mercredi 26 juin 2019

Piaf, Fréhel, Damia et moi

J'ai assisté à une représentation unique de Piaf, Fréhel, Damia et moi, interprété et chanté par Livane au Théâtre de Dix Heures juste avant de partir pour le festival d'Avignon.

Seule en scène, Livane, revisite l'univers des trois chanteuses, Damia (1889-1978), Frehel (1891-1951) et Piaf (1915-1963) en déclinant l’amour, la passion, mais aussi la décadence. Nous découvrons par bribes leurs points communs, leur histoire.

Livane, avec humour et malice, tisse un fil entre nous et ces trois femmes, nous révélant des secrets oubliés, des enfances cabossées, des anecdotes historiques. Elle nous fait part de son ressenti, sa réflexion, sa fantaisie... au cours d'une soirée ponctuée de chansons et de commentaires adressés au public.

Le spectacle commence avec les notes cristalline de la Java bleue au xylophone. Les trois chanteuses ont en commun d’avoir été de grandes amoureuses, et malheureusement de s’être laissé emporter par l’alcool et les drogues. Elles ont été souvent également très malheureuses mais le spectacle ne tombe pas dans le travers pathologique.

Livane est une personne imprégnée de pensée positive. Elle entreprend d'expliquer au public comment trouver les endorphines du bonheur. Elle ne fait pas que discuter. elle met en application ses propres conseils en faisant circuler une boite à bonheur pleine de chocolats qu'elle a dû compter avant de monter sur scène pour ne créer aucune frustration.

Ces trois artistes étaient excellentes chanteuses et Livane a eu raison de composer un spectacle d'hommage. On entend avec émotion la voix de Piaf, non pas pour chanter, mais pour lire une lettre qu'elle adressa à son grand amour, Marcel Cerdan.

La jeune femme allie ses talents de comédienne et de chanteuse, voyageant de l’un à l’autre comme de l’entre-deux-guerres à nos jours, de Piaf à Frehel, de Damia à elle-même. Elle interprète une quinzaine de chansons dont certaines nous sont peu (voire pas du tout connues) et dont elle donne fort astucieusement la liste et les références à la fin du spectacle pour permettre aux spectateurs au public de les retrouver à la suite puisque beaucoup de titres n'ont jamais été entendus par le public d'aujourd’hui.

Livane a un point de vue marqué sur les artistes qu'elle réunit. Elle estime que Piaf aura été la première à chanter en français un titre appartenant  l'univers du rock and roll, en raison de son inclinaison rimbaldienne pour les bad boys. Elle n'imite pas la chanteuse mais nous donne une version encore plus rock de l'Homme à la moto et elle est formidable.

Elle est tout autant excellente quand elle s'attaque à Mon Dieu (paroles de Michel Vaucaire sur une si jolie musique de Charles Dumont, celui dont Piaf disait qu'il lui avait tout apporté dans son nouveau tour de chant et dans sa résurrection, qui restera le symbole de son vrai moi, et qui chante encore aujourd'hui à 90 ans cette chanson qu'il qualifie de prière. A noter que ce même duo a fait aussi Je ne regrette rien).

Livane est aussi une musicienne qui joue de plusieurs instruments. Elle choisit une toute petite guitare pour Le fils de la femme poisson (Fréhel-1935).

Elle termine -comment pouvait-il en être autrement ?- avec l'Hymne à l'amour dont Edith Piaf écrivit  les paroles en 1960 (Edith écrivit beaucoup de textes).

Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer 
Et la terre peut bien s'écrouler 
Peu m'importe, si tu m'aimes 
Je me fous du monde entier ...

Quoiqu'il arrive ne regrettez jamais rien nous souffle Livane avant de nous quitter sur quelques dernières notes de La java bleue. Il n'empêche que je regrette juste qu'elle emploie un micro cravate qui induit une distance entre elle et la salle, c'est dommage car écoutez là "au naturel" :

Piaf, Fréhel, Damia et moi
Mise en scène de Xavier Berlioz
Maison de la Parole
7, rue du Prévot - 84000 Avignon
Du 5 au 24 juillet 2019 à 21 h 20
Relâche 11 et 18 juillet

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