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samedi 16 juillet 2022

Sisyphes à La Scala Provence (Avignon 2022)

La gloire et le succès ne seraient qu’affaire de points de vue ? Je ne pense pas que ceux qui ont reçu la honte en héritage me croiraient. L’ascenseur social est bloqué pour eux.

Et même si le Festival Avignon Off songe sérieusement à offrir des places de théâtre aux démunis, ce n’est qu’une légère goutte d’eau face aux rochers que tant de personnes ne peuvent plus trimbaler. On peut avoir l’énergie de Frédéric Cheval et se désespérer de ne pas y arriver !

En tout cas cela fait bien rire le public de Sisyphes (oui au pluriel) à 15 h 25 (en alternance avec Etienne A., dont j’ai déjà dit le plus grand bien à sa création au Paris Off Estival).

C’est que Loelia Salvador, Florian Pâque et Nicolas Schmitt rivalisent d’astuces pour nous embarquer dans leur revisite du mythe. Les dialogues et la mise en scène de Florian Pâque sont savoureux.
À chaque fois que les portes s’ouvrent, Monsieur S. s’étonne de n’avoir pas changé d’étage. Il appuie pourtant sur le bon bouton. Il le sent, l’ascenseur monte. Mais quand les portes s’ouvrent, Monsieur S. est encore au rez-de-chaussée. Et s'il était condamné à ne jamais s’élever... ? 
Dans cette relecture socialo-loufoque du mythe, rien d’étonnant à ce qu’un paysan du Moyen Âge se confonde avec un livreur Deliveroo ou qu’un moine franciscain ait des allures d’algorithme. Car si les Sisyphes changent, le châtiment perdure.
Florian Pâque dénonce une fois encore les modes opératoires de grands groupes (c'était Amazon dans Etienne A.). Au troisième tome il sera le Kafka du XXIème siècle. Mais que cela ne vous dispense surtout pas de réfléchir ! Car rien n’est absurde ici.
Sisyphes de et mise en scène de Florian Pâque
Avec Loelia Salvador, Nicolas Schmitt, Florian Pâque
Lumières : Raphael Bertomeu
Son : Camille Vitté
Spectacle vu le Samedi 16 juillet 2022 à La Scala Provence. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.


Bien au-dessus du silence de et mis en scène par Violaine Arsac à La Luna (Avignon 2022)

Je suis une grande admiratrice de Violaine Arsac depuis Janvier 2020. Pas question de manquer sa nouvelle création à La Luna.

Etant confiante, j’y vais donc les yeux fermés, sans rien savoir, et je suis surprise d’entendre des mots qui me "disent quelque chose", et plus encore.

"L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne". Ça pourrait (encore !) être du Ferdinand Cheval. C’est si juste de toute manière.

Ma sensibilité est secouée par des paroles que j’entends avec de plus en plus de familiarité. A tel point que je questionne ma propre mémoire. Le doute n’est plus permis aux premiers mots de La grasse matinée de Jacques Prévert. Je reconnaîtrai aussi Une sorcière comme les autres de Anne Sylvestre et Barbara, encore de Jacques Prévert. Et puis des bribes de Desnos, Aragon et Neruda. Mais surtout je me laisserai porter par leur musique.

Je n’ai pas l’habitude de voir la poésie entièrement théâtralisée. Et je dois dire que c’est si bien fait que je n’avais pas immédiatement compris que le spectacle avait été créé à partir d'un corpus de textes poétiques. Ça ne m’a pas dérangée de n’avoir pas été prévenue, mais j’imagine que c’est préférable de l’être.

Chacun des 64 textes des 17 poètes, quelle que soit l'origine de son auteur ou la période à laquelle il a été écrit, nous parle du monde d'aujourd'hui. Étant lié au précédent comme au suivant, l’ensemble est fluide.

Les cinq comédiens les disent, les chantent et les dansent avec justesse, guidés par une mise en scène sobre et néanmoins physique. Je n’avais encore jamais vu l’évocation d’un viol de manière aussi efficace que pudique. Beaucoup d’instants sont poignants. Ils combattront la misère en rime et en vers, nous faisant comprendre que "les autres" c’est nous !
 
Ecrire, ne jamais cesser. Ces paroles de Abdellatif Laâbi correspondent aussi à ce qu’on attend de Violaine Arsac. Le spectacle peut s’adresser à tous ou à un public scolaire, afin de faire découvrir aux élèves la poésie différemment, dans une dimension visuelle, charnelle, actuelle. 

Je pensais connaître par coeur Liberté de Paul Eluard (1942). Mais je ne me souvenais pas qu’il situait ce mot "bien au-dessus du silence" légitimant ainsi le titre du spectacle :
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom 

Violaine Arsac a aussi écrit et mis en scène La dernière lettre, que j’avais sélectionnée l’an dernier (qui se joue à 17 h 15 au Girasole). Et en 2020 Les passagers de l'aube.
Bien au-dessus du silence de  Violaine Arsac
D'après les textes de Maram al-Masri, Louis Aragon, Aimé Césaire, René Char, Jean-Baptiste Clément, Marianne Cohn, Robert Desnos, René Depestre, Paul Eluard, Victor Hugo, Abdellatif Laâbi, Pablo Neruda, Jacques Prévert, Yannis Ritsos, Constantin Simonov, Anne Sylvestre  (liste en suivant le lien en fin de publication).
Mise en scène : Violaine Arsac
Chorégraphie : Olivier Bénard
Avec Olivier Bénard, Florence Coste, ou Charlotte Durand-Raucher, Steven Dagrou, Nadège Perrier, Nicolas Taffin
Lumières : Rémi Saintot
Musique : Stéphane Corbin
Costumes : Janie Loriaut
Spectacle vu le Samedi 16 juillet 2022 à La Luna. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Le Facteur Cheval ou le rêve d’un fou de Nadine Monfils au Théâtre des Halles (Avignon 2022)

Cela peut paraître insignifiant, mais la programmation du Facteur Cheval ou le rêve d’un fou, à 11 h au Festival Off Avignon au Théâtre des Halles a apporté de la souplesse dans mon emploi du temps qui, les autres jours, démarre à 10 heures. Ça compte, une heure de plus, d’autant que le spectacle a lieu dans le jardin, en plein air … avec malheureusement pour Elliot Jenicot la difficulté de devoir supporter les bruits de la rue sans être sonorisé (il mérite une couronne) et surtout le soleil. Mais pour ceux qui, comme moi, savaient qu’il fallait s’installer en haut à cour, tout allait bien.
C’est l’histoire d’un homme qui ne savait pas dire je t’aime, et qui l’a dit avec des pierres. On le disait fou, il ne l’était pas. C’est le monde qui l’est. Plus de trente ans pour construire un palais extraordinaire, seul, avec ses outils, sa brouette et une volonté inébranlable. La plupart des gens qualifieraient une telle entreprise de folie mais c'était un fou génial.
Nadine Monfils nous convie à un récit initiatique mêlant fiction et réalité, créant ainsi une histoire hors-norme qui contribue à la légende du facteur Cheval.
Le comédien est un homme de défi, à la mesure de son personnage. Il a accepté d’endosser le costume à un mois du festival pour remplacer un comédien hospitalisé en urgence. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il semble plus vrai que vrai.  Il faut dire qu'il était prédestiné puisque l'an dernier, il avait présenté à La Luna Les fous ne sont plus ce qu'ils étaient, en reprenant des textes de Raymond Devos. Il m'avait d'ailleurs bluffée.

Premier prix du festival mondial du cirque de demain, il a aussi été pensionnaire de la Comédie-Française. Une de ses anciennes collègues de la maison de Molière, Catherine Salviat, était là pour l'écouter. C'est un acteur hors pair. Elle aussi, qui m'a oublie dans Les chaises il y a quelques semaines, dans la mise en scène de Stéphanie Tesson.

Nadine Monfils est elle aussi sortie de ses habituelles contrées car je la connais surtout pour des aventures policières souvent déjantées, à l'humour grinçant. Elle a écrit avec sensibilité et tendresse l’histoire insensée d’un fou d’amour qui ne savait pas dire les choses avec des mots. L’œuvre de ce boulanger devenu facteur pour vivre près de sa femme (il me rappelle Joseph Ponthus-Le Gurun et À la ligne, à La Manufacture, autre magnifique déclaration de sentiments) est visible pour l’éternité à Hauterive, dans la Drôme provençale.

Il avait sans doute une abeille dans le chapeau, mais que de miel elle lui a permis de fabriquer ! 

Le monde est un ogre qui avale tous ceux qui ne marchent pas dans leurs rangs … à quelques exceptions, comme lui qui, d’une voix rocailleuse aussi onirique que les pierres qu’il trimballe dans ses poches, un panier puis une brouette pendant 33 ans, raconte avec simplicité les malheurs, notamment celui de perdre un enfant, et puis sa femme, et les bonheurs de sa vie. Et puis ses plus beaux voyages, qui sont ceux qu'il a fait dans sa tête.

Remarquablement écrit (le livre est tout autant bouleversant), magnifiquement interprété -il faudrait dire incarné- dans un décor parfait, avec une mise en scène qui concilie l’ampleur des rêves et la simplicité de cet homme plus connu sous le nom de Facteur que sous son prénom de Ferdinand, à juste titre finalement puisque facteur signifie celui qui fait, qui agit.

Le plasticien Philippe Doutrelepont est son partenaire sur scène. Du grand art dont j’ai essayé de restituer les nuances en photos.

Le Facteur Cheval ou le rêve d’un fou de Nadine Monfils
D'après le rêve d'un fou (Editions du Fleuve- 2019)
Mise en scène : Alain Leempoel
Interprète(s) : Elliot Jenicot, Philippe Doutrelepont
Scénographe : Noémie Vanheste
Costumes : Virginie Delvaux

Spectacle vu le Samedi 16 juillet 2022 dans le jardin du Théâtre des Halles. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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vendredi 15 juillet 2022

Tryptique La gueule ouverte de Geoffrey Rouge-Carrassat à Avignon Reine Blanche (Avignon 2022)

En soirée, à partir de 20 heures à Avignon - Reine Blanche, Geoffrey Rouge-Carrassat effectue, dans une gestuelle réglée au métronome, un marathon insensé, prodigieux, spectaculaire de talent et de tension, intitulé Tryptique enchainant trois pièces,   Conseil de classe, Roi du silence, et enfin Dépôt de bilan.auteur-

Je ne sais plus pour quelle raison j’avais loupé Dépôt de bilan l’an dernier, erreur de date ou d’horaire, car je me revoie dépitée devant l’affiche, un soir de juillet 2021.

Ce fut un mal pour un bien car cette fois ci c’est le tryptique complet qui se trouve à l’affiche (que j’aurais pu voir entre temps aux Déchargeurs en décembre 2021, si je n’avais pas été au Mexique à cette période).

Chacune est totalement indépendante des deux autres. Et non seulement le comédien a assuré l'écriture, mais aussi la mise en scène et bien entendu le jeu. Chacune est réussie et pourrait suffire à satisfaire un spectateur mais, par effet de contraste, l'ensemble démontre la palette inoubliable d'un très grand auteur-interprète.

Quant à l'équipe qui assure les lumières et la collaboration artistique elle est également la même pour les trois.
Dans Conseil de classe, il est un professeur, seul dans une salle de classe, à l’abri des regards et des oreilles et où tout est bien rangé. C'est l'occasion pour lui de dire à ses "élèves" ce qu'il ne s'est jamais risqué à leur dire.

L'homme s'emporte en ayant conscience de transgresser. On pourrait dire qu'il vide son sac. Vous êtes des plantes vertes, pas nés pour rester allongés sur une plage au soleil ! 

Pourtant il sait, lui, que faire mal, c'est faire mourir un peu. Qu'un seul mot peut te faire regarder le sol pendant trente ans. Il endosse ensuite le costume du dompteur encerclé par des fauves. Sa typologie animalière des comportements scolaires est jouissive à nos oreilles. La gestuelle a une précision de métronome.

L'enseignant est obsédé par l’utopie de transmettre quelque chose à ses élèves. Le pire serait qu’ils quittent la classe sans avoir rien appris, quitte à comprendre plus tard.

Je me suis souvenu d’un instant de désarroi quand une toute petite fille à qui j’avais demandé en fin d’après-midi ce qu’elle avait appris à l’école ce jour là m’a répondu d’une toute petite voix apeurée : mais j’ai rien pris ! Elle avait attendu sagement toute la journée que la cloche sonne.

Le personnage est si juste dans son délire que l'on ne peut qu'éprouver une profonde empathie pour lui, malgré des propos qui ne seraient pas politiquement corrects s'ils arrivaient aux oreilles des parents, persuadés que leurs enfants sont des anges.

Et pourtant le texte n'est pas loin de la vérité. On est captivé et secoué tout autant.
Quand nous revenons dans la salle, le décor a bien changé : un fauteuil de château, une table Louis XV à rallonges avec un matelas dessous, et une urne, discrète. 

Roi du silence est un titre qui fait d'ailleurs écho à un jeu fréquemment orchestré dans les maternelles pour établir le calme, ou du moins le tenter.
Le point commun avec Conseil de classe, c'est qu'il s'agit encore d'une adresse à un tiers absent. Cette fois nous quittons le domaine professionnel pour entrer dans la sphère intime. Un jeune homme dévoile à sa mère, défunte, l'homosexualité qu'il a tenue jusque là secrète.

Cette seconde pièce commence par une cérémonie hautement fédératrice : l’enterrement rassemble plus que le baptême. Cela mérite de rompre le pacte de silence pour signer à haute voix un coming-out.

Les cendres seront dispersées conformément à la volonté de la défunte. Il n'y a pas de bande-son mais le comédien y sera aussi musicien percussionniste, avec cymbales et tambour. Pour faire mieux résonner une souffrance déchirante. Car le temps est venu d'arrêter de se taire pour ne plus avoir à mentir.
Le spectateur ne peut qu'être secoué. Mais l'interprétation est tellement forte qu'il est impossible de résister à l'envie de découvrir le comédien sous un troisième angle. Pour preuve : la salle est encore pleine pour cet opus.
Le ton change encore avec la troisième pièce, Dépôt de bilan, qui démarre dans le noir absolu. Un homme revient de ses vacances à la mer, et reprend le travail… son travail auquel il consacre tout son temps… son travail qui le passionne tellement… qu’il en a oublié sa femme et ses enfants sur la plage.

Il dézingue le barbecue de convivialité, avoue que s'allonger dans un transat est pour lui une vraie torture, qu'il ne se sent vivant que lorsque son agenda déborde.

Geoffrey Rouge-Carrassat nous livre cette nouvelle confidence avec un texte qui nous est jeté en une phrase de trente minutes non stop. C'est du grand art. Et il y a fort à parier qu'il n'a pas fini de nous étonner.

Quand la lumière se fait sur le plateau, le spectateur assiste à l'échafaudage d'une impressionnante quantité de tables, dont l'empilement évoque cette fois la réserve d'un magasin. Ce qui est fou c'est que les mannequins y semblent plus humains que l'homme.

Car le personnage (pas le comédien) est au bord du burn-out. Son agenda est plein, il se sent vivant. Le pire est qu’on se surprend à se reconnaître dans ses délires. Ça fait peur autant que ça réjouit. Et si j’avais eu tort avec mes 6 à 8 spectacles quotidiens ? Je retiens sa leçon et vais me reposer car il est plus de minuit.
Tryptique Conseil de classe/Roi du silence/Dépôt de bilan
Ecriture, mise en scène et interprétation : Geoffrey Rouge-Carrassat
Collaborateur artistique : Emmanuel Besnault
Création lumière : Emma Schler

Spectacle vu le Vendredi 15 juillet 2022 à Avignon Reine Blanche. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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La disparition d’Agatha Christie, de Brigitte Kernel et Sylvia Roux à Espace Roseau Teinturiers (Avignon 2022)

La mort encore, sera au coeur d’une affaire insensée, inspirée de faits réels, La disparition d’Agatha Christie à 17 h à Espace Roseau Teinturiers dans une mise en scène de Victoire Berger-Perrin à qui on doit aussi celle de Einstein au Théâtre des Trois Soleils à 10 h (et dont j’ai dit tout le bien que j’en pense le 12 juillet).

Brigitte Kernel et Sylvia Roux ont eu l’idée astucieuse de s’emparer de ce fait divers (que Brigitte racontait dans Agatha Christie, le chapitre disparu, publié chez Flammarion) pour en faire une comédie policière.

Dans sa (vraie) vie, Agatha n’était pas choyée par son mari à la hauteur de ses propres sentiments. Pire, le voilà qui demande le divorce pour épouser sa dactylo. Rongée par la jalousie, complexée par ses rondeurs, elle décide  de soigner sa dépression en passant une dizaine de jours dans un hôtel de luxe après avoir balancé sa Morris Cowley dans un lac.

Mais si cette mascarade camouflait un meurtre ? Son Archibald, colonel de mari, est le premier soupçonné par Scotland Yard. Nous sommes en 1926 et Agatha est déjà très connue. Elle est à la une des magazines alors que des mineurs se suicident, que les suffragettes réclament l'égalité de droits pour les femmes et que Louis Armstrong révolutionne le jazz avec son scat. Elle n'a que 36 ans mais elle est célèbre. C’est elle qui fait vendre le papier. On peut dire que la dame est une people ! 

Et puis la dame a du caractère. Elle a été publiée dès l'âge de 12 ans dans le journal local. Elle fut une des premières à faire du surf. Les événements l'ont secouée mais mais la jalousie attise une volonté de fer. Elle fait sa barre au sol tous les jours (point commun avec Bérengère Dautun qui interprète une voyante, vous le savez si vous avez lu son dernier livre, mais je m’égare).

La romancière va mettre son imagination au service de sa propre vie pour brouiller les pistes et, du coup, les rebondissements seront multiples. Obtiendra-t-elle gain de cause ? Vous le saurez en allant voir les tribulations des 14 personnages, tous liés entre eux.

L’enquête avance sur des roues carrées mais il faudra bien la résoudre.

Victoire Berger-Perrin (également metteuse en scène du Einstein dans lequel on peut retrouver Sylvia et Thomas) utilise toutes les possibilités d'un décor modulable pour suggérer des univers différents. Le recours à la video est totalement opportun.

Mention particulière à Lou Valérie Dubuis qui non seulement a créé des perruques plus vraies que nature mais qui est aussi sur scène pour la première fois.
La disparition d’Agatha Christie, de Brigitte Kernel et Sylvia Roux
Mise en scène : Victoire Berger-Perrin
Avec Sylvia Roux, Bérengère Dautun, Nathalie Lucas, Thomas Lempire, Jean-Pierre Malignon, Lou-Valérie Dubuis
Scénographe : Caroline Mexme
Costumière : Chouchane Abello
Perruques :  Lou Valérie Dubuis
Lumière : Stéphane Baquet
Vidéo : Léonard
Musique : Pierre-Antoine Durand

Spectacle vu le Vendredi 15 juillet 2022 à Espace Roseau Teinturiers. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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Lecture des 7 Métamorphoses de Mytho de Caya Makhele (Avignon 2022)

Ouf ! Le feu de l'incendie a été maitrisé dans les garrigues. Si la cendre volette encore par moments sur la ville d'Avignon c’est parce que le vent époussette les feuilles des arbres, les toits et les toiles tendues pour ombrager les cours et les tables des restaurants. Ma gorge est encore sèche. Je n’ai pas le temps de déjeuner et pour une fois je prendrais bien quelques minutes pour boire un pot avant de me rendre dans la Salle des lectures réservée par la SACD au Conservatoire du Grand Avignon, Place Pie.

Seulement voilà les charmants patrons/nes des établissements du quartier Principale-Fourbisseurs préfèrent garder toutes leurs tables vides. Ils/elles les réservent pour ceux/celles qui voudront déjeuner dans 45 minutes. Je me consolerai avec les croquants au sésame de Bella Ciao, le meilleur boulanger de la ville (bio de surcroît), qui partage avec moi le goût de l’utopie.

Les Editions Acoria présentaient donc la lecture des 7 Métamorphoses de Mytho, un texte mis en voix par l’auteur, Caya Makhele. Bien plus qu’une lecture, le travail des comédiens-musiciens Anaëlle, Estelle Ntsende, Nestor Doko Mabiala, Kayro et Peter Barnouw a servi la pièce que j’imagine faire l’objet d’une résidence dans un des théâtres avignonnais fonctionnant à l’année pour aboutir à un spectacle au Festival Off Avignon 2023. Ils ont rendu les émotions de ce texte inspiré par des faits réels tout autant que son humour, sur un sujet a priori peu drôle puisqu’il concerne la confrontation à la mort.

Écrits à Prague (la pièce a été crée et jouée en Tchéquie en avril 2019), les dialogues racontent les (més)aventures d’un homme qui rencontre des personnages fantasques dont les paroles rendent tout à fait compte des dysfonctionnements de notre époque. Cela tient du griot. Logique puisque l’auteur est d’origine congolaise.

La pièce questionne les destins insolites de six personnages et le sens à donner à leur existence alors qu'ils sont confrontés à des adversités inattendues, ou prévisibles mais néanmoins tabou comme la fin de vie. Caya Makhele s'est appuyé sur sa propre expérience et réussit à faire acte de résilience.

Alors les propos distraient et font réfléchir. Où placer le curseur de l’intolérance et de l’injustice est une question d’actualité. C’est incisif, humoristique et surréaliste, … catastrophique peut-être mais vous le saurez en lisant le texte.
Lecture des 7 Métamorphoses de Mytho de Caya Makhele
Editions Acoria

Lecture entendue le Vendredi 15 juillet 2022 au Conservatoire. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée (voir ci-dessous en suivant le lien).

jeudi 14 juillet 2022

Là le feu, de et mis en scène par Jonathan Lobos, Salle Tomasi (Avignon 2022)

Quoi de plus approprié qu'un spectacle musical pour terminer une journée chargée ?

Par exemple, Là le feu, écrit et mis en scène par Jonathan Lobos, éinterprété par un trio de musiciennes-comédiennes-chanteuses très bien assorties dans leurs singularités complémentaires : Ingrid Bonini, Bérengère Steinblin  Tamara Dannreuther.

Jonathan a saisi les enjeux de notre monde. Lorsqu’on entend la promesse que "Rien ne sera plus comme avant " vous comme moi supposez que notre monde deviendra meilleur. Sauf que notre point de vue n’est pas celui des dirigeants.

Il ne faut pas céder à la peur, mais l’état d’urgence provoque le burn-out. Ça explose et le story-telling a beau blablatérer que tout ira bien, ça ira, ça ira … À voir comment !

Entre l’usage du grand succès de Stromae (avec Alors on danse) et l’hommage à Hair (avec La serveuse automate) le coeur du public résonne à l’unisson des samples initiés par Tamara, soutenus par la guitare électrique d’Ingrid et le violon de Bérengère. Des moments de beat-boxing fort réussis par Ingrid Bonini. Et un passage a capella très émouvant.
On vote. On trie nos déchets. mais c'est insuffisant. Alors le personnage lui-même se qualifie d'insuffisante. Les injonctions paradoxales mènent au burn-out.
Les jeux de lumières sont oniriques et installent des variations de climat.

Le texte tourne en spirales autour d’un feu de camp imaginaire et ce n’est pas un seul pauvre téméraire colibri qui changera la face de la terre. Chacun ignore sa capacité d’indignation mais il n’y a pas à se prendre la tête là-dessus.

Le temps est venu de passer à l’action, la plus petite qui soit, comme celle de ralentir les climatiseurs ou de décider d’arrêter l’inflationniste affichage dans les rues d’Avignon. L'un comme l'autre pourrait être (un peu) salutaire non ?

Cette mesure, si elle était prise, aurait pour conséquence de faciliter un autre accrochage, celui des vélos qui peinent à trouver un support. Affaire sensible ? Sans doute. Tout se tient.
Jonathan Lobos était libraire. Il a suivi une formation théâtrale avant de créer en 2013 le Théâtre du Bruit. C'est un auteur à suivre. Laurent Rochut a grandement eu raison de le programmer.

Vous pourrez avoir un aperçu du spectacle en image en les déroulant à la fin de cette publication.
Là le feu, de et mis en scène par Jonathan Lobos
Avec Ingrid Bonini, Tamara Dannreuther, Déborah Arguel, Bérengère Steiblin
Scénographie : Marianne Joffre
Costumes : Marie-Pierre Morel-Lab
Lumières Fanny révélation et Lila Burdet

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 Salle Tomasi. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Tapis rouge d’Agnès Pat au Théâtre des Vents (Avignon 2022)

Un peu de légèreté s’impose en général pour moi en fin d'après-midi. Je me suis laissée convaincre d'aller voir Agnès Pat' et j'ai fait une agréable découverte.

Elle a tant de vitalité et d'audace que, si je l'avais vue il y a quelques jours, j'aurais osé conclure qu'elle met le feu à 19 h sur la scène du Théâtre des Vents avec Tapis rouge. Le jeu de mots aurait été malin. Evidemment il sonne bizarrement maintenant que nous savons qu’un véritable incendie s'est déclenché au même moment à 10 km de là.

Un hasard qui ne doit pas faire oublier la folle énergie de cette jeune artiste que vous allez voir un jour prochain sur des scènes d’humour parisiennes, impossible qu’elle ne soit pas vite repérée. Elle a toutes les qualités nécessaires pour une belle et longue carrière (vous ne pourrez qu'approuver en regardant les photos qui donnent spectacle un aperçu en images, à la toute fin de cette publication).

Elle me fait penser à Eva Rami racontant à la Conditons des Soies en 2019 ses années d’apprentie-comédienne (et qui joue cette année dans le Festival d'Avignon sous la direction d’Olivier Py un spectacle de 10 heures). Agnès serait bien capable de tenir aussi longtemps.

Elle rêve depuis l'enfance de marcher sur un tapis rouge et elle a tout mis en oeuvre pour réaliser son objectif. Elle est compétente en tout, même en chauffeuse de salle pour provoquer les applaudissements.

Elle enchaine en rouge et noir les tableaux avec maestria. Très peu d'accessoires lui suffisent pour changer de personnage grâce aussi à une robe digne d'un transformiste. Elle se moque en premier lieu d'elle-même qui aurait tant "voulu être une artiste" comme l'écrivait Luc Plamondon dans une chanson dont elle a modifié les paroles.

Le moindre de ses souvenirs a été recyclé en scènette. Qu'il ait été vécu pendant l'enfance, ses cours à l'école de théâtre, un trajet dans le métro, en maison de retraite, avec son coach vocal ou une assistante sociale psychopathe lui promettant qu'elle ne valait rien de rien.

Quelle erreur ! Elle joue admirablement du piano, chante superbement L'air de la nuit de Mozart, comme Over the rainbow, ou Love me tender (à une lettre près). Tout est parfait. Il n'y a rien à changer. On prend avec elle une immense bouffée d'air pur et de bonne humeur.

Elle sait tout faire, alors elle pourrait auditionner pour jouer dans un spectacle d'Alexis Michalik. Sa prestation tient du clown, avec davantage d'agilité, mais elle est aussi diva, soprano colorature, ballerine, circassienne, imitatrice, humoriste, pianiste, chanteuse d’opérette, danseuse de claquettes, et néanmoins modeste avec ça.

Tapis rouge
Interprète, création, écriture et mise en scène : Agnès Pat’
Régie son et lumière : Corentin Masson

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 au Théâtre des Vents. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Un pas après l’autre de Fabio Marra à La Scala Provence (Avignon 2022)

Encore à la Scala, à 16 h 15 Fabio Marra interprète Un pas après l’autre avec trois comédiennes formidables, dont Catherine Arditi qui était déjà sa partenaire dans sa précédente pièce Ensemble (pour laquelle elle reçu un Molière).

L'auteur est un de ces artistes humanistes avec lequel il est toujours agréable de discuter, que ce soit au cours d'une prestigieuse soirée de remise de prix ou dans la rue, en toute simplicité.

Il ressemble à ses personnages masculins. Il est plus enclin à recueillir les confidences qu'à s'exprimer avec exaltation. On le devine timide, mais, à l'inverse de Matteo, il ne vit pas cloitré.

Pour sa nouvelle création, sur laquelle l'équipe travaille depuis plus de deux ans, il a écrit une histoire de famille qui nous transporte en Italie napolitaine, dans l’atelier de haute couture des sœurs Mazzella : Daniela (Catherine Arditi) et Arianna (Nathalie Cerda). Au bord de la faillite, elles ont dû emménager dans l’ancienne loge de concierge qui leur servait de dépôt.

Rien ne va plus. Et quand Arianna s'énerve que le lait soit aigre sa soeur la reprend avec ironie : c'est pas le lait qui a mal tourné, c'est nous !

L'écriture de Fabio est précise, grinçante mais toujours tendre. Ses personnages ont sans doute une vie peu ordinaire mais ils sont immergés totalement dans le quotidien. Parce qu'elle est déterminée à faire tourner sa maison de haute couture, et à réparer sa famille, Daniela se donne à fond tandis que sa soue est confiante en l'avenir, s'imaginant qu'on "va trouver une solution" à chacun des (nombreux) soucis qui se présenteront, faillite, maladie, …

La plus grave ne serait-elle pas la difficulté à faire grandir Matteo (Fabio Marra), enfermé depuis déjà 8 ans dans sa chambre devenue vaisseau spatial, à l’instar de ces enfants japonais reclus devant leurs écrans.

L'interprétation est toute en subtilité. Certaines choses se devinent … à condition d'avoir l'oeil et le coeur attentif comme les boutons et les fermetures éclair qui ont servi au jeune adulte à construire sa forteresse, en l'occurence un vaisseau spatial. Serait-il plus envisageable pour lui d'aller sur la lune que de sortir de sa chambre ?

L'arrivée d'une jeune styliste (Sonia Palau) permettra-t-elle de rebattre les cartes ?

Chaque chose en son temps. Un pas après l’autre … dans un décor évocateur d’une époque où les ateliers urbains étaient des lieux de vie et de création.

Un pas après l’autre de et mis en scène par Fabio Marra
Avec Catherine Arditi, Nathalie Cerda, Sonia Palau, Fabio Marra
Scénographie Audrey Vuong
Costumes Pauline Your-Zurini
Musiques Claudio Del Vecchio
Lumières Laurent Béal

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 à La Scala Provence. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Six° de la FlIP Fabrique à La Scala Provence (Avignon 2022)

A 14 h 10, toujours à La Scala, 6° (prononcer six degrés) un spectacle inouï d’intelligence et de prouesse par des québécois se produisant pour la première fois en France alors que leur compagnie existe depuis 2011.

La standing ovation fut amplement méritée. Et pourtant j’ai l’œil habitué aux excellentes propositions de l’Espace Cirque d‘Antony (92).

Pour donner une référence qui parlera à tous on est au niveau du Cirque du soleil. Et pour cause puisque des artistes de la Flip Fabrique s'y produisent.

Quelle chance d’avoir de tels artistes ici en Avignon. Cette fois, le théâtre danse avec le cirque contemporain et la bande musicale colle parfaitement aux défis que les 5 circassiens relèvent en jonglage, au trampoline, et en acrobaties.

Quel plaisir d'entendre Josep Beving, la voix reconnaissable entre mille de Leonard Cohen (Happens to the Hearth), les Flamingos, Patrick Watson, les Commodores, et tant d'autres … 
Cinq individus qui ne se connaissent pas reçoivent une mystérieuse invitation qui les conduit, un soir d’orage, dans une vieille bâtisse abandonnée au coeur de la forêt.
Ces visiteurs découvriront alors que cette maison possède une âme et une personnalité bien à elle. Lorsqu’elle vous lance une invitation, dès que vous franchissez le seuil de sa porte, vous avez cette étrange impression qu’elle vous connaît parfaitement.
Lors de votre séjour, elle vous parlera (Oui oui ! C’est une maison qui parle !!), vous guidera, vous fera découvrir des facettes inconnues de votre personnalité. Avec elle et sa fameuse boîte de contrôle, le chemin sera peut-être rocambolesque, mais il sera toujours aussi festif, coloré et synonyme de prouesses acrobatiques époustouflantes !
Le titre du spectacle - créé en 2020 en pleine pandémie- fait référence aux six degrés de séparation entre les individus car il suffit d'être six pour connaitre tous ceux qui habitent sur terre. Les réseaux sociaux le démontrent : nous sommes tous reliés.

Un texte enregistré présente les protagonistes, trois hommes et deux femmes provenant d'époques différentes qui vont se croiser et se recroiser et composer une épatante comédie acrobatique où le banal devient extraordinaire et l’ingéniosité est toujours au rendez-vous !

Jamie Adkins est capable de jongler avec des grains de raisin. Jacob Gregoire est époustouflant au trampoline. C’est renversant, à la limite de l’illusion d’optique, quand les jambes de l'équilibriste (Camille Tremblay) deviennent des bras, mais le mensonge n’existe pas ici.

Tous les cinq sont des artistes de très haut niveau. Et ils semblent infatigables car je les ai surpris (photos à l'appui), à peine sortis de scène à partir à la rencontre du public avec leur cerceau et leurs balles de jonglage. Plus fous, impossible !
Six° de la FlIP Fabrique, Jamie Adkins
Mise en scène : Olivier Lépine
Avec Jamie Adkins, Jacob Grégoire, Dylan Herrera, Camille Tremblay, Méliejade Tremblay Bouchard
Direction artistique : Bruno Gagnon
Scénographie et costumes : Julie Levesque
Éclairages : Bruno Matte

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 à La Scala Provence. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Affaires sensibles avec Fabrice Drouelle et Clémence Thoiry à La Scala Provence (Avignon 2022)

Restons dans le domaine de la justice, avec Affaires sensibles, à 12 h 20 à La Scala Provence.

Fabrice Drouelle, le journaliste de l’émission éponyme, reprend trois affaires très fortes, toutes concernant des femmes :
- Pauline Dubuisson, amoureuse et transgressive
- Edith Cresson, indépendante et anticonformiste
- Marie Humbert, courageuse et déchirée.

Clémence Thiloy incarne chacune à la perfection quoiqu’elles soient très différentes.

Outre la nature de ces vies extraordinaires on est aussi surpris de découvrir la stature d'un homme dont on a tous la voix dans la tête. Depuis 2014, il relate sur les ondes de France Inter, des grandes affaires, des aventures et des procès qui ont marqué la deuxième partie du 20ème siècle. Cette quotidienne est devenue emblématique et c'était un pari osé que de l'adapter pour la scène.

Le résultat est remarquable ! Ce spectacle a toute sa place à La Scala et on lui souhaite une reprise dans la salle parisienne.

Il est question de vie et de mort, parfois symbolique comme celle de la première femme française à devenir Premier Ministre. C’est une combinaison parfaitement dosée entre documentaire et théâtre au service de la vérité.

C'est un vrai spectacle. C'est tout à fait passionnant. On découvre le destin tragique de Pauline. On comprend mieux le piège dont Edith fut victime et on s'émeut de la force de caractère de Marie. Son combat en faveur de l'euthanasie n'est pas terminé. Disons que c'est devenu une affaire "plus que" sensible.
Avant de nous quitter, Fabrice Drouelle justifie sa vocation avec des confidences touchantes elles aussi. On salue le petit garçon pour qui la lecture du Pull-over rouge a fondé la vocation de faire de sa vie le récit du monde pour qu’il change un jour …
Affaires sensibles de Simon Maisonobe, Jean Bulot, Adrien Morat
Mise en scène : Eric Theobald
Avec Fabrice Drouelle et Clémence Thioly
D'après une idée originale de François Luciani

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 à La Scala Provence. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Si je te mens, tu m’aimes à La Manufacture (Avignon 2022)

Ce matin les martinets ne piaillent pas très fort au-dessus du Palais des Papes. Ont-ils la gorge enrouée par la cendre qui est tombée doucement hier soir sur Avignon ? 

Plusieurs centaines de pompiers on été mobilisées pour fixer le feu qui s’était déclenché au sud de la ville, le long de la voie ferrée entre Tarascon et Graveson (Bouches-du-Rhône). Ils y sont parvenus il y a quelques heures et il faut rendre hommage avant tout à leur courage.

Après le Gard et la Gironde, c’est un autre département du Sud qui est touché par de terribles incendies. Le Festival d'Avignon a-t-il eu peur ? La situation sera évoquée au cours du dernier spectacle que je verrai ce 14 juillet au titre adéquat : Là le feu à 21 h 40 en salle Tomasi.

La journée fut propice à réfléchir. Elle avait commencé à 10 h 25 à La Manufacture avec Si je te mens, tu m’aimes ? dans une salle archi complète, avec même des spectateurs assis sur les coussins posés sur les marches (au fait, attention à la première, plus petite que les suivantes et donc assez dangereuse, et attention aussi à ne pas oublier le pull pour compenser le souffle glacial de la climatisation).

On m'interroge souvent sur la manière dont je choisis les spectacles que je vais voir, surtout dans un contexte d'abondance comme c'est le cas ici avec plus de 1800 propositions en incluant In, Off et If. En retenir environ 70 obéit a des critères conscients et d'autres qui le sont sans doute moins.

Le titre, les thèmes annoncés, une écriture contemporaine, le lieu ont pesé mais je n'avais pas lu le dossier de presse pour ne subit aucune influence. En sortant du spectacle j'ai compris certaines forces avaient dû me guider. Le metteur en scène Arnaud Anckaert s'est (entre autres) formé avec Jean-Pierre Vincent et Bernard Chartreux, deux figures dont j'aime la vision du théâtre public. J'ai eu la chance de travailler avec Jean-Pierre et Avignon sans sa présence est encore incompréhensible.

Arnaud a mis en scène et conçu Appris par corps, un spectacle de cirque contemporain que j'ai vu en 2099 au festival Solstice et dont je me souviens encore, sans pour autant avoir mémorisé son nom. Il n'appartient pas à la Compagnie Un loup pour l'homme dont j'ai, depuis, vu deux autres créations, mais il me semble logique de dire qu'il n'y a pas de hasard.

Et j'adhère à son point de vue quand il affirme qu'il est souvent énervé devant l'état du monde. Et qu'il fait du théâtre pour dire, émouvoir, penser et partager.

Si je te mens, tu m'aimes ? répond a une commande d'écriture à l'auteur anglais Robert Alan Evans, dont il avait monté en 2015 Simon la Gadouille. Avec la volonté de raconter une histoire qui touche à la fois le monde de l'enfance et nous touchent aussi en tant qu'adulte. La pièce s'inscrit dans un volet "Désirs et loyauté" ouvert en 2020. La création a d'ailleurs eu lieu en octobre 2020 à Villeneuve d'Ascq.
Quand Lola arrive dans sa nouvelle école (la troisième cette année), elle repère Théo, rappant tout seul dans un coin de la cour de récré, et il semblerait qu’on assiste au début d’une histoire d’amour… deux amoureux maudits par le sort qui se retrouvent en secret sur le toit de l’école. Mais, quand cet amour vire à l’aigre et que le père de Lola menace de tuer Théo, tout devient beaucoup, beaucoup plus sombre. 
Les deux comédiens Leïla Muse et Antine Ferron campent ces pré-ados de 9 ans à la vie chaotique. Ils nous racontent l'histoire comme s'il s'agissait de faits réels, et pour cause puisqu'elle est inspirée d'un fait divers auquel Arnaud a assisté dans l'école de ses enfants.

Lola, sommée de choisir entre son père (brutal) et sa mère (dépressive) préfère le chien. Théo calcule le nombre d’heures d’entraînement nécessaire pour faire de lui un rappeur de haut niveau.
Ces deux là vont se rencontrer, se heurter entre désir et loyauté, et se disputer dans la cour de leur école. Le grand dérapage aura lieu sur le toit-terrasse. A cause d’un petit couteau tranchant glissé entre les mots coupants d’un dictionnaire. 

Où est le mensonge dans tout ça ? On sait bien que les choses n’existent que par la perception qu’on en a. Et ce spectacle en fait une belle démonstration, qui plus est captivante.

Car ce spectacle tente de comprendre pourquoi les adultes, aujourd’hui, se comportent comme des enfants. Leurs préoccupations et leurs angoisses ne détruiraient-elles pas la chose même qu’ils veulent protéger : l’espoir et l’avenir des plus jeunes. Les deux axes majeurs sont la peur et la question de la place.

Si nos enfants nous disaient vraiment ce qu’ils pensent, les aimerions-nous encore ? Et si nous regardons vraiment ce qui se passe dans notre monde, notre environnement, pouvons-nous sincèrement dire à nos enfants que nous prenons soin d’eux ?
 
Racontée en partie comme une histoire vraie, une enquête, mais avant tout comme une histoire purement imaginaire, Si je te mens, tu m’aimes ? nous invite à être attentif aux histoires sans pour autant nous fier à tout ce qu’on nous raconte, prévenait Robert Alan Evans en mars 2020.
 
Si je te mens, tu m’aimes de Robert Alan Evans
Traduction de Séverine Magois
Mise en scène : Arnaud Anckaert
Avec Leïla Muse et Antoine Ferron
Création costumes Alexandra Charles
Création lumière Daniel Levy
Création Musique Benjamin Delvalle avec Maxence Vandevelde

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 à La Manufacture. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée. 

mercredi 13 juillet 2022

Le Nez mis en scène par Ronan Rivière aux Gémeaux (Avignon 2022)

Ronan Rivière convie le public avignonnais à suivre une enquête très spéciale à 19 h 30 dans l’adaptation et la mise en scène qu'il a faite des Nouvelles de Pétersbourg de Nicolas Gogol.

Le nom de cet auteur est annonciateur de folie et c'est bien de cela qu'il va s'agir. A tout le moins d'une absurdité toute surréaliste mais qui pourrait bien être entendue comme une fable philosophique, … ou disons d'une farce politique.
Kovalev se réveille et constate que son nez a disparu : le voilà plongé dans l’angoisse : comment va-t-il faire pour travailler, mener une vie sociale, affronter le quotidien ?
En plus son nez court à travers la ville, sème la pagaille dans Pétersbourg, et répand des idées révolutionnaires partout où il passe.
Face à ce phénomène extraordinaire, policiers et médecins s’agitent en vain pour le remettre en place…
Le Nez est un spectacle réjouissant, conçu dans la tradition (détournée) de la farce et de la Comedia del Arte dans un décor impressionnant. Le succès parisien remporté au Théâtre 13 puis au Lucernaire se poursuit ici grâce à l’agilité et l’énergie quasi vaudevillesque de six comédiens dopés par la musique d’un clavecin.
Le Nez d'après Nikolaï Gogol
Mise en scène : Ronan Rivière
Avec Laura Chetrit, Michaël Giorno-Cohen, Jérôme Rodriguez, Ronan Rivière, Jean-Benoît Terral, Amélie Vignaux, Olivier Mazal
Musique : Léon Bailly
Décor : Antoine Milian
Costumes : Corinne Rossi
Lumière : Marc Augustin-Viguier

Spectacle vu le Mercredi 13 juillet 2022 aux Gémeaux. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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