dimanche 2 juin 2013

Grands boulevards de Tonie Behar chez Jean Claude Lattès


Découvrir un livre en avant-première est un privilège qui peut être un piège si on ne l'aime pas. Coup de chance j'ai arpenté Grands boulevards au pas de course, en m'accordant de brèves haltes de temps en temps, histoire de faire durer le voyage.

Coup double puisque j'ai aussi eu la chance de faire la connaissance de l'auteure, qui est aussi sympathique et aussi attachante que les personnages de son livre.

Tonie Behar adore la comédie romantique au point d'estampiller son blog avec ces deux mots là. Elle a écrit Grands Boulevards sur ce registre, qui est faussement facile parce qu'il n'en faut pas beaucoup de trop pour verser dans la superficialité. Son livre se tient en équilibre comme autrefois les rats d'hôtel qui s'échappaient par les fenêtres et gambadaient sur les toits sans glisser.

L'action ne sort jamais du périmètre de ce quartier parisien qui se situe sur la rive droite, en lieu et place des anciennes fortifications de Charles V et de Louis XIII, dit Louis le Grand (p.92) comprenant les boulevards Beaumarchais, des Filles-du-Calvaire, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, de Bonne-Nouvelle, Poissonnière, Montmartre, des Italiens, des Capucines et de la Madeleine.

Nous ne nous éloignons pas de la station de métro qui a pris ce nom de « Grands Boulevards » à l'été 1998 pour remplacer celui de « Montmartre » (les usagers croyaient sortir au pied de la Butte), puis « rue Montmartre », dans le cadre d'un réaménagement global du quartier.

Tonie est loin d'exploiter chaque mètre carré, ce qui permettra, on peut l'espérer, une suite à ce premier numéro. C'est que les personnages du 19 bis boulevard Montmartre sont tous très attachants. Il y a Doria, une comédienne trentenaire qui, suite à des revers autant sentimentaux que financiers, revient habiter chez Max, son père, avec qui elle n'a pratiquement pas vécu.

Simon, son neveu, est déjà installé dans l'appartement. Karim le patron du bar sur le boulevard affiche une personnalité diamétralement opposée à celle de Manuela la tenancière d'une boutique de sex-toys nichée au fond de la cour. Mira la concierge est férue d'opéra et toute une cohorte de locataires apporte des touches complémentaires.

Les itinéraires des uns et des autres se croisent. La colocation transgénérationnelle aurait pu constituer l'essentiel du roman. Un souci majeur va fédérer tous les personnages : le 19 bis est promis à la spéculation par la banque qui en est propriétaire. Max prendra la tête d'une association de défense et Doria usera de tous les moyens modernes de communication pour porter haut leurs revendications. L'animation d'une page Faceboook sera déterminante. Twitter ne sera pas en reste et les échanges de MP (messages privés) constituent un chapitre entier (p. 165) qui réjouiront leu nouveau champion, Bernard Pivot.

Aujourd'hui, Tonie Béhar connait très bien ce quartier qu'elle a découvert au fil de ses balades parisiennes. Ce n'est pas pour autant un roman autobiographique et toute ressemblance avec un lieu existant serait fortuite, comme on peut s'en douter. J'ai poussé une porte cochère au hasard pour photographier une cour d'immeuble, un escalier A et puis un autre portant la lettre B. Il m'a semblé que Doria, Max et tous les autres auraient pu vivre dans cet espace là.

S'il y a un endroit qui n'est pas imaginaire, c'est le toit-terrasse du Grand Rex, au n°1, boulevard Poissonnière, depuis lequel Dominique Gau a pris le cliché qui fait la couverture du livre. Son directeur, Bruno Blanckaert, apparait même dans le roman sous sa véritable identité.

Sa présence, alliée avec les multiples faits historiques qui émaillent le texte, rendent la lecture très vivante. On éprouve la sensation d'être au coeur d'un feuilleton en partageant la vie de toute la bande et il s'en faut de peu pour ne pas abandonner notre lecture, se précipiter chez le poissonnier et préparer nous aussi des sardines à l'escabèche (p. 45) tellement la recette expérimentée par Max semble à la portée de tout un chacun. Il est tout autant difficile de résister à l'appel de la pause de la fin de journée et on pourrait se laisser tenter par le poker.

C'est que les boulevards sont associés à un certain état d'esprit de flânerie et de légèreté. Cette vocation au divertissement se manifeste au XVIII° siècle par l'installation de nombreux théâtres autour de la Porte Saint-Martin. C'est aussi sur les Grands Boulevards qu'a eu lieu la première représentation publique de cinématographe le 28 décembre 1895 (p. 181) au 14 boulevard des Capucines, où se tenait alors le Grand café.

Comme le chantait Yves Montand, il y a là tellement à voir que le sujet n'est pas épuisé, loin de là.

Cette chanson est d'ailleurs pour moi indissociable de cet endroit et j'ai toujours l'impression d'entendre le chanteur la fredonner à mon oreille quand je m'y promène :
J'aime flâner sur les grands boulevards
Les soirs d'été quand tout le monde
Aime bien se coucher tard
(...)
Toutes les rumeurs, toutes les lueurs
Du monde enchanteur
Des grands boulevards
Grands boulevards a toutes les qualités pour plaire aux lecteurs qui aiment la comédie romantique comme ceux qui considèrent ce genre en souriant à demi. Je leur souhaite de suivre un parcours semblable aux Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin, solidement ancrées dans les années soixante-dix.

A sa manière, Tonie nous donne une version très contemporaine de la vie parisienne. Du livre à l'adaptation cinématographique il semble qu'il n'y ait que quelques lignes à ajouter. Ce serait dommage de nous en priver. J'imagine déjà la soirée VIP au Rex ...

Grands boulevards de Tonie Behar chez Jean Claude Lattès, juin 2013
Site de l'auteur ici

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