jeudi 3 juillet 2014

Adieu au langage de Jean Luc Godard

Il faudrait, m'a-t-on dit, le voir une paire de fois pour le comprendre. Soit. Sauf que moi j'aime comprendre du premier coup ou renoncer ... à comprendre.

Lire le résumé donne des clés. Mais après tout je ne suis pas sûre que ce soit nécessaire. Je vous en fais grâce.

Si comprendre c'est bien "prendre avec soi", on peut dire que cet Adieu au langage est compréhensible car on n'en sort pas insensible. Les images de forêt en automne, de bords de lac et de cosmos (les fleurs ... quoique le ciel soit lui aussi très présent) nous poursuivront longtemps.

Il faudrait aussi le revoir en pointant l'écran de son smartphone avec Shazam (un weblogiciel de reconnaissance très utile) tournant en permanence pour décoder l'origine de tel ou tel morceau. Le cinéaste n'emploie que des fragments, jamais plus de 10 secondes, alors à part la 7ème de Beethoven, et la chanson enfantine ponctuant les dernières images, Malbrough s'en va en guerre, il faut être érudit pour reconnaitre.

J'ai scruté le générique de fin mais il est laconique et crache si vite les références qu'on ne peut pas mémoriser plus de quelques noms : Tchaikovsky dans le domaine musical, et puis Cocteau, Artaud, Aragon, Apollinaire, Sartre, Beckett, Byron ...

Certes, il ne faut pas être très cultivé pour repérer dans le domaine politique les hommages à Machiavel, Richelieu, Bismarck, Marx, Hitler, Soljenitsyne, Mao, Che Guevara, tous ces noms sont cités en voix off, comme je crois, dans le domaine artistique, Rodin, Nicolas de Staël, Monet (quant à Courbet et Cranach c'est peut-être mon cerveau qui me joue des tours), ainsi que le sociologue Ellul.

Godard glisse aussi des références subtiles à son propre cinéma, le bleu de Pierrot le Fou, les fesses du Mépris ... et à son intimité, puisque le chien s'appelle Roxy Miéville, portant le nom de sa compagne dont il n'a pas eu d'enfant.

Son film est aussi difficile à regarder qu'à suivre. Les images sautent parfois; la 3 D ne fonctionne pas constamment; certains plans sont volontairement flous. L'histoire est décousue. C'est chaotique, numérique, linguistique, mélancolique, philosophique, idéologique, artistique, scatologique aussi, ... unique et polémique de toute évidence, ... humoristique enfin pour qui saura décoder l'inscription "usine à gaz" qui est tronquée à l'écran.

J'ai noté tout de même quelques vérités :
Tous ceux qui manquent d'imagination se réfugient dans la réalité.
Le bonheur n'est pas une idée neuve.
On attribue un Nobel de littérature, mais jamais de peinture ou de de musique.

Godard octogénaire, c'est à peine croyable. Il nous offre une réflexion que l'on ne décodera sans doute que dans quelques années. Quand nous serons définitivement entrés dans un monde où on ne projettera plus que des films en 3 D, reléguant aux archives les longs métrages en couleur comme l'est aujourd'hui le noir et blanc. Un monde où on échangera les smartphones comme on le faisait de nos livres.

Une chose est sûre : Ah Dieu O langage est monté comme une usine à gaz qui donnera du fil à retordre aux lacaniens.

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