Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

jeudi 13 juin 2019

La Boule Rouge

La Boule Rouge est une comédie musicale dont on ressort léger. Superbement interprétée, dans une mise en scène efficace, chantée et dansée admirablement ... par des comédiens-chanteurs-danseurs qui font aussi passer énormément d'humour sans faire de concession au sérieux.

C'est jubilatoire. On comprend que le spectacle se prolonge de semaine en semaine et il y a fort à parier sur une reprise dans quelques mois.

La Boule Rouge est un flash back dans le Paris des Années Folles.

Constance Dollfus et Clément Hénaut ont fait les premières esquisses du spectacle en novembre 2013. Ils ont tous les deux eu la très bonne idée de demander à Benoît Dupont de réarranger de grands classiques de la variété française et internationale tout à fait actuels (que le public connait par coeur et prendra énormément de plaisir à reconnaitre puis à fredonner) dans un univers musical complètement opposé et décalé, celui des Années Folles, qui respire le jazz et le swing. Ils apportent ainsi une touche de modernité à la comédie musicale.

La chorégraphe Eva Tęsiorowski les a rejoints pour présenter un premier projet en public à l’occasion d’un Showcase au Théâtre du Ranelagh en octobre 2016. Commence alors un long travail de création au cours duquel Flore et Christine Leclercq (Maître concevront la scénographie. Simon Lehuraux prendra en charge la direction musicale du projet. Enfin, Aurélie Bachoux créera des coiffures et le maquillage dans le respect de l’esthétique des années folles.

Deux avant-premières sont programmées dans la salle Ravel de Levallois-Perret en novembre 2017. Hervé Lewandowski devient directeur d’acteurs. Une nouvelle version du spectacle est créée et présentée au Théâtre Montansier de Versailles en mars 2018 et cette version sera jouée en direct et jusqu'au 22 juin au Théâtre des Variétés avec 17 comédiens-chanteurs-danseurs et 5 musiciens.

L'histoire de La Boule Rouge s'installe dans le contexte historique si particulier d'après-guerre qui suscite ce qu'on appellera les années folles. En effet les années 1920 débutent avec un parfum de renouveau. Née d'une réelle volonté d'oublier un passé meurtri et une envie de profiter de l'instant présent, une idée germe dans l'esprit parisien : l'insouciance offrirait la possibilité d'envisager le futur autrement...
Le spectacle commence une fois que le public aura songé à éteindre les boîtes (les téléphones). L'injonction est faite sur le mode de l'humour. On adore déjà.

Pour résumer le début disons qu'un soir de novembre 1925, Charles et ses amis de toujours errent dans les rues de Paris. Une fois de plus ils terminent leur course au comptoir de la Taverne du Baron, fascinés par l’ambiance sordide qui y règne et incite au scandale.
Les jeunes employés de ce piano-bar morose rêvent tous d’un avenir meilleur et d’un succès semblable à celui du Bœuf sur le toit ou de La Rotonde, hauts-lieux festifs et emblématiques de cette époque hors du temps. Charles, allant à l’encontre des valeurs de ses parents conservateurs, se retrouve alors précipité malgré lui dans la plus grande entreprise de sa vie… Cette aventure sera avant tout celle de deux mondes a priori radicalement opposés que l’effervescence et la frénésie des années folles vont réunir.

L'orchestre a toute sa place dans la Taverne et il en sera de même tout au long du spectacle qui se déroule avec une grande cohérence. Les choeurs alternent avec les solos. Très vite le public a envie de danser et de taper dans les mains.

Le spectacle se pursuit dans un décor radicalement différent, chez les parents de Charles. mais là encore les concepteurs ont insufflé un second degré avec l'impertinence de la femme de chambre. On remarque au mur deux portraits un peu décalés (qui joueront un rôle important plus tard).

Le personnage de Louise la servante est celle qui rendra tout possible : tout va finir par s’arranger, dit-elle, j’ai toujours des idées. De fait ils vont réfléchir à un concept de cabaret plus festif que les Folies Bergères ... c'est ambitieux.

les tableaux se succèdent, intérieur ou extérieur, avec bien entendu les rues de Paris et ses troquets, ses bancs publics et ses réverbères. Nous sommes en 1925 et surgissent encore timidement les prémices du féminisme.

Comme je l'ai signalé au début le livret de cette comédie musicale s'appuie sur la reprise de grands standards. Être une femme et Femmes des années 80 (deux chansons de Michel Sardou de 1981) seront très applaudies.

Plus tard Feeling Good de Michael Bublé (pourtant plus récent, 2005) sera lui aussi très apprécié : It's a new dawn / It's a new day / It's a new life / For me / And I'm feeling good ... d'autant plus qu'il est "raccord" avec la situation.

Je ne regrette rien clôturera cette première partie épatante et inventive. La seconde ne déméritera pas. La musique est belle. Les tableaux sont parfaitement bien dansés (avec toutes les danses de l'époque, notamment le Charleston) et chantés et joués. Il est rare d’avoir tout cela. Ça swingue !

On applaudira des reprises aussi différentes que celle de Without You de Mariah Carey, Let it be des Beatles, ou No woman no cry de Bob Marley, parfois entières, parfois en medley. On frôle l’impertinence mais quel talent et quelle joie de vivre aussi.

S’il suffisait d’aimer de Céline Dion est exécuté avec charme ... Simon Froget-Legendre interprète Roger le pianiste avec brio (il recevra dans quelques jours le Trophée de la Révélation masculine à la soirée des Trophées de la Comédie musicale).
L'ambiance ne faiblit jamais et je suis malade de Serge Lama remporte lui aussi un franc succès.

Le public est sollicité. C'est une belle soirée qui réussit à la fois à restituer en quoi le jazz a marqué le renouveau en son temps et encore aujourd'hui. Il ne faut pas manquer cette Boule Rouge orchestrée dans des décors imprégnés du style Art Déco !
La Boule Rouge 
Livret et mise en scène Clément Hénaut Constance Dollfus
Chorégraphie Eva Tesiorowski
Composition et arrangements musicaux Benoit Dupont
Direction musicale Simon Lehuraux
Jusqu'au 22 juin
Au Théâtre des Variétés (Grande salle)
7 Boulevard Montmartre - 75002 Paris
Tél : 01 42 33 11 41
Le jeudi, le vendredi et le samedi à 20 heures

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