lundi 15 août 2011

Promenade dans le Lot (46)

Il y a quelques jours je m'arrêtais dans un restaurant de Bach (46), dont la très bonne cuisine exige tout de même qu'on compense assez vite par de l'exercice physique. Nous allons donc nous promener ...

Nous commencerons par le lavoir d'Escabasses, un des plus jolis lavoirs dits papillon avec son lac de St Namphaise, qui est le nom qu'on donne dans le Quercy à des mares taillées dans le calcaire.






Le dispositif était conçu pour faciliter le bavardage aux lavandières qui s'installaient deux par deux, face à face.

Autant la pierre se distingue bien dans le corps abrité du lavoir autant elle se confond avec le sol (et pour cause puisqu'elle en vient) autour de la pièce d'eau.

La recherche de l'eau était une préoccupation dans la région qui, cette année, se distingue par sa verdure inhabituelle.

Les puits, souvent de conception romaine, sont fréquents au milieu des champs, dans le creux d'une doline, sorte de dépression caractéristique des régions calcaires. Celui-ci est connu sous le nom de "puits carré" alors que c'est un hexagone ...
Les croix marquent les intersections et permettent aux promeneurs de se repérer sur la carte.

J’ai longé avec nostalgie, et en salivant par anticipation, les truffières où les chênes sont alignés au cordeau (sur la droite).

En quittant le restaurant tout à l'heure, je m'étais mis en tête, en descendant les quelques marches de la terrasse à bolet caractéristique de la région de partir à la chasse aux champignons.

J’ai découvert les oronges, dont le chapeau est d’une magnifique couleur safran, appelées aussi Amanite des césars parce qu’elle était très appréciées par nos ancêtres romains. Ce serait le meilleur des champignons, consommables aussi bien cru que cuit, à condition de la peler et de ne pas en manger le pied.

Les cèpes restent les plus courants et je confirme qu’ils sont très abondants cette année.
Le fenouil sauvage au goût anisé pousse sans limites.

Ici dame nature est opulente. Si les noix ne sont pas encore à maturité par contre les branches des pruniers débordent des murets et se laissent gauler sans broncher avec trois avantages : étancher la soif des promeneurs du dimanche, rassasier les pèlerins désargentés de Saint-Jacques de Compostelle et garnir d'appétissantes tartes.Les fruits des églantiers ont explosé.
Le rosier sauvage, parfois appelé "rosier du diable " en raison de la vigueur de ses épines, ou plus vulgairement églantine, est un buisson dont les délicates fleurs roses ou blanches du printemps se sont transformées en un fruit qui porte le nom de cynorhodon.

On en fait des purées pour accompagner les salades de fruits, le fromage blanc ou un biscuit de Savoie. Mais c’est surtout en confitures que les anciens l’employaient en pesant poids pour poids de sucre, un peu plus si on choisit le miel. A consommer avec discernement en raison de ses propriétés laxatives.

J'ai entendu dire qu'autrefois les feuilles étaient utilisées comme succédané de café ou encore pour faire des mélanges pour la pipe.

Le Cornouiller mâle est appelé localement mimosa du Causse en raison de sa floraison en fin d’hiver qui est très lumineuse. Cet arbuste peut tout de même atteindre 6 mètres de haut.

Les fruits (cornouilles ) ont, à maturité, une couleur rouge et ressemblent à une grosse olive comme on le remarque sur la photo ci-contre. Quand ils sont devenus rouge sombre et mou, ils sont excellents à consommer crus malgré leur saveur acide. On peut également en faire du vin.

Bien qu'on soit en plein été des lichens pendent des arbres, augurant la majesté de leurs silhouettes en hiver, une fois que le givre aura fait son œuvre. Et j'apprécie beaucoup les chemins bordés de murets de pierre qui conduisent hors du temps. Leur construction est un vrai puzzle de pierres brutes. Leur couronnement en hérisson était un bon moyen d'empêcher les animaux de se dresser sur le bord du mur par peur de se coincer les pattes entre les pierres, un moyen plus écologique que les clôtures électriques que je déteste parce que je ne les vois pas et que même si la décharge est faible elle n'est pas agréable.

Les pierres, semblables à celles du mur, sont posées en délit, sur chant, assurant aussi un rôle de blocage pour solidifier l'ensemble.

Ces murets sont le résultat de l’épierrement indispensable pour cultiver les sols caussenards.dont on imagine mal qu'ils sont constitués d'une fine couche de terre sur un sous-sol de blocs de calcaire. Ceux qui construisent aujourd'hui des piscines recyclent les pierres en bordures de massifs de fleurs. Au XIXème siècle on est plus pragmatique et on monte ces murets en tirant trois bénéfices. D'abord il s'agit d'employer les monticules de pierres soulevées par les nouvelles techniques de labours, plus profonds. Ensuite il devient essentiel de délimiter les parcelles qui résultent d'un morcellement du foncier. On souhaite aussi se protéger des vents.
Si les murets sont restés, les temps ont tout de même bien changé. La pendule m'avait semblé s’être arrêtée jusqu’à ce que je découvre les nouvelles méthodes pour rentrer les troupeaux.

Petite fille, je conduisais les vaches - je me souviens encore du nom des plus sympathiques, Balsamine, Cigale ..., - le bâton à la main et le chien gambadant sans relâche à l’avant et à l'arrière du groupe. Le matin je n'oubliais pas le panier qui se remplissait au retour des champignons de rosée éclos durant la nuit sur le parcours.

La modernité est passée par ici. On va maintenant aux champs en voiture, ce qui rend les chiens plutôt flemmards. Jugez plutôt :
A première vue il s'agit d'un troupeau qui dîne tranquillement au milieu d'une parcelle.
Première surprise : la barrière est grande ouverte, mais aucune bête ne songe à se carapater. Arrive une voiture, hors d'âge, comme son propriétaire. Deux chiens placides gambadent de part et d'autre. Le fermier ouvre sa fenêtre et crie des ordres à ses chiens qui jappent joyeusement. L'homme s'impatiente, klaxonne à plusieurs reprises. Dans le champ pas une tête n'a bougé. Pas davantage que les chiens sur la route.
Alors voici mon papy qui enclenche la première et s'élance dans le champ, contourne le troupeau et cahin-caha se met à faire le boulot des chiens en poussant les animaux vers la sortie. Et çà marche !
Les brebis s'ébranlent et déboulent à vive allure. Les chiens font semblant de s'activer, pour la forme. C'est bientôt une marée qui s'apprête à me passer dessus.

Le bruit des cloches est à son apogée.

Le troupeau rentre au bercail sans ralentir. La voiture peinerait presque à tenir la cadence.

Je vois bientôt les animaux dans le lointain passer le pont qui les mène à la ferme, puis à la bergerie d'où les bêlements s'élèvent puissamment.
La nuit va bientôt tomber. Cela fait belle lurette que les bergers ne dorment plus dans les gariottes qui sont désormais cantonnées à un rôle décoratif.

C'est le nom qu'on donne dans le parler du Lot, à une guérite enclavée dans une muraille ou dans un pierrier de l'ancien vignoble. Il s'agit d'une construction en pierre sèche, donc sans mortier liant les pierres entre elles. On les désigne parfois aussi sous le nom de "borie" bien que le terme signifie ici plutôt l'ensemble d'une ancienne métairie.

Les entrées sont en général étroites et basses et je conserve le souvenir d'une bosse sévère sur un trajet mal calculé.

Elles sont couvertes pour la plupart d'une dalle en guise de linteau (avec une deuxième dalle à l'arrière faisant office d'arrière-linteau).

La fragilité du système a conduit parfois le maçon à ménager un système de décharge avec un vide carré ou rectangulaire en réserve au-dessus du linteau. Celui qui n'en comprend pas la signification architecturale s'étonne de ces niches inaccessibles, parfois réparties inesthétiquement le long d'un mur de grange.

La balade est terminée. La prochaine fois je vous emmène à Caussade, la capitale du chapeau.

1 commentaire:

Murielle a dit…

Que de paysages connus et re-connus pour moi dans ces images. Merci, mes souvenirs reviennent !

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