Patrick Besson pour dire s'embrouiller en langage électronique : "s'emmailer" et "se détexter". (p. 30)

Poutiner : délivrer ou obtenir un papier officiel en 24 heures. Ex. : tu pourrais me poutiner un passeport belge ? (p. 35)

Montebourger : dire le contraire de son chef. Ex.: il en a mare d'être montebourgé par tous ces petits cons!

Ecrire, c'est croire que tout n'a pas été dit et que ce qui a été dit aurait pu l'être autrement, mieux même.(p. 41)

La nuit, il se commet plus de crimes sur le papier qu'il ne s'en produit en vrai. (p. 44)

La nuit, le jeune Marcel Proust, qui s'est couché de bonne heure, rêve d'une phrase qui ne finira jamais. (p. 45)

La nuit, Colette se glisse dans les cuisines du Grand Véfour pour y déguster ce que le chef Guy Martin lui a secrètement préparé. (La passion de Bernard Pivot pour la gastronomie est de notoriété publique ... Il a d'ailleurs publié un Dictionnaire amoureux du vin, chez Plon, en 2006. Quant à vous, lecteur, si vos moyens ne vous permettent pas le Grand Véfour, vous pourrez être initié aux secrets de cuisine de Guy Martin dans son atelier qui est un lieu que j'aime beaucoup).

Il y a deux sortes d'amour : l'amour insatisfait, qui vous rend odieux, et l'amour satisfait, qui vous rend idiot. Colette (p.71)

S'aimer soi-même, c'est être assuré d'être aimé toute sa vie. Oscar Wilde (p.72)

Il allait être ému par ses larmes quand il aperçut son sac en crocodile (p. 77).

Chaque fois que j'entends Rachmaninov, je dis :"Bonsoir à tous" (p. 90). Le générique d'Apostrophes, l'émission littéraire culte que l'on suivait tous les vendredis soirs à partir de 21 heures 30 de 1975 à 1990 était un extrait du Concerto pour piano n°1 de Sergueï Rachmaninov.

On trouve de savoureux messages sur le thème de l'orgueil, des lunettes, de la campagne ... avec une amusante citation de Jean-Michel Ribes : "Je n'aime pas la campagne, sauf dans le TGV : elle va plus vite". (p. 107)

Des explications étonnantes, comme l'origine de "gueule de bois" qui viendrait d'un certain Jules Bois, noceur, homme de lettres. (p. 117)

J'ai du mal à croire cette version. Par contre je suis presque certaine que la prochaine est juste :

Les bouchons lyonnais doivent leur nom aux anciens relais de poste où l'on bouchonnait les chevaux. (p. 121)

Dans un café bondé, le garçon débordé, je l'appelle "maître d'hôtel!" très souvent, ça marche ...

J'ai entendu dire qu'entre la littérature et le football le coeur de Bernard Pivot ne balançait pas. Le ballon rond aurait sa préférence. Impossible de ne pas vous donner un tweet sur ce thème : Au bureau, comme on regrette de ne pas pouvoir brandir un carton rouge pour exclure un chef ou appuyer sur une télécommande pour l'effacer. (p. 97)

Bernard Pivot, Les tweets sont des chats, Albin Michel, mai 2013

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