dimanche 3 mai 2009

Le mariage de Figaro

Le théâtre c’est comme le cinéma. Quand on est tombé sur un navet on n’a plus envie de sortir pendant des semaines. Mais dès qu’on a vu un bon spectacle on ne souhaite qu’une chose e: n voir un autre. C’est au théâtre du Lucernaire que j’avais apprécié Motobécane. Alors je suis arrivée avec entrain pour le Mariage de Figaro même si j’avoue que ce n’est pas ce titre là que j’aurais choisi spontanément.

Je connaissais bien la pièce, ses marivaudages et ses quiproquos. Je craignais de m’ennuyer un peu mais pas du tout. Par bonheur François Ha Van signe une mise en scène très contemporaine et respectueuse d’un texte dont on redécouvre toute la saveur.

Il réussit à nous servir la pièce de Beaumarchais entière et intacte. Elle en devient moderne. On se surprend à en apprécier le fond et les costumes contemporains nous font oublier qu’elle a été écrite en 1778. Comme ces querelles de pouvoir résonnent avec justesse ! Terrible dialectique de l'emprise des forts sur les faibles : prouver que j’ai raison pourrait accorder que je puisse avoir tort. Alors n’insistons pas.

Les comédiens (pour beaucoup d’anciens élèves formés par François Ha Van) sont excellents. Notamment la comtesse (Julie Quesnay) qui joue en finesse contre son époux sadique et qui complote à merveille avec sa soubrette. Et capable de jouer en direct sur scène … de l’accordéon.

Le comte (Guillaume Tagnati, ci contre), est incroyablement drôle sans être ridicule, lorsqu'il arrive la raquette de tennis à la main et même quand il s'attaque à une porte à la tronçonneuse. Et Figaro (Rafael Reves, ci-dessous) donne merveilleusement la réplique à chacun.

Beaumarchais a placé sur scène un fauteuil de malade, en référence au Malade imaginaire. François Ha Van fait son propre clin d’oeil en choisissant un fauteuil de barbier, rappelant que le Mariage de Figaro a été écrit dans la foulée du Barbier de Séville.

Ce fauteuil prend toute sa dimension au cours du dialogue entre Figaro et le comte (acte III scène3) où chacun essaie, l’air de rien, de soutirer des informations à l’autre. Figaro manie le rasoir avec dextérité tout en effrayant son partenaire dans un subtil rapport de forces.

Les costumes bleu/blanc/rouge annoncent un avenir républicain. Un camaïeu de bleus désigne le monde du travail. Les « patrons » sont en blanc, dans un stylisme d’inspiration japonisante et si réussis que personnellement je me verrais bien habillée de la sorte. Les vêtements de la noce sont coupés dans des tissus unis ou imprimés à dominante rouge.

Il n’y a qu’un regret : la scène manque de profondeur pour autoriser des déplacements plus amples et le décor a du être resserré. La salle est toute petite mais les spectateurs y sont très confortablement installés (ce n’est pas le cas dans tous les théâtres, loin s’en faut) et on ne dira jamais assez combien il est appréciable de se trouver dans un lieu où toutes les places sont « bonnes », sans angle mort.

Je ne vais pas tout vous raconter. Ce mariage là mérite une large audience et je crois savoir que son succès lui vaut d’être présenté jusqu’à la fin du mois d’août. N’attendez pas trop quand même. Parce que ce serait dommage de se priver d’une belle comédie comme celle-là.

Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais par la Compagnie du Vélo Volé - Tel / Fax : 01 46 28 27 70
Durée : 2 heures
- Photos David Kruger
Théâtre du Lucernaire - 53, rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris - 01 42 22 66 87
du mardi au samedi à 21 h 30

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