jeudi 9 avril 2020

La tarte aux poireaux de mon arrière grand-mère

Je ne vais pas vous donner la recette de la tarte aux poireaux de mon arrière grand-mère, que je n'ai jamais goutée mais j'en ai tant entendu parler que pour moi toutes les tartes aux poireaux me ramènent auprès de cette femme que je n'ai d'ailleurs pas connue.

La famille, ruinée par la crise de 1929, était passée brutalement d'une certaine opulence (mon arrière grand-père était marchand de soiries dans le quartier des Folies Bergère) à une retraite qui devint rapidement miséreuse, dans la maison de campagne qu'ils s'étaient faite construire dans un minuscule village bourguignon.

Je me souviens par contre de cette propriété, avec une opulente cheminée dans la cuisine, une salle à manger au papier peint ramagé au-dessus de boiseries élégantes, d'un bureau incongru pour la campagne, d'une chambre parquetée avec cabinet de toilettes attenant. Tout cela sans eau courante ni chauffage central, évidemment. Mais il y avait un joli ensemble de toilette sur un meuble de marbre blanc (que je possède toujours).

La chance de mes arrière grands-parents était de disposer d'un grand jardin, et d'un verger prolifique. Ils furent locavores de la première heure. On m'a répété toute mon enfance que la mère de ma grand-mère avait fait de la tarte aux poireaux une spécialité.

C'était leur plat principal et récurrent et je crois qu'ils ne mangeaient pas souvent à leur faim. Cette femme est décédée brutalement et son mari l'a suivi deux mois plus tard, jour pour jour, de chagrin m'a-t-on dit. Ces quelques éléments ont suffi à forger une légende et vous comprendrez que la tarte aux poireaux soit devenue en quelque sorte ma petite madeleine...

En ignorant son goût originel je l'accommode selon ce dont je dispose. En cette période où j'ai le sentiment de manquer de tout je pense souvent à mes arrière grands-parents en tentant de suivre leurs pas.
Avec un sachet de préparation Mon Fournil j’ai préparé une pâte brisée que j’ai laissé reposer 30 minutes avant de foncer un moule à manqué.

Dans une poêle, j’ai fait revenir le vert de quatre poireaux avec une échalote sans même ajouter de matière grasse.

Dans un saladier, j’ai battu un œuf avec deux cuillères à soupe de crème fraîche et autant de lait. J’ai ajouté une cuillère à café de curry, du cumin, une demi cuillerée à café de girofle moulue, du sel et du poivre (j’ai oublié la muscade que je m'étais promis d'ajouter).

J’ai mélangé la fondue de légumes avec cette préparation que j’ai étalée sur la pâte brisée.

J’ai mis au four pour 35 minutes.
La pâte n'est pas exceptionnelle, a tendance à se briser pour de vrai mais elle a l'avantage d'être très digeste puisqu'elle est sans gluten.
Et comme il en restait un tout petit peu j'ai pu bricoler un dessert avec une demi-pomme en lamelles et un nuage de cannelle.
Bien entendu je n'ai pas laissé perdre le restant des légumes. Fidèle à l'esprit familial, je me suis mis en tête de les utiliser entièrement et je vous dirai bientôt comment je traite le poireau du début à la fin.

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