vendredi 10 avril 2020

La fille à ma place de Catherine Le Goff

Certains attachés de presse continuent de travailler pendant le confinement en envoyant des fichiers numériques. Ce n'est pas ce que je préfère mais je me suis (re)mise à ce mode de lecture que d'habitude je réserve à mes séjours à l'étranger.

C'est ainsi que j'ai lu La fille à ma place. Encore une histoire de vengeance, mais autrement mieux ficelée que celle de Fern Michaels, n'en déplaise à l'immense succès qu'elle rencontre.

Catherine Le Goff est psychologue et a travaillé vingt ans en entreprise avant d’ouvrir son cabinet. Elle connaît extrêmement bien la psychologie humaine et la décrit avec talent, autant les ressorts individuels que les comportements de groupe.

Titulaire d’un prix de littérature à dix-sept ans, elle est revenue récemment à l’écriture pour nous offrir, avec La fille à ma place, une première œuvre de fiction, un thriller sensible et riche en rebondissements qui commence très fort : Est-t-on coupable quand on venge son amour bafoué ? Tuer une rivale est-il un crime ou une juste réparation ? Pour dire la vérité, je ne me sens pas coupable. Je ne me suis jamais sentie coupable, j’ai fait justice, j’ai éliminé celle qui m’a volé mon amour, ma vie (p. 30).

La vie de Nin bascule en quelques minutes après avoir commis un crime. Sa cavale connaitra moult rebondissements. D'une part parce que la rivale était la fille d’un industriel qui vit aux États-Unis, un mec puissant qui met de gros moyens pour retrouver la personne qui a tué son enfant. Et d'autre part parce que l'ex de Nin est lui aussi à ses trousses.

Jalousie, peur de l’abandon, dédoublement de la personnalité, manipulation et changements d’identité, tels sont les thèmes de ce roman à suspense et plein d’émotions, qui nous sensibilise à nos possibles passages à l’acte. Identifier nos failles et tomber les masques demande du courage. Mais cela nous rend aussi plus humains et sereins.

Il arrive que le récit soit un peu incohérent entre les motivations des deux hommes mais l'histoire est prenante. Surtout quand se faufile un secret de famille. De proie, la jeune femme devient enquêtrice et nous allons nous interroger avec elle sur des questions liées à la paternité.

Catherine Le Goff fait voyager le lecteur en France, à Venise, à New York dans les Hampton, et presque au Japon. En cette période où nous sommes privés de contact avec l'extérieur c'est une bouffée d'air pur. Je regrette évidemment que les musées ne soient pas accessibles. J'aurais volontiers cherché à voir un tableau de Rothko, découpé en deux parcelles monochromes, l'une jaune soleil, l'autre bleu océan pour ressentir, moi aussi, un bonheur intense (p.64).

On se serait douté que l'auteure est psychologue car elle distille un certain nombre d'affirmations que seule une professionnelle pouvait pointer, notamment que la violence vient fréquemment de nos blocages affectifs. A ce titre la note que l'auteure fait figurer à la fin apporte plusieurs éclairages.

Il faut lire La fille à ma place pour admettre que tout le monde a droit à sa part d'ombre.

La fille à ma place de Catherine Le Goff, aux Editions Favre, en librairie depuis le 16 janvier 2020
Lu en version numérique de 208 pages.

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