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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 14 avril 2011

Lionel Melka en concert au pédiluve de Chatenay-Malabry

C'est une vraie chance qu'il existe des salles de concert comme le Pédiluve en dehors de Paris, avec une programmation digne du Café de la danse. Et j'ose espérer qu'elle n'est pas unique en son genre.

Lionel Melka a donné ce soir un concert qui a réjoui tout le monde malgré un titre difficile : les soirs sans. Le chanteur n'est pas à un paradoxe près. Hier il nageait dans le virtuel et incitait à répondre positivement à son invitation en chantant Click sur oui.

Depuis, il a plongé dans le réel et nous lance des messages négatifs qui reflètent le pessimisme qu'il a traversé. Il en émerge avec énergie. N'est plus blasé. Se réjouit d'avoir croisé les routes d'Alice Dona, de Rose et de Jacques Higelin qui, chacun à leur manière ont eu un impact positif sur son destin.

Il a suivi les cours de l'atelier de la première qui lui a donné le coup de pouce qu'il fallait au bon moment alors qu'il débarquait de Guadeloupe sans connaitre grand monde dans le milieu. Grâce à sa présence sur myspace il a assuré la première partie des concerts de Rose, elle-même une débutante puisqu'elle présentait son premier album. Le challenge était énorme pour Lionel qui peut être fier d'avoir connu des standings ovation et qui n'en revient pas d'avoir été choisi ensuite si vite par Higelin pour assurer sa première partie.

Il lui rend aujourd'hui hommage avec le titre Cigarette, avant de faire une allusion à un autre grand monsieur de la chanson, Serge Gainsbourg, avec Clin d'oeil Melody Nelson. Chanter devant le public d'Higelin offrait l'assurance d'une belle visibilité auprès d'un public très large, entre 25 et 65 ans. Ces expériences ont forgé son âme de rockeur. Ce soir son fan club s'est même étendu au-delà de 90 ans. Il fallait voir certains habitués de la salle taper des pieds et battre des mains les yeux pétillants. Faut reconnaitre que Lionel diffuse une énergie très communicative avec une bonne humeur qui ne le quitte pas.

Il maitrise le show et parvient à créer une sorte d'instabilité qui maintient ses musiciens en alerte. Rien ne déstabilise le guitariste arrangeur underground (Jean Fabien Dijoud dit Jeff), le batteur (Camille Gaudou) et le violoniste-bassiste de talent (Benjamin Violet). Ni une corde de guitare rompue pendant les balances. Ni une panne de son en plein concert. Lionel poursuit en trio avec Camille et Benjamin pendant que Jeff cherche une solution. Et puis ensuite, Lionel s'assoie sur le gradin, dos au public, pour gratter un air de plus.

Difficile de croire qu'il a traversé une période noire tant il fait preuve de philosophie. Il se pose lui même la question dans les paroles de Pourquoi . Il chante qu'il est blasé, gavé, de s'entendre mentir, qu'il annonce son départ, sous la plainte nostalgique du violon et des arpèges de sa guitare. Il nous fait peur en nous menaçant d'être Absent mais il reste souriant et redevient vite joyeux. Et quand il chante je t'emmerde on ne se sent pas le moins du monde personnellement attaqué.

Pour l'heure c'est lui qui écrit ses paroles -toujours en français- et assure ses compositions mais il serait partant pour que des auteurs qui ont une plume marquée comme Loic Antoine ou Babx lui envoient un texte. L'avis est lancé !
La première tournée des Soirs sans s'achevait ici, dans cette salle du Pédiluve où Lionel Melka s'était installé en résidence en janvier, le temps de peaufiner le rythme du concert avec ses nouveaux musiciens dans des conditions plus confortables qu'en studio. Ils repartiront en septembre pour un plus grand périple sur toute la France. D'ici là vous pouvez télécharger légalement l'album sur ezic.fr ou en commander le support physique.

On le compare à Arno, Johnny Cash, Tom Waits, et même Hubert-Félix Thiéfaine, quand ce n'est pas aussi Higelin. Le public a besoin de références pour se rassurer. J'ai envie d'ajouter le nom de Joe Cocker dans cette même mouvance de chanteurs à la voix rauque. Dans peu de temps son nom n'aura plus besoin de comparaison. L'urgence est qu'il se constitue son répertoire qui pour le moment oscille pas mal, entre le ton jazzy de Tout va bien (2004), le rock déjanté, limite groovie de Click sur oui (2008) et le blues rock des Soirs sans (2010) et allez savoir, peut-être slam ou électro avec le prochain album ...

Pour en savoir plus vous pouvez cliquer sur le blog de Lionel : http://lionelmelka.over-blog.com/ ou sur le compte-rendu d'un autre concert donné au Pédiluve, avec The Rodeo en février.

Le Pédiluve se trouve dans l'enceinte du Théâtre La Piscine récemment reconstruit 254 avenue de la Division Leclerc, à Chatenay-Malabry (92).
Les jeudis soirs à 20 heures les musiques se déclinent sur tous les tons : classique, soul, chanson, jazz ... à 8 € la place. Le Bar ouvre ses portes à 19h00 pour une restauration légère ( un plat chaud, un dessert et une boisson pour 5 € ).
Lieu intime, convivial, trait d'union avec le passé nautique de l'équipement, il est devenu désormais une salle de concert de 80 places qui compte en région parisienne. Renseignements et réservations au 01 41 87 20 84 ou sur le site de la structure.

mercredi 13 avril 2011

Haute Diplomatie au théâtre de la Madeleine

Niels Arestrup et André Dussolier arriveront juste à temps pour la cérémonie des Molières dimanche 17 avril après avoir assuré la dernière représentation de Diplomatie ... avant la reprise déjà annoncée le 1er octobre prochain. Et c'est heureux parce que la pièce est formidable et leur interprétation tout autant.

J’ai vu le spectacle dans les pires conditions, coté Jardin, sur une chaise éloignée, me disant qu’à moins d’être pourvue d’un cou d’autruche je ne verrais rien. Je me rassurais en me persuadant que l’acoustique serait bonne. Erreur : je n’ai pas perdu une miette du duel car la mise en scène permet à tous les spectateurs de profiter du spectacle. Je vous le dis pour vous rassurer. Cette fois tout siège est bon à prendre.

On connait tous cet épisode de l’Histoire contemporaine, encore proche. Plusieurs quartiers de Paris ont failli sauter la nuit du 25 aout 1944, juste avant l’arrivée des Alliés et on doit la sauvegarde de la capitale à la désobéissance d’un général allemand. Et pourtant il se dégage un suspense formidable de la pièce que Cyril Gely a brodé avec force circonvolutions rhétoriques.

Dans la réalité le diplomate suédois Raoul Nordling a tenté de dissuader le général von Choltitz, alors gouverneur de Paris, de mettre le feu à la ville. C’était le propos du film de René Clément, Paris brûle-t-il ? et du terrible face à face entre Orson Welles et Gert Froebe dans une suite de l’hôtel Meurice. Le général reste seul pour prendre sa décision.

Cyril Gely fait revenir le diplomate suédois. Il imagine une fiction plausible, à partir des tempéraments supposés des personnages ayant réellement existé, autour d’un sujet qui revient de manière récurrente dans la vie politique : le devoir de désobéissance. Question philosophique qui pourrait surgir aux épreuves du Bac et qui taraude forcément l’être humain.

Il ne s’agit pas de restituer la vérité historique mais de traiter les choses d’un point de vue plus global, et plus psychologique autour d’une problématique qui pourrait nous concerner un jour, à plus d’un titre.

Niels Arestrup interprète Dietrich von Choltitz et André Dussollier joue Raoul Nordling, le consul général de Suède à Paris. Tous deux sont sur la liste des nominations comme meilleur comédien. Je rêverais d’un résultat qui les placerait ex-aequo parce que si le premier est excellent c’est parce que le second l’est tout autant.

Niels Arestrup évolue avec subtilité et délicatesse, sans jamais perdre un accent allemand d’une telle légèreté qu’on le jurerait naturel. La gamme des sentiments de son personnage évolue sur un large registre, gagnant l'empathie d'un public qui ne pouvait pas être disposé à le donner gratuitement à son personnage. On sait que c’est un immense comédien mais réussir à tirer les larmes de l’assistance avec un tel rôle relève du génie.

André Dussolier ne lâche pas le terrain sur lequel il avance comme un chat qui se parie capable de faire reculer un éléphant. C’est un moment de pur régal dont on ne perd pas un murmure. Si vous n'avez pas le temps d'y aller d'ici la fin de la semaine ce sera un superbe cadeau de Noël pour vos amis et votre famille.

Quant à moi il me tarde d'être à dimanche pour les entendre de près.

Diplomatie de Cyril Gely
Avec André Dussollier, Niels Arestrup, Roaman Kané, Olivier Sabin et Marc Voisin.
Mise en scène de Stephan Meldegg
Conseillère artistique Béatrice Agenin
Décors Stéphanie Jarre, Costumes Véronique Périer
Lumière Roberto Venturi, Son Michel Winogradoff

dernière représentation le 17 AVRIL 2011 à 15h avant la reprise du 1er Octobre au 31 décembre, du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 18h et 21h

Théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène, 75008 Paris, 01 42 65 07 09

mardi 12 avril 2011

Hausse de 20% du prix du café à Auchun sur 2 mois, 50% en 6 mois

(mise à jour 2 juillet 2011)
Tous les medias brocardent ces hausses de 20% et ils ont raison. Façon de parler parce que la hausse est de 63 % sur 18 mois sur le café de la marque distributeur Auchan vendu en "self-discount". Je n'ai pas pour habitude de me livrer à des comparatifs de prix mais, repensant à un des merveilleux jardins du Festival de Chaumont-sur-Loire qui va rouvrir ses portes à la fin du mois avec de nouvelles créations, faudrait pas pousser mémère ...

En voici une preuve. Y a pas photos, ou plutôt si. Et y' a de quoi s'énerver.








Entre le 4 février et le 9 avril 2011 le prix du café au détail, censé être un produit d'appel, donc économique, est passé chez Auchan de 4, 99 à 5, 99 euros. Pas besoin de machine pour calculer qu'un euro de plus sur un prix de départ de presque 5 cela fait 20%.

Pire encore, j'ai remis la main sur le sachet d'emballage de ce même café qui en octobre 2010 était vendu 3, 99 euros le kilo. Ce sont donc deux hausses successives de 20% que le distributeur a appliquées. Toujours pas besoin d'une machine pour réaliser que de 4 à 6 euros le bond est de 50%. Cela mérite bien qu'on crie au scandale !

Ce type de café restera-t-il longtemps "économique" ? Mon plaisir du matin est un peu émoussé alors que je tourne le moulin qui me vient, précisément, de "mémère".

J'avais conservé un peu de grains dans le sachet que j'avais acheté en février (sur la droite sur la photo). L'intérêt de cette prise de vue n'est pas dans la comparaison des quantités mais des étiquettes, évidemment.

Mise à jour du 2 juillet 2011 :
Ce même café est désormais vendu 6 euros 50 le kilo. Cela signifie qu'il a encore effectué un énorme bond. Cette fois il prend 8, 5 % en l'espace de 3 mois. On peut penser qu'Auchan teste la passivité de sa clientèle.
S'il n'y a qu'une personne pour protester je serai celle-là.
Notre porte-monnaie a subi 63 % de hausse sur 18 mois.
Est-ce que ce serait supportable sur d'autres produits de consommation courante ?

lundi 11 avril 2011

Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière

En ce jour anniversaire de la catastrophe de Fukushima je voudrais revenir sur le livre que Dany Laferrière a écrit suite au tremblement de terre d'Haïti. On constate d'ailleurs que les dérèglements climatiques sont source d'inspiration pour les cinéastes et les écrivains ( Clint Eastwood avec Au-delà, Gilles Leroy avec Zola Jackson, Laurent Gaudé avec Ouragan dont j'ai démarré aussi la lecture dans le cadre du Prix du roman d'Antony).

Dany Laferrière a écrit là un entre deux, à mi-chemin entre journal, documentaire, brèves, nouvelles, critiques et dénonciations (comme cette diatribe contre les méthodes des photographes amateurs de sensations ou encore sur le mode opératoire des médias qui puisent tous à la même source des banques d’images les mêmes extraits qu’ils nous servent tous en boucle, modelant ainsi notre mémoire), charriant les souvenirs qui remontent à la surface dans un désordre apparent.

L'écrivain croise des réflexions intimes avec des faits publics, obéissant à l’injonction de son neveu (p.51) : vous pouvez écrire votre journal, mais pas de roman.

Du coup on a un peu l'impression que cela nous arrive en vrac, obéissant à un désordre dont on ne comprend pas la logique, même si le livre commence en de manière classique par « La minute » : on a eu 8 à 10 secondes pour prendre une décision. Quitter l’endroit (ce fut la bonne) ou rester.

Dany Laferrière revient à intervalles réguliers sur l'instant de la catastrophe, et sur les lieux où elle continue de se dérouler, nous disant que jusqu’à 16 heures 52 le 12 janvier 2010 on vivait dans l’insouciance. L'emploi de ce mot, insouciance, est curieux quand on connait l’histoire du pays.

Ici on dit le 12 janvier comme ailleurs le 11 septembre. (...) La mort en nous frôlant laisse en nous une frénésie qui nous pousse à défier les dieux (par exemple en se risquant à retourner dans sa chambre d’hôtel alors qu’une prochaine secousse menace).

On risque plus à fréquenter les supermarchés (qui ne sont pas construits selon les normes sismiques) que les marchés en plein air.

Haïti est entré avec fracas dans l’humanité de tellement de gens qui sont prêts à aider sans savoir où va leur argent. (p.94)

On pourrait multiplier les citations. Chaque phrase est lourde de sens même si elles s'empilent sans véritablement s'enchainer. Car l'analyse va au-delà de la simple narration. Les choses s’additionnent au lieu de se soustraire. L’auteur pointe le tempérament des Haïtiens, qu’il regarde comme « des conteurs-nés qui s’expriment aujourd’hui à l’écrit » (p.57). Il nous apprend qu'un nom a été donné localement au tremblement de terre, comme les autorités font avec les cyclones. On le désigne sous le terme de Goudougoudou, sorte d'allusion au bruit que la terre a fait en se dérobant.

Il souligne les difficultés à s’orienter pour ceux qui ont toujours refusé d’utiliser le nom des rues. Les gens emploient des éléments de l’ancienne ville avec des repères nouveaux. La ville est frappée par un double malheur (p. 175) : malheur individuel (on a perdu des amis ou des parents) et malheur collectif (on a perdu une ville).

Il ne peut s’empêcher de généraliser et d'envisager la situation avec un certain recul : Le Brésil a trois choses en commun avec Haïti : le café, l’amour du foot et le vaudou. Plus tard il ajoute la passion pour la musique. Dans ce pays (aussi) il faut arriver à l’hôpital avec ses médicaments. Alors on n’y va que quand la douleur est insupportable. La maladie est un luxe. On passe de la vie au trépas.

Il invoque la formule de Senghor qui pose un regard de marxiste sur l’histoire haïtienne : « l’émotion est nègre et la raison est hellène » (p.54).

De retour à Montréal et après avoir conversé avec sa mère au téléphone qui lui semble, à plus de 80 ans, être dans une forme « splendide », Dany Laferrière conclut (p.86) qu’il y a des gens qui retrouvent leur énergie quand tout s’écroule autour d’eux. Et c'est là sans doute à la fois la force et la faiblesse du livre, oscillant constamment entre analyse et synthèse. Sans jamais quitter sa posture d’écrivain, qui lui fait employer le « je », renvoyant du même coup au titre, à ce « moi » qui soudain explose dans son égocentrisme.

Difficile de le condamner, il fait son métier d’écrivain, mais pourtant lui aussi tire intérêt de la catastrophe. A l'inverse des autres auteurs que j'ai cités en début du billet on doit au moins lui accorder qu'il se trouvait au cœur du phénomène quand il s'est produit. Et que probablement cet ouvrage est à relier avec son précédent livre, l'Énigme du retour, écrit après la mort de son père, et qui était un magnifique roman, lui aussi déjà à la frontière de plusieurs genres littéraires, intégrant des textes poétiques d'une grande beauté.

Il revenait à Port-au-Prince après 30 ans vécus loin, surtout au Canada, sans pouvoir se douter qu'à la prochaine visite la ville serait secouée par un séisme. Rien d'étonnant à ce qu'il écrive ensuite sur la mise en perspective de ses repères.

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, Grasset, 2011

Dany Laferrière, l'Énigme du retour, Grasset, Paris, 2009

dimanche 10 avril 2011

La méthode Grönholm au théâtre Tristan Bernard

Depuis que l'association des Molières a publié la liste des nominations, les théâtres se sont empressés, et c'est bien légitime, de réviser leurs affiches pour mieux informer le public. Il ne faudrait pas croire que les autres pièces ne méritaient pas de figurer au palmarès. C'est le cas de La méthode Grönholm que je viens de découvrir et qui est un de mes coups de cœur de la saison.

Je vous la recommande sans aucune réserve … comme spectateur s’entend. Inviter votre chef du personnel pourrait lui donner de mauvaises idées. Et par les temps qui courent personne n’a besoin de rendre les procédés d’embauche encore plus difficiles à vivre.

Grônholm n’est pas le nom d’une méthode qui a cours (ouf) mais ce sont des pratiques qui ont cours dans les entreprises qui ont inspiré Jordi Galceran pour écrire la pièce en 2003. Le réalisateur espagnol, Marcelo Piñeyro en a fait trois ans plus tard un long métrage sous le titre de La Méthode. On peut penser aussi au film du réalisateur et scénariste Laurent Cantet, ( Palme d'or du Festival de Cannes en 2008, avec Entre les murs) qui avait signé en 1999 Ressources humaines, un film très noir sur les méthodes de licenciement.

On peut encore établir un parallèle avec une pièce comique, l’Augmentation de Georges Pérec, dans la mise en scène d’Anne-laure Liégeois, tout autant éblouissante pour démonter combien les employés peuvent disjoncter quand ils sont soumis à forte pression.
Thierry Lavat a fait un excellent travail d’adaptation et de mise en scène. Les quatre rôles sont équilibrés. On ne perd pas une miette des joutes oratoires qui sont données avec moult volte-faces et tours de passe passe. Il y a (au moins) un traitre, enfin une taupe, dans le groupe et la balance penche tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre. Le texte témoigne des méthodes diaboliques de recrutement, laissant préfigurer d’autres usages, encore plus retors une fois le cadre intégré.

Lionel Abelanski (qui donnait cet automne la réplique à Édouard Baer dans Miam miam) trouve là un rôle à la mesure de son envergure. La direction d’acteurs est finement orchestrée, évitant que l’écueil du surjoué comme celui du vaudeville. Ceux qui ont travaillé en entreprise reconnaitront leurs supérieurs. Les autres riront en pensant que l’auteur a exagéré. Les bienheureux.

La méthode Grönholm de Jordi Galceran
Mise en scène et adaptation de Thierry Lavat
Avec Lionel Abelanski, Yannis Baraban, Marie Piton et Philippe Vieux
au théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher, 75008 Paris, tel 01 45 22 08 40

samedi 9 avril 2011

Méchant Molière au théâtre du Petit Hébertot

Xavier Jaillard est un ingrat. Molière a bon dos de lui avoir prêté sa pièce pour écrire la sienne. Sans rancune même si j’aurais préféré Molière Maman, ou Malin Molière, Mia Maman Molière, Mon Molière ou mieux encore Molière’s Market pour cadrer avec la volonté de l’auteur de pratiquer l’allitération. C’est que le mot méchant ne m’emballait pas, quoiqu’il fût le titre d’une imitation de Tartuffe, écrite par un admirateur dudit Molière au XVIII° siècle. Ce terme a bien failli détourner mes pas de ce théâtre où j’ai vu d’excellentes choses.

Sans rancune aucune car la plume de Xavier Jaillard ne manque pas de ressources et vous chatouille finement avec insistance. L’année dernière il avait donné le texte à l’école de l’EICAR qui montait son spectacle de fin d’année dans un esprit très comédie musicale. L’auteur avait envie de la jouer et de la mettre en scène. Voilà qui est fait. Et il a eu raison.

Que vous soyez féru de théâtre ou simple amateur vous vous amuserez des citations et hommages qui rebondissent d’un acteur à l’autre comme un ballon de foot. Et, comme dirait Boileau, que jamais le sens ne court après la rime … car si copier des vers c’est du partenariat, je ne recopie pas, je transmets le savoir, nous dit encore l’auteur.

Les rires fusent avant même le lever de rideau. Les annonces micro dont les supermarchés sont familiers ont été récrites : le Petit Poucet attend ses parents au pays des forêts. Trente pour cent de réduction sur l’amiante au rayon bricolage.

Détournements, farces et attrapes, mauvaise blagues de quat’sous, cela fait du bien d’entendre un texte qui ne se prend pas au sérieux. Le théâtre s’infiltre dans le théâtre et dans les chansons (la parodie d’Amsterdam vaut son pesant de cacahuètes). Après nous avoir entrainé sur le registre de la tendresse l'an dernier, l’auteur de la Vie devant soi (Molière de la meilleure adaptation en 2008) prouve qu’il est à l’aise aussi dans le registre comique. Il entraine toute sa troupe dans une aventure en vers qui nous met l’esprit au vert.

Méchant Molière
Petit Hébertot - Au Théâtre du Petit Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 PARIS
Du mardi au samedi à 21 h et le dimanche à 16h30. Relâche le lundi. 01 42 93 13 04
Jusqu'au 30 avril 2011.

vendredi 8 avril 2011

Des Clics et du Goût – Rencontres culinaires à l’atelier Alain Cirelli « Événements culinaires »

L’atelier Alain Cirelli organise une journée de rencontres sur le thème des valeurs de la cuisine, entre tradition et modernité. Intitulé « Des Clics et du Goût » ce projet a pour ambition de mettre cote à cote des amateurs blogueur(se)s) et des professionnels (chefs, sociologues).

Sont ainsi annoncés les blogueurs Mercotte, Elise (Eat Design), Edda (Un déjeuner de soleil), Anne (Panier de saison), Bernard (La cuisine de Bernard), le sociologue Patrice Flichy et bien sur les Chefs de l’Atelier Alain Cirelli - Événements culinaires.

Parmi eux, Yannick Leclerc, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer et que je serai heureuse de retrouver.

Aux environs de 10 heures, une table-ronde propose d’aborder les limites entre cuisine amateur et cuisine professionnelle, en confrontant le point de vue des professionnels sur la médiatisation croissante de l'amateur et le point de vue des amateurs sur leur travail. Les blogs culinaires, véritable phénomène gastronomique, serviront de base à cette analyse.

Il s'agira de s'interroger sur plusieurs questions : quelle est la place du blogueur, parfois ni tout à fait amateur, ni tout à fait professionnel ? Pourquoi un tel engouement pour la cuisine ? Comment se positionnent les professionnels face à ce phénomène ? Quel avenir pour ces différents acteurs ?

Suivront ensuite des démonstrations culinaires par les blogueurs, qui se prolongera par la dégustation des préparations à l’heure du déjeuner. L’après-midi sera consacrée à un atelier créatif autour de la cuisine de saison, thème qui est cher aux créateurs d’Évènements culinaires (qui reste avant tout une école de cuisine), à des rencontres avec des blogueurs, chefs et auteurs et à un troc un peu particulier d’ustensiles, d'astuces, de matériel. Venez avec votre panier !

"Des Clics et du Goût – Rencontres culinaires" le vendredi 22 avril 2011, de 9 heures à 17 heures.
Atelier Alain Cirelli - Événements Culinaires / 24 rue Condorcet, 75009 Paris
Accès : Métro Anvers (2), Gare du Nord (4, 5), Poissonnière (7)
Pour en savoir plus et s'inscrire (les frais d'inscription de 5 euros sont vraiment symboliques) : www.desclicsetdugout.fr

jeudi 7 avril 2011

G 229 de Jean-Philippe Blondel

Ce livre m'avait interpelée au Salon du Livre de Paris. Je venais à peine de l'achever et je m'apprêtais à rédiger une chronique enthousiaste quand, allumant la télévision, j'ai découvert l'auteur parmi les invités de La Grande Librairie de François Busnel, aux cotés de Jeanne Benameur et de Bernard Pivot.

C'était heureux de les faire se rencontrer, particulièrement Jeanne Benameur et Jean-Philippe Blondel car tous deux ont une écriture positive pour parler de la jeunesse d'aujourd'hui.
G 229 est un prétexte pour revenir sur le passé, présent et antérieur, dont la petite musique infuse nostalgie et humour. Pour preuve la manière que l'auteur a pour se décrire : j'ai toujours rêvé d'être un mec à la Jean-Pierre Bacri, lançant des remarques spirituelles et sarcastiques d'un air détaché et vaguement absent, avec une voix grave et un léger froncement de sourcils. le genre de gars capable de lancer une vanne d'une drôlerie irrésistible sans même esquisser un sourire.(p.152)

Qu'il se rassure : il n'a de leçon à recevoir de personne. La lecture de G 229 est réjouissante. Ses diatribes contre le téléphone portable (p. 185) sont extrêmement drôles, surtout quand on réalise que c'est le sien qui rugit en plein cours. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres possibles.

Jean-Philippe Blondel critique (aussi) le mammouth national, mais avec tendresse, ce qui apporte autre chose que l'amertume de François Begaudeau dont j'avais pourtant apprécié Entre les murs. Il est urgent de le lire avant la prochaine rentrée ... littéraire parce que son prochain roman ne sera sans doute pas aussi joyeux.

Il va poursuivre sur le chemin de l’autobiographie en revenant cette fois sur un passé forcément douloureux. L’auteur a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture dont son père fut le seul rescapé. Jean-Pierre part brutalement à San Francisco avant de rallier Morobe. (la suite en septembre)

G 229 de Jean-Philippe Blondel, Buchet-Chastel, 2011

mercredi 6 avril 2011

Où va la nuit, le nouveau film de Martin Provost, en avant-première

C’est un peu intimidant d’aller voir un film en avant-première confidentielle, parmi un public qui ne se laissera pas aller à exprimer son ressenti. Et puis, quand on a signé un tel succès que Séraphine, difficile d’éviter la comparaison. Pour ma part je me limiterai à dire que c’est encore un beau portrait de femme, encore interprété magnifiquement par Yolande Moreau dont le visage semble imperméable aux émotions, comme s'il s'était figé à force d'en avoir trop supporté.

Cette fois Martin Provost aborde le sujet de manière contemporaine. Avec un cadrage soigné par Agnès Godard qui l’a conçu comme un polar noir. Et force économie de mots. Les faits parlent d’eux-mêmes : parce qu’elle a été trop longtemps victime, Rose Mayer décide de prendre son destin en main et assassine son mari. Elle part alors pour Bruxelles retrouver son fils, qui a fui l’enfer familial depuis des années.

Mais la liberté apparente n’efface pas la culpabilité, et les histoires de famille ne peuvent se résoudre sans l’accord de l’autre.

D’après la radio cela devait être une journée calme. Mais quand la coupe est pleine … aucun mot ne pourrait plus arrêter la marche du processus ; agir devient inéluctable. On pense un instant que Rose va se laisser mourir. Ses motivations ne sont pas creusées. Sans doute vit-elle juste dans l’instant avec pour objectif de faire cesser sa misère.

Une fois « libre », Rose exécute les tâches mécaniquement : laver la voiture, jeter tout ce qui peut rappeler le passé. La photo de mariage est fourrée dans le sac avec les autres souvenirs qui dévalent l’escalier dans un sac poubelle, pour finir sur le bucher. Elle ne gardera que le briquet en argent pour le fils. C’est à peine si elle s’autorise un temps de répit en savourant un bain.

La Police n’a manifestement pas envie d’aller chercher très loin. Personne ne parle mais tout le monde sait ce que Rose a enduré au quotidien. Difficile de lui en vouloir d’avoir rendu justice au même endroit, de la même façon. C’est que le bonhomme a commis des méfaits sur d’autres personnes qu’elle … et que la justice a été clémente avec lui.

Elle débarque chez son fils avec la mauvaise nouvelle, c’est du moins comme cela qu’elle la lui présente. Ton père est mort. Elle est sonnée, calme mais fragile, constamment sur la réserve. Elle découvre le plat à la mode, des sushis. C’est spécial dit-elle. La conversation est réduite au minimum vital entre la mère et le fils : oui, oui /non, non. Jamais elle ne ment. Elle parle peu, c’est tout.

Elle se trahit par une phrase anodine : tout va aller bien maintenant, tu vas voir. On va repartir de zéro.

Sauf que cela ne se passe pas comme çà. Le fils rejette la mère : si je compte tant que çà pour toi, pourquoi t’es restée avec lui pendant tout ce temps, pourquoi t’as accepté toute cette merde ? (…) Tu pouvais pas fermer ta gueule et continuer à encaisser ?

Seuls ceux qui ont été engloutis par une violence comparable peuvent comprendre combien cette réaction est juste. Y’a pas de solution. Les fils sont imprévisibles.

Rose fait des rencontres qui influencent son destin. Un ange noir, ami de son fils, qui met son nez dans ses affaires. Un ange rose, Édith (formidable Edith Scob), une logeuse vers qui on la dirige et qui devine tout, sans doute parce qu’elle revit à travers elle sa propre histoire. Parviendra-t-elle à l’aider ? La rédemption est-elle au rendez-vous au bout de la nuit ?

Un très beau film qui fait réfléchir. Longtemps. Sur ce qui est bien et sur ce qui est mal.

Le scénario est adapté de Mauvaise pente, le livre de Keith Ridgway, éditions Phébus, 2001 couronné par le Prix Fémina étranger.
Sortie en salles le 4 mai 2011 - Je remercie Diaphana pour les photos.

mardi 5 avril 2011

L'instinct de l'instant de Nadia Xerri à Chatenay et à Clamart (92)

Nadia Xerri a choisi le terrain du football pour nous raconter un dîner de retrouvailles qui a été jouée sur la scène de la Piscine de Chatenay-Malabry dans un décor de lignes de fuite. Des enjeux de vie très puissants gouvernent la soirée et l'auteur gagnera son pari de nous entêter les jours à venir.

On rêve tous de revoir ses anciens amis, anciens collègues et connaissances. Mais on sait pourtant que derrière la fête il y a souvent un carnage. Car les rancœurs, les non-dits, ou simplement les mal-dits d'autrefois remontent à la surface au début ou à la fin de la soirée.

Pour mieux illustrer le "carnage", comme elle le dit elle-même, Nadia Xerri a choisi une vision assez diabolique d'un agneau, celui là même qui devrait être cuit sur le barbecue, sauf qu'il se trouve embroché dans une position christique. Les images fortes ne l'effraient pas. Deux personnages font tranquillement la conversation, assis l'un derrière l'autre sur des sièges qui pourraient être des causeuses, si ce n'étaient des cuvettes de WC.

François explose. Ses invités jouent avec ses nerfs. L'organisation est stressante comme les minutes d'avant match, quand on ne peut plus rien faire pour faire pencher le destin d'un coté ou de l'autre. Pas besoin de menaces, coach, on sera des agneaux !

La promesse est effrayante. Cà bombarde et çà fait boucherie.

Nadia Xerri entretient une passion avec le football qui remonte à l'enfance. Elle s'est inspirée de faits réels pour écrire la pièce. Jean-Pierre Adams (David) constituait avec Marius Trésor une charnière centrale défensive redoutable surnommée « la garde noire ». Il a longtemps joué en équipe de France où il compte 22 sélections. À l'occasion d'une opération bénigne au genou, le défenseur tombe dans un long et profond coma le 17 mars 1982 suite à une erreur d'anesthésie. Il est toujours dans cet état.

Stéphane Guivarc'h est un autre ancien footballeur professionnel français. Il occupa le poste d'attaquant de l'équipe de France de football lors de la Coupe du monde de football 1998. A l'issue de sa retraite sportive, il a collaboré avec le service des sports de Canal+ et intégré le staff technique de l'En Avant de Guingamp. Il prête également sa voix dans le jeu vidéo Pro Evolution Soccer 3 pour commenter les matchs. Aujourd'hui Stéphane Guivar'ch est commercial dans la vente de piscine et de produits de balnéothérapie.

Dans la pièce il est Matthieu, et sa traversée solitaire en palmes et tuba apporte une touche d'humour sur le plateau. De même que les épisodes chantés.

L'auteur utilise sa connaissance du milieu footballistique pour servir une de ses obsessions, celle de la filiation. Plusieurs personnages n'ont pas de crédit d'enfance et il faudra au fils entendre de la bouche de son père qu'il est le fruit d'un instant d'amour pour espérer connaitre enfin la paix, ... peut-être.
Elle répond volontiers aux questions du public en compagnie des acteurs (ici avec Clara Pirali et Jean-Jacques Simonian). Elle adore son équipe, en particulier ses comédiens dont la générosité la touche. Elle est déjà retournée en écriture pour retrouver très vite le plaisir de retravailler ensemble. Ce sera une sorte de western inspiré cette fois de Calamity Jane. On y dansera probablement le french cancan. Je ne vous donne qu'une piste pour vous préparer : revisionnez Rio Bravo, le film de Howard Hawks sorti en 1959.

Mais pour l'instant, si vous n'avez rien vu de Nadia Xerri programmez la soirée du 6 mai au théâtre Jean Arp. Elle y sera avec sa troupe et vous pourrez sans doute discuter avec elle après match, pardon, après spectacle. Vous la reconnaitrez facilement : elle est toujours vêtue d'un jogging Adidas aux trois bandes dorées et d'un débardeur noir Petit Bateau. Elle a l'esprit pratique : elle a réglé une fois pour toutes le problème des femmes devant leur vestiaire. C'est du temps de gagné pour écrire !

Théâtre Jean-Arp, 22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. Le vendredi 6 mai à 20h30
Tél : 01 41 90 17 02.
L’Instinct de l’instant a été publié en 2011 aux Éditions Actes Sud-Papiers.

lundi 4 avril 2011

Le gai mariage

Oui c'est un vaudeville. Non il n'y a pas véritablement de "message" hormis celui d'offrir une franche comédie au public. La vérité si je mens !

Le texte est signé du même duo gagnant Bitton/Munz, à qui l’on doit le scénario du film. La pièce est la chronique d'une union conçue uniquement pour obtenir la meilleure part d'un gâteau, pardon, pour "réinscrire le mariage dans sa fonction originelle de maintien de la fonction patrimoniale".

Le propos se résume en effet en quelques mots : Un célibataire endurci apprenant qu'il hérite de sa vieille tante à condition qu'il se marie dans l'année décide, pour ne pas déroger à son amour de toutes les femmes, d'épouser son meilleur copain. Lui, c'est Dodo (formidable Gérard Loussine)

C'est un spectacle sans prétention mais qui garantit une belle distraction, ce qui mérite bien d'avoir été élu pour concourir dans la catégorie Molière de la pièce comique avec T'es à la menthe ou t'es citron (déjà programmé l'an dernier au théâtre Fontaine), le Prénom (à Édouard VII avec Patrick Bruel), le Technicien (au Théâtre du Palais-Royal avec Roland Giraud et madame).

Et puis, pour un spectacle sans "tête d'affiche" il se trouve que le Gai Mariage est une pièce où les rôles sont équilibrés, ce qui permet de s'amuser de chacun et avec chacun tout le temps sans guetter les entrées des vedettes. Vous aimez rire, alors faites-vous inviter à la noce.

Le Gai Mariage
Théâtre des Nouveautés - Paris IXe
Depuis le 15 octobre 2010 et jusqu'au 31 mai 2011.
01 47 70 52 76

Texte de Gérard Bitton et Michel Munz. Mise en scène de José Paul et Agnès Boury. Avec Gérard Loussine, Philippe Magnan ou Thierry Heckendorn, Lysiane Meis, Emmanuel Patron, Patrick Zard.

dimanche 3 avril 2011

Le printemps est arrivé

En bonus aujourd'hui un second billet annonçant ... la belle saison. C'est toujours la même fenêtre mais le paysage a renouvelé sa garde-robe.

Le repas des fauves de Julien Sibre au Théâtre Michel

(article mis à jour le 3 avril 2024) 
Marché noir et marché de dupes sont au programme de cette pièce quadruplement nominée aux Molières 2011 : meilleure pièce du théâtre privé, meilleur metteur en scène (Julien Sibre), meilleur adaptateur (le même Julien Sibre, qui interprète également un rôle) et meilleur scénographe (Camille Duchemin).
Nous sommes en 1942, dans une petite ville de province. Le libraire Victor Bachelin (Olivier Bouana) a invité des amis et connaissances intimes pour fêter dignement l'anniversaire de sa jeune épouse Sophie malgré le contexte difficile de l'occupation allemande. Arrive un médecin (Cyril Aubin), patriote opportuniste qui respecte Le Maréchal Pétain, un professeur de philosophie désabusé (Julien Sibre), Françoise (Stéphanie Hédin) dont le mari est prisonnier et que l'on sent attirée par la Résistance, l'oncle de Sophie (Pascal Casanova), un bon vivant qui traficote au marché noir avec les allemands, et qui apporte victuailles et cadeaux. Pierre (Jérémy Prévost), blessé de guerre et aveugle est l'invité surprise. On évite les discussions qui fâchent et tout le monde est heureux de manger.

Jusqu'à ce que des coups de feu claquent dans la rue. Bruits de bottes, ordres ... On frappe à la porte. Un officier SS (Pierre Jean Pagès) annonce: « Deux soldats allemands ont été tués devant l'immeuble. Si on ne retrouve pas les coupables, deux otages par appartement seront fusillés. Vous devrez désigner vous-mêmes les vôtres » !

Dès cet instant, il n'y a plus d'ami, ni de famille, les fauves cessent de manger et s'affrontent ... dans une lourde atmosphère de lâcheté. De compromis en compromission, la barbarie ne sera pas là où on l'attend.

Mais Julien Sibre présentera la soirée mieux que moi

Julien Sibre a adapté pour la scène la nouvelle de Vahé Katcha, dont Christian-Jaque avait tiré un film en 1964. Certains prénoms des personnages ont changé mais les rôles principaux sont restés les mêmes. Dominique Paturel interprétait l'aveugle. Francis Blanche était l'oncle trafiquant qui vend sans complexe de l’acier aux Allemands, Claude Rich le professeur de philosophie.

Le texte était sans doute plus dérangeant en 1964 qu'aujourd'hui et le tournage en noir et blanc mériterait d'être revu. Les dessins animés de Cyril Drouin, projetés régulièrement sur la toile de fond ont la force d'évocation des croquis de Valse avec Bachir, apportant de la modernité à un propos hélas toujours d'actualité : l'homme est un loup pour l'homme.

Le texte est parfois drôle et l'interprétation équilibrée, justifiant parfaitement une quadruple nomination. Ce sont trois trophées que Julien Sibre remportera dimanche soir. Sur le cliché ci-contre, il ne le sait pas encore et son cœur bat très fort à coté de Stéphanie (sa compagne, à la vie et dans la pièce) en haut des marches de la Maison des Arts de Créteil où va avoir lieu la cérémonie des Molières.

Le Repas des Fauves
D’après l’oeuvre de Vahé Katcha
Adaptation et mise en scène Julien Sibre, assisté d'Isabelle Brannens
Avec : Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Stéphanie Hédin, Pierrejean Pagès, Jérémy Prévost, Julien Sibre, Caroline Victoria
Création lumière Stéphane Loirat
Décor Camille Duchemin
Costumes Louise RAPP, Mélisande de Serres
Musique originale Hedinski
Réalisation graphique Cyril Drouin

Depuis le 14 septembre 2010 et au moins jusqu'à fin avril 2011
Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, 75008 Paris, 01 42 65 35 02
Reprise depuis septembre 2023 au Théâtre Hébertot
Du mercredi au samedi à 21h00 – matinées le samedi à 16h00 et le dimanche à 15h00

Les nominations pour les Molières 2024 ont été annoncées ce mercredi 3 avril 2024 et, treize ans après avoir reçu 2 Molières, la pièce est de nouveau retenue :
Thierry Frémont est nominé dans la catégorie Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé
La 35ème cérémonie présentée par Caroline Vigneaux aura lieu au théâtre des Folies Bergères le 6 mai 2024, et sera retransmise sur France 2. 

samedi 2 avril 2011

Ma part du gâteau

Après L'Auberge Espagnole et Les Poupées russes Cédric Klapisch s'attaque pour la première fois à la réalité économique et sociale.

Avec Ma part du gâteau, dont il a écrit seul le scénario le réalisateur a imaginé la rencontre entre deux personnages diamétralement opposés sur le plan de l'échelle sociale. Lui c'est Steve (Gilles Lellouche) qui évolue comme un poisson dans l'eau dans le monde de la finance. Elle c'est France (Karin Viard) qui se prend de plein fouet l'orage d'un licenciement économique bricolé de toutes pièces par un trader sans scrupules, lui, précisément.

Cédric Klapisch a écrit seul le scénario après avoir mené des investigations sur le sujet tandis que les acteurs plongeait dans les univers diamétralement opposés de leurs personnages.

Le résultat est une comédie qui fait place au rire, même dans les situations tragiques. "Rire de tout cela ne supprime la dénonciation, mais au contraire l'accentue", déclare le cinéaste, qui rapproche sa démarche de celles de Chaplin et Molière. Il a voulu présenter la femme comme une sorte d'anti-Pretty Woman en démontrant qu'il ne faut pas s'attendre à trouver le prince charmant au coin de la rue mais qu'il faut tout mettre en œuvre pour s'en sortir par soi-même et sans compter sur les autres.

Le réalisateur brouille d'ailleurs habilement les cartes en insérant la musique du célèbre film américain dans une scène.

Zinedine Soualem (habitué des films de Klapisch) est Ahmed, ami serviable et patient, à l'origine de l'embauche de Karin Viard en tant que femme de ménage.

Le propos du film va bien au-delà d'une opposition entre riches et pauvres. Ce sont deux mondes et deux modes de pensée qui entrent en collision. La comédie est dramatique et la fin heureuse n'aura pas lieu ... comme dans la vraie vie, souvent, et comme au cinéma, parfois, à l'instar de films de Ken Loach.

vendredi 1 avril 2011

Poisson d'avril au Micro Onde

Le Centre d'Art contemporain de l'Onde inaugurait ce soir une nouvelle exposition sous l'intitulé gourmand CONVIVIO ou la plastique culinaire, conçue par Fabien Vallos (philosophe, écrivain et éditeur, professeur à l'École des beaux-arts de Bordeaux et d'Angers) et Sophie Auger.

De la plastique culinaire il faut retenir deux concepts, le rapport contigu à l'esthétique et la puissante figure de la périssabilité, à l'inverse des œuvres d'art dites "classiques", dont la longévité serait impertinente aux yeux de certains . Les commissaires ont voulu concevoir une exposition qui montre et qui fait voir ce qui relèverait de ce temps suspendu pour offrir au public l'expérience conjointe de l'œuvre et du désœuvrement.

L’exposition propose les travaux de onze artistes, selon quatre modes, une vitrine d'objets et de documents, un livre-catalogue et des interventions à l'Onde et au cneai (conférences, rencontres, dîners, banquets).

Fabien Vallos s'est livré une visite commentée de l’exposition, nous faisant notamment découvrir le travail de Ben Kinmont au travers de menus de dîner qu'il a organisés, immortalisant les recettes fétiches d'artistes et de personnalités. On peut y lire que Louise Bourgeois adorait la salade de concombre, Marcel Duchamp le steak tartare et, ce n'est pas un scoop, que Salvador Dali ne résistait pas à un dessert chocolaté.

L'exercice s'est prolongée avec Lundi c'est spaghetti ! , une performance culinaire de Julie C. Fortier avec ses élèves de l’Ecole supérieure d’art d’Angers dans le décor de Four-story paper room qui est avant tout une installation de papier qui se déroule verticalement.

La performance avait commencé à notre insu sous forme de silhouettes-statues se positionnant devant les oeuvres de l'exposition et remarquables sur les clichés que j'ai pris, puis du spectacle proprement dit, puis enfin d'une participation active à un cocktail où les étudiantes devenaient portefaix.
Voici encore Andouillette, de Jérémie Gaulin, une maquette de l'espace d'exposition, qui en serait la mise en pli, et dans laquelle des personnages modélisés délimitent les emplacements des œuvres dans l'espace réel.

Ines Lechleitner (toute de rouge vêtue) a conçu une installation sonore et olfactive dans la boite de la rue traversante qui est une performance culinaire à partir d'un fruit. Un fruit pour la main droite offre une double lecture du poème "l'abricot" de Francis Ponge. Le poète était fou de l'arbre qui fleurit rose au printemps et dont les fruits sont comparables à un cul d'ange à la renverse.
La plasticienne s'inquiétait de la position du rideau et du réglage de la puissance du parfum diffusé dans l'espace.

Avec Saucisses, Armand Jalut apporte une note très colorée et ironique sur le sujet, un peu à la manière d'Henri Cueco en conjuguant plus loin l'hyperréalisme avec la dérision.

Beaucoup d'autres œuvres sont présentées en vitrine, notamment le Traité des festins , dans son édition de 1682, la Cuisine bourgeoise de Menon, dans son édition de 1753 ou encore le Cannaméliste français (1768).
Et puis, enfin, ce poisson qui pourrait être d'avril et qui s'insère dans un Dimanche arythmique de Rémi Roye. Le photographe juxtapose des images qui sont des propositions pour trouver soi-même une explication. Vous connaissez maintenant la mienne.
La farce n'est pas drôle quand il s'agit de repartir après avoir jeté un dernier coup d'œil sur l'espace. Venir avec les transports en commun à Vélizy est tout à fait faisable jusqu'à 19 heures 30. Quitter la zone après 20 heures 45 relève de la péripétie. La communication aux arrêts de bus me rappelle la Pologne des années 80 : on ne sait pas quel véhicule passera, ni quand, ni pour aller où. Quand par bonheur un autocar se profile à l'horizon aucun élément ne renseigne sur son itinéraire. Il faut oser monter au hasard en espérant qu'il passera par Latécoère (retenez bien ce nom, il est magique) où de là vous pourrez récupérer un bus de la RATP. Car le réseau sillonnant les quartiers de Vélizy est privé et malgré son nom prometteur de Phénix il n'est pas merveilleux. J'y consacrerai un billet spécial car le sujet le vaut bien.

Exposition CONVIVIO ou la plastique culinaire
Micro Onde – centre d’art contemporain de l’Onde 8 bis, avenue Louis Bréguet 78140 Vélizy-Villacoublay Tél : 01 34 58 19 92 jusqu'au 2 juillet 2011 du mardi au vendredi de 13h à 19h - le samedi de 10h à 16h et les dimanches 22 mai et 19 juin de 15h à 18h

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