mercredi 4 avril 2012

Rencontre avec Patricia Pittet, sculpteur et Oliver Schneider, peintre

Je les avais découverts à Meudon (92). Je les retrouve un an plus tard à Verrières-le-Buisson (91) où ils étaient les invités d'honneur du Salon de Printemps.
Depuis deux ou trois ans l'équipe s'acharnait à vouloir nous inviter. Ils sont tellement sympathiques que nous avons fini par dire oui.

La difficulté fut surtout d'ordre pratique parce qu'ils ne sont pas fréquemment en région parisienne.

C'est en Suisse, au bord du lac Léman,  précisément au Mont-Pèlerin, qu'ils se sont installés en 2006 dans un lieu qui les inspire, avec une ouverture formidable sur la lumière. Chacun a son atelier même s'ils vivent ensemble. Mais, comme ils le reconnaissent en souriant, ils se nourrissent de la même chose. Il ne faut donc pas s'étonner de sentir des correspondances entre leurs oeuvres, pourtant si différentes à première vue.

Ils le disent eux-mêmes : on a la même sensibilité et on est tout de même dans le même jus toute l'année ! Une manière très proche de gérer les énergies, les déchirures et les tensions. Et quand on va voir une expo on s'étonne d'avoir les mêmes goûts.

Ils veillent donc à ne pas s'influencer en s'imposant une discipline de fer pour se libérer de l'opinion de l'autre. Ils s'interdisent de se questionner  sur le plan créatif. Il faut vraiment que Patricia butte sur un problème matériel, par exemple pour fixer une de ses sculptures pour qu'Oliver se sente autorisé à intervenir.

C'est donc plutôt une de ses amies qu'elle sollicite si elle cherche un regard extérieur.

Quant à Oliver ce n'est que lorsque ses tableaux sont achevés qu'ils remontent dans l'atelier de Patricia où ils sont stockés.
La peinture d'Oliver Schneider reste colorée et élégante mais elle a évolué. Vers davantage de minéralité. Le grain prend davantage de présence dans ses toiles depuis quelques mois, l'éloignant des monochromies jaunes qu'il aimait tant il y a 4 ans. Appelée à choisir l'oeuvre qu'elle affectionne parmi celles qui sont exposées Patricia élira l'Ange gardien (ci-dessus), ou quelque chose de plus atypique comme De ses propres ailes (ci-dessous).
Patricia Pittet est très influencée par la nature. Elle adore se promener longuement en forêt, attirée par les troncs d'arbres comme s'ils étaient aimantés. Elle observe avec un regard quasi amoureux ceux qui ont plus de mousses, davantage de patine, qui portent les marques de l'âge ... Elle guette les déchirures dans les rochers, cherche de empreintes. Ce sont surtout d'émotions qu'elle fait provisions, travaillant peu d'après photos.

Sa mémoire est intacte pour évoquer des paysages qui l'ont éblouie. Comme les couleurs rouges du Maroc, les ocres d'Afghanistan, le vert intense des feuilles d'Amérique du Sud. Des couleurs froides qu'elle distille à sa manière. Elle ne cherche pas ce qu'elle appelle "le finissage", préférant demeurer dans le fragment, le brut, le patiné et surtout l'inachevé.

Elle qui adore les jardins s'étonne de vivre à l'aise dans un intérieur hyper contemporain. Les jardins Albert Kahn ont sa préférence. Et comme elle a la chance d'avoir un grand terrain, elle travaille modestement à la création de son propre univers. C'est l'affaire d'une vie ...

La coque l'a occupée tout l'hiver, Oliver s'en souvient parfaitement. On lui fait souvent remarquer une filiation avec Giacometti. Patricia réagit avec sensibilité, et modestie, comme si elle était une "petite main au service de ce que le monde qui l'entoure lui donne".

Elle a horreur des produits tout faits et se refuse à employer des éléments toxiques.

Elle serait horrifiée de devoir prendre un polluant. Sa résine est bio, à base de colza et le durcisseur est lui aussi bio.

Des enfants pourraient l'utiliser sans danger. Et elle ne jaunit pas sous l'effet des rayons ultra violets.
Et pourtant cette artiste aime bien la chimie, si c'est pour patouiller avec des matériaux de récupération comme des boites d'emballage d'oeufs qu'elle mettra en miettes pour les recycler en les cuisant avec de l'eau, de l'huile de lin et parfois des épices. Elle travaille le moindre caillou, des bouts d'écorce, du fil de fer, de la toile de jute, de la fibre de coco, des lichens, des feuilles d'érable. Parfois presque comme une mosaïste avec des inclusions de petites choses. Ici un petit bout de nacre qu'elle se souvient avoir ramené de Corse. Bien qu'il soit légèrement abimé, il est placé là un peu comme un secret, évoquant la résurrection de Néfertiti.
Patricia aime bien cette idée que les choses partent puis reviennent pour vivre de nouveau, à l'instar d'un cycle.

Et quand elle se met aux fourneaux c'est pour faire une cuisine créative. Souvent d'inspiration exotique, comme des salades avec du curry et du gingembre.

S'il y a un sujet sur lequel elle "sèche" c'et quand on l'interroge sur ses projets. Sa manière de travailler est tellement ancrée dans l'intuitif et l'instant qu'elle ne se projette pas, du moins pas consciemment.
Oliver est bien obligé de poser des jalons car il est investi dans l'association Artistes à Meudon qui organise chaque année début octobre une grande manifestation. Il créera librement en sous-bois avec quelques autres artistes (dont Yvonne Behnke, Alice Hilsum, Mauricio Silva, et Fanny Vanoye que l'on peut voir sur la photo discuter avec lui sans doute de ce projet ...), une fresque collective inspirée par son environnement : l’étang, les sous-bois, la lumière, les jeux d’ombres...

La réalisation aura lieu pendant la manifestation au Blanc de Meudon (puisqu'il est le thème central choisi cette année) et une palette de pigments naturels sur 15 panneaux de bois inclinés et disposés en arc de cercle (18 m de long sur 2 m de haut).

L'oeuvre portera le nom de "Fresque presque blanche" et les artistes s'attendent déjà à ce que les panneaux soient "récupérés" ensuite, comme si l'art aussi pouvait s'inscrire dans une démarche de développement durable en quelque sorte.

Il se trouve que sa famille est originaire de Suisse mais qu'il est arrivé en région parisienne dans les années 60 pour terminer ses études puis y travailler comme graphiste. La peinture est venue plus tard. Meudon fut un hasard, encore que c'est une ville d'artistes et qu'il habitait à une centaine de mètre des ateliers de Rodin.

Mais surtout il aime cette ville  parce qu'il y ressent moins nettement le fossé qui clive l'espace urbain de la campagne en Suisse. Ici on a clairement les deux pieds dans la ville, tout en vivant dans la verdure, sur les collines dont le point de vue dominant ouvre des perspectives.

L'exposition de Patricia Pittet et Oliver Schneider a eu lieu au Salon de Printemps de Verrières-le-Buisson, salle du Colombier, du 23 mars au 2 avril.

Blanc de Meudon sera un événement artistique autour de l’étang de Meudon les 5, 6 et 7 octobre 2012 et pendant la nuit blanche organisée par l'association «Artistes à Meudon» www.artistes-meudon.fr

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