jeudi 15 juillet 2021

Je hurle de et par Eric Dominecone au 11 pour le Festival d’Avignon Off 2021

A 13 h 05 Je Hurle retentit comme un cri poétique qui est aussi une bataille toujours au 11 boulevard Raspail.

Le spectacle est de et mis en scène par Eric Dominecone, à partir de textes de Magali Mougel et de Mirman Baheer, qui est un cercle littéraire de femmes de Kaboul, dans un décor composé d’armatures métalliques d’Antonin Bouvret.

Accompagnées du violoncelliste Jérôme Fohrer, ce sont Yseult Welschinger et Faustine Lancel qui donnent vie à ces femmes afghanes criant leur douleur en écrivant des mots clés sur de grandes feuilles de papier sur lesquelles on a projeté des images de ruines et de misère.

Cela démarre brutalement sur un ton extrêmement revendicatif. Il y a de quoi à l’énoncé des chiffres traduisant une des pires conditions féminines au monde : 3,5 millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Sur 15 millions de femmes, 5 % seulement ont le bac, la plupart des autres femmes sont analphabètes. L’avenir est sombre car les fondamentalistes vont reprendre Kaboul avec le départ des Américains annoncé par Joe Biden

il y a donc urgence à hurler, fut-ce au prix de sa vie, comme Zarmina 15 ans, qui mit fin à ses jours parce qu’on lui a interdit d’écrire. Juste avant elle a crié ce poème devenu célèbre Je hurle mais tu ne réponds pas. Un jour je ne serai plus de ce monde.

Certaines de ses camarades, frondeuses, sont purement et simplement éliminées par un membre de leur famille dès lors que celle-ci s’estime bafouée. Il n’y a pas pire que la honte. C’est un crime passible de prison, et … un accident domestique est si vite arrivée. Il suffit de craquer une allumette au-dessus d’un vêtement pour qu’il s’embrase soit disant par inattention alors qu’une femme est en train de cuisiner.

Il n’y a même pas un embryon d’égalité hommes-femmes en Afghanistan. Le pourcentage de filles allant à l’école est très faible. Elles sont mariées très jeunes dès que poussent leurs seins et deviennent alors le jouet de leur conjoint.

Elles sont sous la coupe du père, du frère, du mari, du fils et comme si cela ne suffisait pas, sous également celle de la belle-mère. Comment dans un tel contexte avoir le droit d’aimer, de choisir son mari, son travail ou celui de suivre des études ?

La situation est grandement tragique. La fragilité des femmes s’accorde à celle du papier sur lesquels elles écrivent. Et le spectacle devient magiquement poétique quand les deux comédiennes se font marionnettistes et modèlent des silhouettes avec les feuilles déchirées et froissées. Elles libèrent ces femmes de leur camisole de contention. 
Et pourtant il y a des femmes qui hurlent leur vitalité, même dans la province d’Helmand, qui est une terre de talibans au sud-ouest du pays. Elles composent et échangent des « landai » qui sont devenus comme celui que lança Zarmina des vecteurs de rébellion. Le terme signifie littéralement en pachtoune « petit serpent venimeux », et désigne une forme poétique populaire à deux vers. Drôle, accrocheur, rageur, tragique, le landai n’a pas d’auteur à proprement parler ; on se le répète, on le partage ; il appartient à une femme sans vraiment lui appartenir.
Dans ces courts poèmes à l’humour grinçant, elles s’en prennent aux mariages forcés, aux talibans … La poésie pachtoune est urgente et brûlante. Elle clame l’audace de celles qui tentent inlassablement de se mettre debout. A l’heure où les USA se retirent d’Afghanistan, les droits des femmes sont gravement menacés. Elles sont aujourd'hui les premières cibles du terrorisme et du retour en force de l’intégrisme.
Ce spectacle poignant est tragiquement actuel.

Article extrait d’une publication intitulée "Avignon le 15 juillet à l’Espace Roseau Teinturiers, au 11, aux 3 Soleils et à Théâtre actuel".

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