jeudi 28 avril 2016

Divorce au scalpel

Vous pouvez penser que je ne suis pas adepte des spectacles de divertissement parce que j'y consacre rarement un article. C'est qu'il y en a (hélas) peu de bons. Alors quand arrive une pièce comme Divorce au scalpel il ne faut pas bouder son plaisir.

Voilà enfin une comédie où ce ne sont pas les portes qui claquent mais les répliques.

Frédérique Fall et Alain Étévé ont écrit des dialogues qui s'inscrivent dans l'air du temps. Avec la crise, une séparation est un luxe que bien des couples ne peuvent plus se permettre et la cohabitation (courante en Pologne il y a vingt ans) est devenue fréquente.

Le  paradoxe est qu'il faut désormais faire preuve de cette tolérance qui précisément a mis l'union en péril. Comment être disposé à faire des concessions quand la seule vue de l'autre exaspère ? La situation frôle l'intolérable quand la mère d'Orianne arrive à l'improviste pour célébrer ... les dix ans de l'anniversaire du mariage de sa fille avec Aurélien.

Si je vous dis que les trentenaires n'ont pas informé leur famille qu'ils avaient divorcé vous devinerez l'imbroglio qui se prépare. Pour une fois ce n'est pas l'amant qui est dans une position inconfortable mais le mari.
Les rebondissements secouent les personnages à qui les auteurs ont taillé des costumes sur mesure. La mère (Hélène Derégnier) exige d'être appelée par son prénom, Mathilde. Elle a l'art de s'imposer, à l'improviste en cachant son affection pour sa fille derrière des sous-entendus provocateurs et vexants.
L'ex compagne d'Aurélien (Karine Lyachenko) surgit en agent immobilier prête à dénicher l'appartement idéal pour le mari à moins qu'elle ne cherche à le reconquérir puisqu'il est soudainement disponible.

Un psychothérapeute conjugal (Loïc Blanco), bafouera tous les principes déontologiques de sa profession en séduisant sa patiente.
Orianne (Laurence Oltuskiet Aurélien (Pierre Khorsandse trouvent embarqués dans une tourmente qu'ils maitrisent de moins en moins. La jeune femme affirme un tempérament de feu et fourmille d'idées qui pourraient résoudre les problèmes si ceux-ci ne se multipliaient pas à l'infini. On retiendra sa méthode du cercle de craie pour imposer des limites. Le jeune homme voudrait s'affirmer mais sans moyen financiers il reste sous la dépendance des autres.

Bref, la liberté des uns comme des autres est somme toute relative. Les auteurs ont l'habitude de travailler pour la télévision, cela se sent dans leurs répliques qui sont drôles, ou féroces mais qui sonnent juste et que l'on aurait envie d'apprendre par coeur pour les ressortir à bon escient.

La salle rit beaucoup. Il faut entendre par exemple Orianne épingler le machisme médiéval de son ex-conjoint ou Mathilde la bourgeoise nous confier que faire des économies quand on n'en a pas besoin c'est d'un ludique ...

J'ai vu la pièce le soir de la première représentation. Tout était déjà en place alors que l'équipe était encore en répétition à 19 heures. Jean-Philippe Azéma, le metteur en scène (qui est aussi comédien, mais dans d'autres spectacles) a une large expérience, allant de la comédie musicale à la dramatique radiophonique. Il est heureux qu'on ait fait appel à lui parce que tous les ressorts de la comédie ont été pensé par les auteurs : une situation détonante, des personnages antinomiques, quelques grains de sable... On actionne le tout et boum !

Il a été assisté par Aude Galliou à propos de qui il m'a confié que son aide avait été précieuse, ce qui est un compliment rare dans la profession.
J'ai senti combien ils avaient tous travaillé "la main dans la main", en particulier aussi Pierre Khorsand qui a repris le rôle en quelques jours. Il faut le voir éméché sur scène. On jurerait que c'est vrai.

C'est une des forces du spectacle : les comédiens jouent sans surjouer, un travers trop fréquent dans la comédie. Aucun rôle ne domine sur les autres. Avoir écrit cinq rôles de puissance équivalente est un autre des atouts de la pièce.

Plusieurs astuces ont été trouvées pour rompre les codes du théâtre de boulevard et apporter un zeste de fantaisie intelligemment pour distraire sans forcer le trait. Les costumes ont été pensés avec intelligence. Les lumières sont signées André Diot, un des grands éclairagistes  e la profession (et qui a fait personnellement la mise en place).

Vous ne remarquerez pas les points d'exclamation à la fin des répliques, ni les clins d'oeil racoleurs appelant des applaudissements. Aucun comédien ne songerait à allonger son texte pour mettre son acolyte en péril comme je l'ai constaté ailleurs. Ils ont accepté d'effectuer les changements de décor dans la pénombre, mais encore à vue, et prennent alors la pose, un peu à l'instar des arrêts sur images que l'on utilise au cinéma.

La distribution est susceptible d'être modifiée en fonction de leurs emplois du temps respectifs mais la qualité est inscrite dans l'ADN de cette production.

Le quintette se produira au Grand Point Virgule jusqu'au 3 juillet et vous manquerez un début de soirée joyeux en vous en privant. Divorce au scalpel est programmé à 19 heures, un horaire idéal pour oublier très vite une journée de travail difficile et qui laisse encore le temps de dîner ... pourquoi pas en terrasse en profitant des douces soirées que la météo nous offre enfin.
Divorce au scalpel
De Frédérique Fall et Alain Etévé
Mise en scène de Jean-Philipe Azéma
Avec Laurence Oltuski, Pierre Khorsand, Karine Lyachenko, Hélène Derégnier et Loïc Blanco
Prévu du 28 avril au 3 juillet 2016, le spectacle sera prolongé jusqu'au 27 août
Au Grand Point Virgule
8 bis rue de l’Arrivée 75015 PARIS (M° Montparnasse)
Du mercredi au samedi à 19 h 45, le dimanche à 18h

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Alain Etévé

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