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samedi 3 février 2024

Toutânkhamon, l’expérience immersive pharaonique

L’entrée est quasi commune à l’expo Lego que j’avais déjà visitée il y a quelques années et dont je garde un souvenir très vif.

Le spectateur est chaleureusement accueilli. Il est immédiatement possible de prendre une photo-souvenir en prenant place sous une tente installée dans le hall, en face d’un immense panneau reconstituant la Vallée des Rois (1550-1069 av JC) qui se déployait sur la rive gauche de Thèbes.

Ce serait dommage de ne pas conserver d'image de l'aventure immersive très originale que nous allons suivre.
Un vestiaire (gratuit) permet de se débarrasser de manteaux et sacs pour se lancer léger dans l’aventure. On ne vous le conseille pas mais munissez-vous d’un crayon. Vous allez en avoir besoin.
Nous sommes observés par Apis dont la statue a été trouvée encore en place dans le sanctuaire souterrain du temple de Sérapis - époque romaine, règne d'Hadrien, (117-138 après JC, original conservé au musée national d'Alexandrie). Le taureau est sans doute l'un des plus forts symboles de l'Egypte ancienne et Apis était le plus important car il représentait le pouvoir procréateur offert au roi pour apporter la prospérité au pays. L'animal pouvait rendre des oracles et sortait en procession à la rencontre de la population. 

Car ne croyez pas que la chambre funéraire de Toutânkhamon s’ouvrira pour vous sans que vous ayez fait de (gros) efforts pour résoudre quelques énigmes qui vous permettront de recomposer une phrase célèbre dans l’histoire et qui a été prononcée par Howard Carter en 1922 au moment où il a découvert le trésor.
Je monte un escalier en entendant des bruits de pioche et je débouche dans une sorte de couloir où … il ne se passe rien. Un personnage arrive, constate que je suis seule et suggère d’attendre du renfort. Il fait rouler une brouette chargée de cailloux.

Dès que nous formons un groupe on nous remercie d’être venus. On nous alarme d’un projet de suspendre les fouilles en raison de l’épuisement des finances et on sollicite notre aide en mêlant des phrases en français et en anglais.

Hurry ! Hurry ! On nous presse d’avancer. On nous incite à plonger la main dans des urnes contenant des viscères et j’avoue que ça me répugne autant que si je devais gagner une épreuve sur Fort-Boyard. Impossible de s’y soustraire. C’est une étape obligatoire.

Aidée par la chance, je parviens à trouver les réponses qui correspondent à des hiéroglyphes qu’il va me falloir repérer sur un grand schéma et en noircir les cases correspondantes pour faire apparaître un visage … qui ne servira pas par la suite. C’est du temps perdu et je suis de plus en plus désorientée. Comme d’autres visiteurs, je fais le choix d’abandonner ce travail pour admirer les oeuvres qui se trouvent dans les trois salles principales. Elles sont remarquables et on se sent privilégié de pouvoir les observer d’aussi près.
Une allée entière de sphinx à tête de bélier ou Crêiosphinx a été reconstituée. Le mot Sphinx est un dérivé de l'égyptien chesep désignant une image ou une statue. Gardiens à l'entrée du temple de Karnak, ils sont l'image de la puissance du dieu. Ils protégeaient les allées sacrées, notamment lors les processions des barques divines.
A gauche, ci-dessous la statue d’une vigie. A droite, un mannequin de Toutânkhamon en bois stuqué et peint, sans doute utilisé pour préparer les bijoux et les vêtements du roi. La coiffe fait référence à la couronne rouge de la Basse Egypte.
Il y a beaucoup à lire. Les cartels sont complets et on peut estimer manquer de référence pour tou assimiler. L’œil est sollicité par pléthore d’objets. 
Deux statues noires du roi, en bois et en bronze avec des incrustations de calcaire et d'obsidienne, étaient placées en vis-à-vis le long du mur qui séparait l'Antichambre de la Chambre Funéraire pour garder la chambre funéraire. 
Elles sont recouvertes d'une résine d'un noir luisant. Le devante triangulaire porte les nom et titre de Toutânkhamon. La statue coiffée de l'afnet (coiffe en tissu de forme arrondie) précise qu'elle représente le ka du roi, soit l'essence de son être.

Les éléments de quatre grands chars étaient empilés pêle-mêle dans l'antichambre. Ils avaient été démontés lors des funérailles afin de franchir l'étroit corridor d'accès. Les rênes nouées autour de la taille afin de pouvoir tirer à l'arc, le pharaon était souvent représenté seul sur son char, à la tête de ses troupes.

Ces somptueux chars sont en bois recouverts de feuille d'or. Le décor extrême de la coque est composé de spirales avec en son centre une colonne de lys surmontés des cartouches du pharaon. Le décor interne se développe sur trois niveaux. Au registre supérieur figurent les cartouches de Toutânkhamon. Au centre, l'emblème héraldique de l'union de la Haute et de la Basse Egypte (le semataouy). Enfin, au registre inférieur, le pharaon sous les traits d'un sphinx piétine les prisonniers.
Le trône d'or est l'un des meubles les plus magnifiques jamais mis au jour parmi tous ceux qui ont été retrouvés. En bois recouvert de feuilles d'or et d'argent incrusté de verre coloré, de faïence siliceuse et de pierres fines. Sur le dossier aux somptueuses incrustations apparait le couple royal à l'intérieur d'un pavillon floral ouvert aux rayons du soleil offrant la vie.
J’ignorais la forme des lits funéraires. L’un d’entre eux a des sortes de bras à tête d’hippopotame, gueule ouverte, d’où jaillissent des dents et des crocs en ivoire ainsi qu’une langue en ivoire, peinte en rouge.
Les objets entassés pêle-mêle dans l’annexe sont surprenants. J’y reconnais quatre lits. Mon regard est attiré par un coussin en jonc doublé de lin, très ouvragé, brodé de perles dessinant la silhouette d’un captif enchainé. Et sur ce collier ouvragé.
Voici un joli coffre peint en bois stuqué et peint. Le décor développe le thème traditionnel de la victoire du pharaon sur les ennemis de l'Egypte, à la chasse ou à la guerre. Le roi apparait sur son char tiré par deux chevaux somptueusement harnachés. l'armée égyptienne est disposée sur trois registres derrière lui. les ennemis (Syriens sur un côté du coffre, Nubiens sur l'autre) apparaissent dans un enchevêtrement confus de chars, de guerriers et de chevaux. Sur les petits côtés Toutânkhamon sous les traits d'un sphinx, foule aux pieds les ennemis venus du nord et du sud.
Dans l'Annexe, quatorze coffrets peints en noir renfermaient 236 statuettes funéraires. Entre l'Annexe et le Trésor 413 serviteurs furent trouvés. ces figurines étaient destinées à effectuer les tâches quotidiennes dans l'au-delà. Divisées en équipes de 10, elles étaient dirigées par 376 contremaitres et 12 surintendants.

Elles présentent des matériaux, des tailles, une iconographie et des inscriptions très divers. certaines sont en bois, avec de rares détails soulignés à la peinture noire ou rehaussées de fragments de feuille d'or, alors que d'autres en sont totalement recouvertes.
De nombreux chaouabtis sont en faïence avec des glaçures de couleurs différentes, gravés ans la pierre comme dans la calcite, le calcaire ou el granit. Les coiffures sont nombreuses et l'on retrouve les principales couronnes. Quelques statuettes portent les insignes royaux ou quelques outils. Un grand nombre de houes, de pioches, de jougs, de petites sacoches miniatures en métal, en faïence ou en bois ont été sortis des coffres situés dans l'Annexe et le Trésor. 
Tête du jeune roi émergeant d'une fleur de lotus (en bois stuqué et peint) symbolisant la régénération du soleil à l'issue de son voyage nocturne dans l'au-delà. Grâce à cette transformation, le défunt espère acquérir les qualités de régénération symbolisées par la plante. cette petite sculpture avait pour but d'offrir au roi une renaissance perpétuelle.
La série des trois sarcophages est stupéfiante. Voici d'abord le sarcophage momiforme, ensuite le sarcophage intermédiaire et enfin le cercueil extérieur.
Le sarcophage momiforme est le cercueil intérieur en or massif martelé, décoré au ciseau et orné d'incrustations. L'épaisseur de l'or varie de 2,5 à 3 mm. Le roi, bras croisés sur al poitrine, est coiffé du némésis. Sa barbe est incrustée de verre imitant le lapis-lazuli. Deux lourds colliers, faits de pastilles en or jaune ou rouge et en faïence égyptienne bleu sombre, lui entouraient le cou. Le sceptre héga et el fouet nkahaha sont recouverts de feuille d'or, de faïence égyptienne bleu sombre, de verre polychrome et de cornaline.
Sur le buste du roi, les déesses Nekhbet et Ouadjet, et plus bas, Isis et Nephthys déploient leurs ailes protectrices. Deux colonnes de hiéroglyphes gravés descendent jusqu'aux pieds. Sous les pieds du roi, la déesse ailée Isis, agenouillée sur el signe nebou, l'or, veille sur Toutânkhamon comme elle veilla sur son époux Osiris. Ses dimensions : 51 cm de hauteur, 187 de longueur, 51 de largeur et 110 kilos d'or pur.
Voici le sarcophage intermédiaire (ci-dessus). On peut se demander d’où provenait cet or à l’époque. Il venait de Nubie ou de Jordanie. Ce métal précieux symbolisait la lumière, donc la chair de dieu et par voie de conséquence le pharaon lui-même qui ne peut avoir d’autre dernière demeure qu’un cercueil en or.
Le cercueil extérieur figure le roi, figuré en Osiris, tenant dans ses mains les attributs de la royauté : le sceptre héqa à sa gauche, le fouet nékhakha  à sa droite. Sur son front se dressent le cobra Ouadjet du Nord et le vautour Nekhbet du Sud. Ce cercueil en bois de cyprès enduit de plâtre modelé est recouvert d'une feuille d'or d'épaisseur variable. A gauche, comme à droite, les déesses Isis et Nephtys ouvrent leurs ailes pour protéger le roi. (hauteur 115 cm, longueur 224 et largeur 88).
Une fois que j’ai vu et admiré l’ensemble je m’apprête à continuer mais on me fait comprendre que cela ne sera possible que si je résoudrai la totalité de l’enquête.

J’imagine que les comédiens, qui se devinent à leur costume, iront d’un groupe à l’autre pour aider les spectateurs désorientés par l’exercice. C’est ainsi que les choses se sont produites le jour de ma venue. Il faut dire que le système n’était pas encore tout à fait rodé en ce jour d’avant-première.

Le document qui m’a été remis comportait plusieurs difficultés de compréhension et je me dois de dire que ce fut très contraignant et très long (presque deux heures) pour résoudre une énigme qui, une fois dévoilée, n’est vraiment pas très compliquée à deviner. Je suis sûre que la procédure va être modifiée afin que le temps passé dans l’exposition soit à la fois un vrai moment de plaisir sans nuire à la contemplation des oeuvres. J’avoue que je me suis tellement concentrée sur la résolution des rébus que ce fut au détriment de l’observation des reproductions. Mais je comprends que les concepteurs aient voulu intéresser un public qui n’a pas l’habitude de fréquenter les musées en concevant ce parcours de type escape game.

C’est vraiment dommage car un des intérêts de l’évènement réside dans la qualité de reproduction des objets, sculptés dans l’albâtre, recouverts de feuille d’or et dans ces cercueils refaits à l’identique, en or battu. Chacun a été validé par le musée du Caire et c’est une chance incroyable de les voir de si près.
Sekhmet 'la puissante" est une déesse de la mythologie égyptienne représentée en général par une femme à tête de lionne portant l'uraeus et le disque solaire. Cette déesse, fait probablement partie avec Horus à tête de faucon , des plus vieilles divinités de la vallée du Nil.

Cette guerrière divine est aussi appelée "l'oeil de Rê". Elle s'assimile alors au symbole de l'uraeus qui veille sur le front des pharaons. Comme beaucoup de divinités, elle est ambivalente : elle envoie les maladies sur terre mais est aussi capable de donner le remède. Les prêtres-médecins s'appelaient "les conjurateurs de Sekhmet".

Le grand-père de Toutânkhamon, le pharaon Amenhotep III, érigea 730 statues autour de son temple funéraire sur la rive gauche de Thèbes : 365 pour chaque jour et 365 pour chaque nuit, sans doute à cause de la peste qui sévissait au Proche Orient au XIV° siècle avant notre ère.
Une fois la dernière énigme résolue on peut enfin accéder aus pièces majeures comme le masque d'or, lapis-lazuli, cornaline, quartz, obsidienne, turquoise et verre coloré est de 54 cm de hauteur et pèse 11 kilos.
La coiffure est le némésis habituel, strié de bandes de verre bleu imitant le lapis-lazuli et noué à l'arrière en catogan. Sur le front, se dressent l'Uraeus et la tête de vautour, travaillés en or et ornés de gemmes et de verre coloré. Les yeux du masque sont en quartz et en obsidienne, aux coins rehaussés de rouge. Les lignes de fard et les sourcils sont en verre bleu.

La barbe divine tressée et recourbée se compose de verre serti dans des cloisons d'or. Sur chaque lobe d'oreille, une cavité suggère un roi trou pour le port de bijoux. Le large gorgerin est formé de rangs de lapis-lazuli, de quartz, d'amazonite et de verre coloré, qui se rattachent sur chaque épaule à une tête de faucon ornée d'obsidienne.
La majestueuse statue du dieu chacal, Anubis, est posée sur un naos de bois doré en forme de chapelle. Anubis est de couleur noire, comme les résines et onguents dont il enduit les corps pour les préserver. Les yeux sont incrustés d'or tandis que les oreilles, et les griffes sont en argent.

Le plus vieux écrits funéraires de l'Egypte pharaonique, les Textes des Pyramides, tient Anubis aux processus de résurrection du roi défunt, à la mise en oeuvre de tous ses devenirs dans le ciel. Il conduit le défunt dans l'au-delà et le mène devant le tribunal d'Osiris pour la pesée du coeur.
Dans le Trésor, 22 naos peints en noir, dotés de doubles portes et scellés, furent mis au jour. Dans ces chapelles, de nombreuses représentations du pharaon et de divinités animales ou anthropomorphes. Enveloppées dans des linges marqués et datés, elles étaient en bois revêtues de stuc et de feuille d'or.
Chaque robe comporte une formule magique sur leur robe. L’ensemble compose une armée de petits serviteurs censés aider le défunt dans toutes les tâches quotidiennes qui sont décrites sur leur robe à l’aide de formules magiques.
Une galerie conduit les visiteurs à une grande salle de projection. Le parcours est ponctué des véritables photos en noir et blanc prises au moment des fouilles.
La visite se termine par un film qui se déploie sur trois écrans en plaçant le spectateur au coeur du dispositif. Il commence par la mer, puis apparaît le crocodile et la poussière du sable.
Un serpent envahit l’écran, bientôt remplacé par un scarabée puis surgit le dieu des embaumeurs, Anibis ou Amibis à tête de chacal.

Osiris pèsera le coeur du mort qui selon le poids de ses fautes sera ou non autorisé à pénétrer dans le jardin où il sera accompagné dans l’espérance et le bonheur.
On quitte la salle en traversant la boutique qui comporte beaucoup de peluches, de reproductions de statues et de papyrus (dont je voudrais signaler les prix raisonnables), et de livres aussi.
Il est possible ensuite de se rafraîchir dans le salon de la vallée des rois.
Toutânkhamon, L'expérience immersive pharaonique
Galeries Montparnasse – 22 rue du Départ 75015 Paris
Depuis le samedi 3 Février 2024
Réservations sur le site : www.toutankhamon-experience.com
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de ©Francis Barria

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