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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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dimanche 14 juin 2026

Déjeuner chez Thalie

Thalie a enfin ouvert ses portes. J'avais eu un aperçu de ce nouveau restaurant en décembre dernier en passant dans la rue et pourtant j'ai failli ne pas le repérer au 38, rue Montpensier tant il s'intègre parfaitement dans la façade du Théâtre du Palais-Royal.

C'était l'objectif et il est tout à fait réussi. 

Je connais plutôt bien l’univers des frères Mavrommatis et que j’apprécie beaucoup. Et pourtant le dernier né de leurs restaurants m’a surprise.

La cuisine de Thalie est égale au niveau auquel nous avons été habitués. Délicieuse, raffinée, goûteuse. On retrouve dans le décor des éléments évoquant discrètement la Grèce, et qui s’accordent avec la situation, au coeur du théâtre du Palais Royal auquel on accède par une large double porte en verre. Les muses accrochées aux murs apportent cette note artistique en référence au sixième art.
La signature d’Andréas Mavrommatis est présente dans la décoration, combinant les camaïeux de beige, les courbes avec au plafond des miroirs disposés en un damier saisissant qui présente l’avantage d’agrandir l’espace.
Le chef tenait à ce que dès le premier pas on se sente dans un restaurant et pas dans un salon. Telle était la feuille de route donnée à Régis Botta qui a d’ailleurs été aussi le décorateur de la Boutique de la rue du Faubourg Saint Honoré, du Laurier et du restaurant étoilé.

L’attention qu’il accordait au moindre détail se retrouve dans les assiettes. Dans les mois qui précédèrent l’ouverture il a régulièrement goûté les plats jusqu’à ce que Maxime Mirol (à droite sur la photo avec Eva et Vassilis), spécialement engagé pour l’occasion, restitue très exactement les saveurs attendues par Andreas. Le résultat est tout à fait à la hauteur des exigences qu'on lui a tous connues.

Un texte très poétique figure en dernière page du menu, rappelant l'attachement à sa terre natale qu'il n'a eu de cesse de restituer dans les assiettes. Je l'ai recopié en fin d'article.

La question cruciale pour le moment est de choisir entre intérieur et extérieur. La salle est plus intime que je ne l'imaginais. Elle sera très agréable en arrière saison.  Déjeuner en terrasse est tentant. On profite ainsi de l'animation (toute relative) du jardin.

La maison n'enregistre pas de réservation pour cet endroit. on s'y installe au fur et à mesure. Et je remarque les mains qui se tendent vers le menu avant de dé prendre une décision. On sent une certaine décontraction tout en respectant les codes de l'hospitalité.

Il existe un troisième espace, celui de la galerie sous les arcades, idéal pour un apéritif familial ou un évènement organisé par une entreprise.
Le ballet des serveurs s'accompagne de parfums ultra tentants. Voici un Houmous de pois chiche de Larissa (Grèce), crème de sésame (tahini), huile d’olive et citron. Et un Tarama blanc extra, Œufs de cabillaud, jus de citron. Avec une corbeille de pain libanais ou pain pita, plat et fin, rond ou allongé.
Il y a de quoi hésiter entre la traditionnelle Salade crétoise (à droite) et la Salade de légumes grillés : Courgette, aubergine et poivron grillé, sucrine et kavroumadakia au sésame.

mercredi 20 mai 2026

Que servir avec un Vacqueyras Alliance ?

J'avais connu plusieurs belles surprises à l'édition de Rhône en Seine de novembre dernier. Parmi elles, une rencontre avec Cécile Dusserre qui gère un domaine familial qui se transmet de mère en fille, le Domaine de Montvac où elle travaille avec sa fille Amélie Cartoux -arrivée sur le domaine en 2020- représentant chacune respectivement la cinquième et la sixième génération. 

Après un Vacqueyras Arabesque à la structure fine et racée où l'harmonie des saveurs est directement accessible aux néophytes comme aux aguerris, s’affirmant avec la complémentarité des trois cépages, Grenache, Syrah et Mourvèdre, j'avais goûté la cuvée Alliance, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Elle mérite bien son nom puisqu'elle marie huit cépages du Sud : 51% de Grenache Noir, 24% Carignan, Cinsault, Counoise, Grenache gris et Clairette rose, 20% de Mourvèdre et enfin 5% de Syrah issus d’une complantation sur un terroir argilo-sablonneux.

L’emblématique Grenache est majoritaire. Il délivre toute sa générosité et sa symphonie aromatique parce qu'il pousse sur un sol caillouteux ou sur des versants bien exposés au soleil, 

La Syrah dont les vignes sont installées sur des sols plus froids apporte des senteurs fruitées, florales ainsi que de la couleur.

Quant au Mourvèdre, il est utilisé avec parcimonie pour accroître la persistance aromatique de l’assemblage final.

La Counoise, le Carignan, le Grenache gris, la Clairette rose ainsi que le Cinsault sont des cépages tardifs avec des maturités phénoliques plus basses. Ils apporteront de la fraîcheur et surtout cette diversité nécessaire aux vins pour lesquels on souhaite de la complexité.

Mère et fille travaillent ensemble mais Alliance est une création d'exception imaginée et façonnée par Amélie deux ans après son arrivée sur le domaine.

Les raisins biologiques sont observés et dégustés hebdomadairement par Cécile et Amélie. À l’approche de la maturité,  elles lancent des analyses dans leur laboratoire pour déterminer, pour chaque parcelle, la date cruciale où l’équilibre entre structure et finesse aromatique sera optimal.

La ramasse est manuelle et y est effectuée en une seule fois pour donner toute l’harmonie. Les macérations sont douces à travers des remontages minutieux manuels afin d’extraire les arômes purs du fruit. Élevé avec soin 2 ans en cuves béton, en cuve "Diamant" la première année et "Ovoïde" la seconde, ce vin révèle une complexité harmonieuse et décomplexée.

J'aime particulièrement faire des associations qui sont faciles à reproduire. Il se trouve que je dispose depuis un moment d'un AirFryer et que je m'emploie à expérimenter diverses choses, ce que j’ai raconté dans un article intitulé Mes (premières) aventures avec un AirFryer. Sachant que cette cuvée se marie aussi bien avec des plats épicés que de belles pièces de viande j'ai choisi de préparer des aubergines épicées avec une viande réputée pour son goût, l'agneau, qui elle a été cuite dans un four classique.

Mais auparavant le repas commença avec une salade plutôt simple mais relevée pour "tester" le vin : courgette bio (donc on peut garder la peau) tranchée fine à la mandoline avec champignons blanc, sauce relevée au curry et fleurs comestibles, tranche de pain de seigle.

Le Vacqueyras n'a pas dénoté. Sa robe, d'un grenat profond, signature de la présence de Syrah, fut immédiatement remarquée, ainsi que la noblesse de la bouteille marquée du blason de Vacqueyras.

Je l'ai ensuite servi avec l'Agneau et ses Aubergines rôties aux épices & sauce au yaourt.

Je vous donne la recette des légumes avec des proportions pour 2 personnes sachant que la cuisson sera rapide (compter une douzaine de minutes).

On mélange dans un saladier 1 cuillerée à soupe d'huile d'olive avec 1 cuillerée à café de curcuma, autant de curry, d'ail en poudre et de paprika.

On coupe une aubergine par personne en deux, dans le sens de la longueur en faisant attention à ne pas les transpercer. On incise la chair en la quadrillant puis on la nappe avec le mélange aux épices.

vendredi 10 avril 2026

Et les nominations aux Molières 2026 sont …

(mis à jour le 4 mai 2026)
Jean-Marc Dumontet, président des Molières, a profité de la conférence de presse d'annonce des nominations pour rendre hommage au soutien indéfectible de France Télévisions qui diffuse la cérémonie en prime.

Cette prochaine soirée qui aura lieu lundi 4 mai sur France 2, à 21 h 10 et qui sera réalisée par une femme, Patricia Rimond des Anges (Production toujours  Act4 Productions) est plus utile que jamais pour mettre en avant toute la créativité, certes forte, mais malmenée comme jamais avec les coupes budgétaires qui ont lieu un peu partout …

Jean-Marc Dumontet, producteur de théâtre pointilleux et reconnu, possède le théâtre Antoine, le Théâtre Libre, Le Point-Virgule, Le Grand Point-Virgule, Bobino et la Salle Gaveau (où avait lieu la conférence de presse). Il est co-propriétaire des Folies-Bergère. Et surtout, il préside depuis 2013 l’association des Molières. Il considère que malgré tous les aléas le spectacle est plus vivant que jamais autant dans le public que le privé mais que le besoin de relai reste essentiel. Il a souligné aussi qu’un théâtre populaire n’était pas incompatible avec l’exigeance.

De son côté Anna Holmes, directrice des programmes de France télévisions, a confirmé l’investissement du service public avec 150 pièces diffusées -dont 25 inédits- sur l’ensemble de ces chaînes, soit une augmentation de 15% par rapport à l’an dernier. C’est très important puisque chaque diffusion touche environ 7 millions de "spectateurs". Et on peut se réjouir que l’audience de France 4 connaisse en la matière une croissance de 35%.

Après Courgette, Les gros patinent bien, Le retour de Richard 3 par le train de 9h24 on peut citer, rien que pour la semaine du 3 mai Bungalow 21, Une idée géniale, Du charbon dans les veines, Le repas des fauves, Un pas de côté et L’école de danse de Carlo Goldoni, avec la troupe de la Comédie-Française (tout le programme est détaillé ici).

Elle a confirmé qu’étant la vitrine de la création théâtrale française, en mettant à l’honneur celles et ceux qui font vibrer les scènes, la retransmission de la Cérémonie des Molières était le point d'orgue de la place du théâtre sur les chaines publiques. Mais comme dit précédemment l’action ne se limite pas à cet évènement, loin s’en faut. Cette seule soirée vise 1 millions de téléspectateurs, ce qui serait l’équivalent de 840 représentations aux Folies Bergère. Elle sera diffusée en léger différé, à 21 heures, depuis ce magnifique théâtre mais rien ne filtrera de le remise des premières statuettes avant 22 h 30 sur les réseaux sociaux.

Pour la troisième fois (non consécutive) Alex Vizorek en sera le présentateur et s’il n’a rien voulu révéler de particulier nous avons deviné qu’il y aurait des surprises de taille, et de l’humour bien entendu. Pour l’instant tout est encore à l’état de pistes et nous savons simplement que Jim Carrey ne pourra pas venir. faisons confiance à celui qui est tout de même à longueur de temps un jour sur trois sur une scène.

L’assemblée étant impatiente de connaitre les nominations ce sont Hugues Leforestier, directeur général et Gaëlle Billaut-Danno, une des administratrices, qui ont donné la liste des 46 spectacles distingués parmi les 225 éligibles et vous constatez que 7 d’entre eux figurent dans 3 catégories. On est loin du trust de certaines années par des pièces qui allaient jusqu’à 7 nominations comme Edmond, Courgette ou encore Le canard à l’orange …

Ce sont les 3800 électeurs qui votent, en s’exprimant généralement à 60% au premier tour et 70-75% au second, qui se déroule sur quelques jours, du 13 au 18 avril à 21 h. Il faut savoir qu’on n’est pas votant à vie et qu’on est exclu si on ne vote pas pendant deux ans. Les règles sont, on le constate, très strictes et rigoureusement appliquées.

Il y a des surprises dans la liste des nominations du fait que les spectacles sont soumis par les théâtres ou les producteurs, en justifiant du nombre de dates de représentations nécessaires. Certains ne souhaitent pas le faire et c’est leur liberté. Et s’il n’y a que 3 nominations dans la catégorie spectacle musical c’est parce que les titres proposés cette année étaient au nombre de 5. Il aurait été déraisonnable de tous les retenir.

Suite à la mise à jour du 4 mai 2026, 23 h 30, les gagnants apparaissent en rouge.

vendredi 20 février 2026

Ypseli, une taverne, un traiteur, une épicerie fine, une cave à vins … et un livre

C’est toujours avec émotion que je me rends à l’invitation d’une ambassade.

Il y a deux semaines la représentation diplomatique de la République hellénique auprès de la République française rassemblait aussi bien des convaincus que quelques personnes ignorant tout de la cuisine grecque mais prêtes à la découvrir.

Symeon Kamsizoglou a parcouru le pays avec sa femme Delphine, de Thessalonique à Athènes en passant par Corfu, la Crète, les Cyclades, Metsovo et Meteora. Pendant deux ans ils ont recherché les meilleurs producteurs, vignerons et artisans. Ce périple, ponctué de rencontres et découvertes, aboutit en 2025 à la création de leur maison dédiée à la gastronomie grecque, Ypseli, ainsi qu’au livre éponyme.

Celui-ci, dont la couverture inscrit clairement l’ouvrage dans l’univers de la péninsule grecque, est autant un guide de voyage qu’un recueil des recettes qui incarnent l’art de vivre et la cuisine de ce pays. Ypseli incarne un certain art de vivre.
Il est de coutume, au cours d’un tel moment, de partager un verre et de grignoter quelque chose. Symeon et Delphine étaient venus avec quelques-unes de leurs spécialités, tout juste sortis de leurs cuisines, des feuilles de vigne farcies (dont la saveur est loin des dolmas qu’on a l’habitude de consommer en conserve), des beignets de potimaron, inspirés par la recette classique des beignets de courgette (p. 68 du livre), à plonger avec gourmandise dans un le tzatziki frais (p. 64) et d’appétissants plateaux de spanakopita, une délicieuse tourte fondante aux épinards, qui n’a pas été réalisée avec de la pâte filo mais quelque chose qui évoque plutôt le croquant de la pâte brisée de nos quiches lorraines. Une variante, appelée hortopita nous est donnée p. 252.
C’était simple et authentique, ce qui n’est pas si fréquent. Ces plats ont été accompagnés, au choix, et en toute modération parce que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, par un vin blanc et un rouge, grecs bien entendu.
Le mot taverne nous intrigue parce que pour nous, français, il ne correspond pas à une réalité moderne alors qu’en Grèce il est aussi patrimonial que le serait le terme de guinguette, même s’il n’en existe plus guère d’authentique dans notre pays.

Ce sont les gaulois qui ont imaginé des lieux où ils pourraient écouler leurs vins. Et ce furent les premières tavernes. Plus tard on commença à y servir à manger comme dans les auberges.

Les auteurs ont voulu mettre en valeur la gastrotaverna, qui pourrait peut-être correspondre au mouvement qui a désigné l'évolution de la cuisine servie dans les bistrots français sous le terme de bistronomie, à ceci près que les établissements mis en valeur dans Ypseli sont restés simples dans la présentation de leurs plats.

Le mot résonne comme un nom de code, un sésame magique, ouvrant les portes d'un monde de saveurs authentiques. On y trouve la recette du meilleur caviar d'aubergine (p. 46) qu'on aura malgré tout du mal à reproduire, faute d'avoir des produits d'aussi bonne qualité (comme pour faire une vraie salade grecque, p. 62) mais on aura appris que le secret est dans l'égouttage et le repos.

Le poulet dit "à la grecque" n'est pas éloigné de celui que ma mère cuisinait le dimanche, bien qu'elle n'ajoutait pas d'huile mais du beurre, ce qui me fait penser qu'une de mes amies grecques m'a confié avoir découvert cet ingrédient seulement à son arrivée en France.

Il y a plusieurs manières de cuisiner les gros haricots. Sans avoir exactement la même variété il me semble que les haricots de Soissons (délicieux) pourront faire l'affaire. Les frites sont toujours découpées "en coin de rue". Il faut le coup de main pour garder un côté bombé et un côté plat avant de la couper en faisant des angles.

Je pense que je n'aurai jamais le bonheur de déguster une moussaka comme celle qui est décrite p. 108 à moins que celle qui est servie dans le restaurant de la rue de Réaumur s'en approche. Ce que je sais c'est que chaque cuisinier a sa manière d'assaisonner les ingrédients si bien que le plat n'a pas exactement le même goût selon les équipes, et c'est ce qui participe à l'authenticité de la cuisine.

L'ouvrage se feuillette en prenant le temps de rêver, aux saveurs, aux odeurs, en s'imprégnant progressivement de la spécificité de cette cuisine. C'est un voyage dans l'espace et dans le temps, suggéré par les superbes images de Stanislaw Boniecki qui a travaillé en argentique, ce qui donne à ses clichés un grain tout particulier.

J'ai beaucoup apprécié la présence de plusieurs index, par lieux, par nom de recettes et par ingrédient, ce qui facilite grandement le repérage.

Cette approche de la culture gastronomique grecque est bien entendu à concrétiser en se rendant chez Ypseli dont voici quelques photos.

dimanche 1 juin 2025

Le Chant des Lions de Julien Delpech et Alexandre Foulon

(mise à jour 4 mai 2026)
Le Mois Molière est devenu un rendez-vous qui s'inscrit rituellement sur mon agenda pour la quatrième année consécutive (même si je l’avais découvert en 2014 au Potager du Roi mais à l’époque Versailles me semblait être au bout du monde).

J’essaie désormais chaque année de voir quelques créations. Impossible d’assister à toutes les représentations, elles sont "trop" nombreuses (330 cette année sur 62 lieux) mais j’approuve totalement la volonté de François de Mazières créateur du Mois Molière et désormais maire de Versailles de vouloir ce festival accessible à tous les publics, et dans tous les quartiers. Une des preuves en est la gratuité de multiples séances, ou leur tarif symbolique fixé à 2 €.

Il avait insisté au cours de la conférence de presse d’annonce du Mois Molière sur la place accordée au théâtre contemporain … et à la musique, ce qu’illustre parfaitement la création de la nouvelle pièce de Julien Delpech et Alexandre Foulon Le Chant des Lions (ci-contre à coté de Charlotte Mazneff).

Traditionnellement le festival ouvre dans la Cour de la Grande Écurie du Roi, donc en plein air et même si l’endroit ne permet pas l’installation de lumières comme dans une salle de spectacles ni la projection d’images dont les metteurs en scène adeptes de lapping sont du coup privés, j’avoue que l’extérieur apporte une dimension particulière, une atmosphère que nous apprécions tous comme un moment hors du temps.

La météo était incertaine hier, pour le premier soir de création. La metteuse en scène Charlotte Mazneff a fait pression pour ne pas faire courir de risque au décor et au dispositif technique. Le Théâtre Montansier a dû ouvrir spécialement pour accueillir l’équipe. On comprend pourquoi quand on découvre la scénographie d’Antoine Milian, à la fois sophistiqué et simple.
Elle permet au spectateur de passer en un claquement de doigt de l’appartement de Kessel à une salle de restaurant ou une scène de cabaret, tout autant qu’un wagon de restaurant pour finalemetn se retrouver dans le bureau de De Gaulle puis dans les studios d’enregistrement de la BBC.
A cour, une sorte de standard téléphonique sera le quartier général d’un curieux ingénieur du son, artiste en bruitages (Thierry Pietra ci-dessus avec Elodie Colin) qui, outre une infinité de second rôles lui donnant l’occasion d’un joli travail sur les voix et les imitations, nous révèle les coulisses de plusieurs bruitages : battements de coeur, déflagration, train, …, une averse et des claquements de bottes allemands, et même de la musique avec un verre. C’est Mehdi Bourayou, compositeur et acteur (ci-dessous à droite de Charlotte Mazneff), qui a imaginé cet univers sonore dans lequel il a même réussi à intégrer un extrait de la Symphonie de la machine à écrire de Leroy-Anderson, qui annoncerait presque le spectacle suivant, Les dactylos, qui sera créé au Conservatoire (et auquel je consacrerai un article très bientôt).

Côté lumières nous avions été prévenus que le temps avait manqué pour installer le dispositif tel que Moïse Hill l’avait prévu (et la difficulté aurait encore été supérieure en extérieur en fin d’après-midi) mais le résultat était déjà très prometteur.

Ce spectacle raconte la genèse du Chant des Partisans qui fut composé dans le but d’unir et de motiver les résistants afin qu’ils jouent un rôle décisif lors du Débarquement sur les plages normandes. C’était l’air préféré de son père, ce qui explique son émotion lorsque les deux auteurs, Julien Delpech et Alexandre Foulon, lui ont proposé de le monter. Ayant monté récemment avec eux Les téméraires à propos de l’affaire Dreyfus, elle ne pouvait qu’être partante pour cette nouvelle aventure.

Il ont travaillé un an à l’écriture en jouant avec la chronologie et en faisant de cette chanson, qui fut écrite par Maurice Druon et Joseph Kessel une double déclaration d’amour. Celle de Joseph, surnommé le lion à Germaine Sablon (1895-1985), et celle de Lazare Kessel, le frère de Joseph (1899-1920) à Léonilla Samuel, parents de Maurice. Ce dernier couple apparaît régulièrement par le biais de flash-backs.

C’est un spectacle de théâtre qui accorde une place de choix à la chanson, ce qui donne l’occasion aux auteurs de nous faire entendre quelques-unes de la trentaine qu’enregistra Germaine Sablon et dont nous n’avons guère conservé en mémoire que le Chant des partisans.

Une part importante est aussi consacrée au travail de l’armée des ombres à laquelle appartenait Katia Gangardt, la deuxième épouse de Joseph Kessel (avec d’autres célébrités qui n’apparaissent pas dans la pièce comme Marcel Pagnol ou Gastion Gallimard). On devine le rôle que Germaine a joué dans la Résistance. Engagée dans la France libre, elle poursuivit la guerre en tant qu'infirmière jusqu’en Italie et en France. Elle sera décorée après la Libération de la médaille de la Résistance et de la Croix de guerre, et plus tard la Légion d’honneur, ce qui fait d'elle la plus décorée des chanteuses. Elle méritait bien que sa mémoire soit honorée un jour sur une scène de théâtre !

Les dialogues se concentrent sur un moment de la vie amoureuse du Lion, partagé entre Katia et Germaine, bien avant qu’il ne rencontre Michèle Winifred O’Brien à Londres en 1944, la fameuse "beautiful darling" et qui sera sa troisième épouse.

La vie de Kessel a sans doute été simplifiée par les auteurs en raison de sa complexité. Ils ont conservé l'essentiel pour servir le propos du spectacle. Ceux qui sont voudront absolument démêler l’authentique de l’invention trouveront les clés, scène par scène, dans le livre qui publie le texte de la pièce.

Ils ont en tout cas réussi à ciseler de jolis dialogues pour des comédiens qui s’en emparent avec délice. Kessel (Eric Chantelauze) refuse de se laisser enfermer dans un livre comme une fleur dans un herbier. Katia (formidable Élodie Colin qui incarne aussi la Carpe, une résistante d’un courage exemplaire) accepte qu’on ne mette pas un lion en cage mais qu’on le laisse gambader jusqu’à ce qu’il revienne.

Après plusieurs péripéties inspirées par les évènements historiques, qui permet à Thibault Pinson d’incarner plusieurs personnages savoureux, viendra l’instant de la création d’une chanson qui unisse, rassemble, fédère. Un lyrisme sans borne est à l’œuvre : Je veux sentir siffler les balles au-dessus de ma tête (…) Ton arme c’est ta plume, ta chance c’est de pouvoir (encore) écrire.

On connait les qualités de Vanessa Cailhol autant à l’aise comme comédienne (sa dernière apparition dans Maupassant Inside était prodigieuse) que comme chanteuse (on se souvient de sa présence dans Courgette, qui lui valut un Molière l’an dernier). Il faut saluer sa présence joyeuse et sa voix superbe. Elle nous a offert une magnifique interprétation de Mon homme et bien entendu le fameux Chant des partisans qu’elle démarre presque a capella pour la finir en chœur. Nous sommes le 30 mai 1943, et ce morceau est enregistré pour le film de propagande Three Songs about Resistance (d'Alberto Cavalcanti).

C’est lorsque les choses ne sont pas raisonnables que tout devient possible. Ce spectacle est intentionnellement émouvant mais il présente aussi beaucoup d’instants humoristiques, dosés avec précision.
Le Chant des Lions de Julien Delpech et Alexandre Foulon
Mise en scène et dramaturgie de Charlotte Matzneff
Avec Mehdi Bourayou, Vanessa Cailhol, Éric Chantelauze, Élodie Colin, Thierry Pietra, Thibault Pinson
Scénographie Antoine Milian
Musique Mehdi Bourayou
Lumière Moîse Hill
Costumes Corinne Rossi
Création Mois Molière 2025 le 31 mai à 20h30 et le 1er juin à 17h00
Théâtre Montansier - 13, rue des Réservoirs - 78000 Versailles
Tarif : 2 € • Réservation obligatoire

Festival Off Avignon 2025
Du 5 au 26 juillet à 14h40, Relâches les mercredis 9, 16 et 23 juillet
Au Théâtre des Gémeaux - 10 rue du Vieux Sextier - 84000 Avignon

Trois nominations aux Molières 2026 :
Molière du Metteur en scène dans un spectacle de Théâtre privé : Charlotte Matzneff
Molière de la Comédienne dans un second rôle : Élodie Colin

Et le Molière de la Révélation féminine  a été attribué à Marina Pangos

jeudi 27 mars 2025

Maupassant Inside de Gérard Savoisien

A sa création au festival d’Avignon, au Buffon, en 2021, le spectacle s’intitulait La folie Maupassant et c'était avec Noémie Elbaz que jouait Jean-Pierre Bouvier.

Une nouvelle version a été repensée par Anne Bourgeois et Jean-Pierre Bouvier, avec une première représentation le 14 novembre dernier au Théâtre de l’Archipel, à Paris.

Désormais c'est Vanessa  Cailhol (la prodigieuse interprète de Courgette, qui lui valut le Molière de la comédienne 2024 où elle avait fait un discours très émouvant) qui joue le rôle de Solange, ce personnage que Gérard Savoisien avait créé comme condensé métaphorique de toutes les femmes que connu l'écrivain.

Le décor (de Jean-Michel Adam) qui représentait si bien l'univers mental de l'écrivain n'a pas changé et le propos non plus. Ce n'est toujours pas un biopic, ni une pièce historique (comme s'en défendait l'auteur) mais la folie ressort davantage, d'où son changement de titre, Maupassant Inside. Et cela vaut vraiment la peine de voir cette version.

La pièce commence sur une musique joyeuse qui, vite, devient grinçante. On notera la très belle création sonore de Michel Winogradoff. Il est temps que je me rende à la clinique. Je ne parviens presque plus à lire. J’apprends l’annonce de mon internement par les journaux. Maupassant est saisi de tremblements, appelle Sosso, sa Solange. Nous sommes le 1er janvier 1893, qui sera l'année de sa mort. 

Guy de Maupassant (1850-1893) aura marqué la littérature française par ses six romans, dont Une vie en 1883, avec la prodigieuse Clémentine Célarié (admirablement mise en scène par Arnaud Denis) au Festival d'Avignon 2019. Il est surtout connu pour ses nouvelles (parfois intitulées contes) comme Boule de Suif en 1880, les Contes de la bécasse (1883) ou Le Horla (1887).

Tous ses écrits sont marqués par une force réaliste, mais aussi par la présence importante du fantastique et par un pessimisme puissant. Et ce sont ces caractéristiques qu'on retrouve dans Maupassant Inside.

La carrière littéraire de Maupassant se limite à une décennie -de 1880 à 1890- avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie due à la syphilis, avec sans doute des crises de schizophrénie (suggérées par le flou de la nouvelle affiche) et ne meure juste avant l'âge de 43 ans. 

Dès la première "apparition" de Solange le doute ne m'a pas quitté quant à la réalité de la jeune femme et le spectateur aura probablement semblable interrogation tout au long du spectacle. Sa présence est-elle un fantasme comme les malades atteints de syphilis peuvent en connaître ? L'interprétation si sensible et si puissante par Vanessa  Cailhol influence notre regard.

On nous dit qu'ils se sont connus alors qu’il avait pris le pseudonyme de Joseph Prunier. Sur ce point il est exact que l'auteur en utilisa plusieurs et que celui-ci lui servit pour son premier conte, La Main d’écorché en 1875. Il n'a alors que 35 ans et est encore tout à fait vaillant.

Il est intéressant que Gérard Savoisien (qui a voulu à travers elle représenter toutes les femmes que l'écrivain a eues dans sa vie) la décrive comme une jeune femme naturelle et spontanée, libre, volontaire, capable de le quitter pour un autre qui aura quelque chose de plus que lui, à savoir le mariage qui lui assurera le confort. Il brosse une personnalité qui est pragmatique mais qui ne renie pas son amour ce qui permet de jolies duos, jouant d'une grande palette de sentiments, y compris l'humour, dans les répliques ou certaines situations.

Au risque de me répéter, j'insiste sur l'intelligence de la mise en scène des hallucinations, rendues crédibles par de multiples astuces, et de fines répliques. Par exemple que Maupassant se plaigne d'être allergique au caoutchouc quand, prudente, la jeune femme menace que c’est ça ou rien.

Un des thèmes de la pièce, et il était essentiel, concerne la maladie, la folie, l'approche de la mort, mais aussi le temps qui passe, avec des propos philosophiques : La jeunesse a tout. Elle l’ignore. La vieillesse n’a rien. Elle le sait.

Mais tout n'est pas triste. On s'amuse à voir le comédien mimer les séances de canotage sur la Seine, une activité que pratiqua assidument Maupassant, toujours en galante compagnie, le dimanche, et pendant les vacances. Quand il téléphone à Zola, ce qui est tout à fait plausible puisque qu'ils étaient très liés (à tel point que Zola prononcera son éloge funèbre), de même d'ailleurs qu'avec Gustave Flaubert, la conversation qui nous est rapportée suscite le rire et offre un temps de respiration.

On peut aussi entendre une analyse pertinente du processus d'écriture de Maupassant : Je n’écris que ce que je vois. Avec pour conséquence le drame quand la vue de l'écrivain décline.

Bien sûr, il faut parler du jeu de Jean-Pierre Bouvier, plus précis qu'à la création de la pièce. Il rend la folie crédible, nous faisant oublier qu'on est au théâtre, avec art parce que le risque aurait été d'en faire trop. La musique est savamment dosée, avec l'insistance du violoncelle à mesure que la maladie prend possession de lui. Les lumières (de Stéphane Baquet) elles aussi interviennent en soutien, particulièrement cette nappe rouge au moment le plus tragique.
On ne peut pas résumer la pièce à une vie, quelques jours et puis plus rien. C'est tellement plus et c'est heureux que l'équipe ait si bien remis la main à la pâte pour en faire un spectacle très abouti qui touchera un nouveau public sans décevoir ceux qui l'avaient déjà apprécié.

Maupassant Inside
de Gérard Savoisien
Mise en scène : Anne Bourgeois
Avec : Jean-Pierre Bouvier et Vanessa Cailhol​
Scénographie : Jean-Michel Adam
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Création sonore : Michel Winogradoff
Création lumière : Stéphane Baquet
Éclairages : Mathias Fondeneige
Du 14 janvier au 30 mars 2025
A 17, 19 ou 21 heures selon les jours

samedi 5 octobre 2024

Quel(s) plat(s) associer au Muscat Sec IGP Vallée de Thongue, du Domaine Saint-Georges d’Ibry

Le Muscat est une dénomination qui recouvre un ensemble d'environ 200 cépages blancs (sans doute originaires du Moyen Orient) dont les raisins ont un arôme muscaté, donc très parfumé, rappelant légèrement celui du musc. Il en existe de nombreuses variétés, dont les grains ont une peau allant du jaune pâle au bleu-noir.

Il est probable que pour beaucoup d’entre vous le nom est associé à un apéritif comme le Muscat de Rivesaltes, le Frontignan ou le Beaume-de-Venise, des vins doux naturels aux arômes d’abricot et de rose. Et vous connaissez sans doute le Moscato d'Asti et Asti qui est pétillant. Mais Il faut savoir que ce n’est pas la véritable expression de ce cépage, naturellement citronné et qui offre une large palette aromatique.

J’ai d’abord découvert le Muscat Sec IGP Vallée de Thongue, résultat d’une production raisonnée réalisée par la famille qui exploite le Domaine Saint-Georges d’Ibry en le dégustant en fin de déjeuner se clôturant avec une tartelettes de fraises.

Il aurait pu être servi sur un fromage de chèvre ou de brebis. Encouragée par des messages à propos d’une de mes publications sur Facebook, j’ai osé une association plus audacieuse avec un carpaccio de poire, préparé à la minute, arrosé de balsamique et saupoudré de parmesan. La qualité rend créatif !
C’est un vin qu’on peut sans crainte proposer à ses convives avec d’autres plats, tout au long d’un repas. Il peut être associé avec des asperges, ce qui n’est pas l’apanage de beaucoup de vins blancs, et se marie avec la brandade et les plats exotiques relevés, par exemple un curry. On l’apprécie également sur le foie gras, et les fromages de chèvre et roquefort comme je l’ai mentionné plus haut.

Sa robe est d’un jaune pâle brillant. Tout en rappelant la saveur gourmande du raisin à maturité, ce vin met en évidence des arômes subtils et raffinés de litchis et des senteurs de pétales de rose. Une grande finesse investit alors le palais, apportant fraîcheur et persistance.
La bouteille a été récemment redessinée conférant à ce superbe Muscat Sec davantage d’élégance et de raffinement.
J’ai eu envie de l’associer avec une tourte épaisse, servie en plat unique. Sans vous donner la recette exacte (il n’y en a pas car on procède avec les moyens du bord) j’indiquerai deux astuces. La première consiste à employer un moule à manqué, donc à bords hauts, qui soit démontable grâce à une charnière qui permet de dégager la tourte sans la briser. La seconde est de précuire les légumes afin de réduire le temps global de cuisson pour que la pâte ne détrempe pas.
Pour cette tourte j’ai utilisé une pâte feuilletée (je la préfère à la pâte brisée), des carottes coupées en dés, des champignons en morceaux moyens et des chutes de saumon frais. Sans oublier la crème fraîche, trois œufs battus, une cuillère à soupe de farine, sel et poivre.

Il m’arrive, si j’ai des tranches fines de jambon et de courgettes taillées dans la longueur du légume de les disposer en composant des rouleaux comme on le voit sur la photo ci-dessous où le jambon est superposé sur la courgette autour d’une rondelle de chèvre. Je comble les interstices avec des tomates cerise, du poivron en brunoise et des oignons rouges confits. Dans ce cas j’ajoute du curry au mélange œufs-crème.
Quant au domaine Saint-Georges d’Ibry, il propose plusieurs vins de grande qualité, qui plus est à des prix très abordables. Je ne peux que vous conseiller de jeter un œil au site qui présente les viticulteurs et leurs productions. À déguster, cela va de soi, en toute modération.

mercredi 15 mai 2024

51 ème édition des Nuits de la Mayenne

Quel plaisir pour moi de vous annoncer dans les grandes lignes la programmation des Nuits de la Mayenne en vous donnant rendez-vous cet été du 15 juillet au 8 août, et les 10 et 11 juin pour le Prélude du festival !

Après une affiche anniversaire en gris et blanc pour célébrer son cinquantième anniversaire l’an dernier l’équipe est revenue à la couleur au travers d’un visuel pensé autour de la thématique de l’imaginaire et du tombé du jour. L'affiche est traversée par un cerf qui sera l’animal totem de la manifestation pour trois ans.

C'est une plasticienne, illustratrice, fresquiste et également musicienne qui travaille entre Toulouse, le Lot et le Maroc, du nom de Soia qui a été choisie. Elle écrira de nouvelles pages avec l'objectif de raconter une histoire en s'appuyant sur l'univers onirique du conte et sur la nature qui est si belle dans la région. La ligne de points lumineux évoque pour moi les servantes qui éclairent les plateaux de théâtre après le départ du public et la présence d'un petit village sur la droite est symbole de l'itinérance.

Alors que l’itinérance artistique tient ses Êtats généraux, le département de la Mayenne est pour moi un exemple concret de ce que ce concept peut devenir quand on le pratique depuis plus de cinquante ans, avec détermination, enthousiasme et rigueur. Ce département croit en la culture et a beaucoup investi depuis vingt ans dans de multiples structures, en premier lieu Mayenne Culture, agence culturelle départementale, qui fédère pour chaque spectacle les forces vives du territoire : collectivités locales, entreprises, associations, habitants… ou encore par exemple l’Ensemble instrumental de la Mayenne dirigé par Chloé Meyzie et qui investira le Château de la Carrière à La Cropte le 22 juillet.
Rêve d’Orient sera une nouvelle participation de l’orchestre aux Nuits. Le concert prendra la forme d’un voyage musical associant un corpus de compositeurs occidentaux du XIX° qui ont fantasmé l’Orient eet des compositeurs orientaux d’aujourd’hui. Une soliste invitée d’origine iranienne, joueuse de târ, un instrument traditionnel qui est une sorte de luth.

Le lieu choisi est exceptionnel puisque la propriété de La Cropte, appartenant à une australienne qui l’a rénové avec soin depuis dix ans, sera pour la première fois ouverte aux Mayennais. Les gradins seront installés sur l’arrière du château, pour profiter de la terrasse et des jardins.

Si trois lieux sont systématiquement investis (le château de Sainte-Suzanne, Jublains et le musée Robert Tatin), par contre, pour les autres, ce sont les communes qui se portent candidates et non Coralie Cavan, la directrice du festival, qui les sollicite. Elle est en quelque sorte au double service des puissances invitantes et de la culture. Elle doit constamment, lorsqu’elle va au spectacle, imaginer si une représentation en milieu naturel serait envisageable et dans l’affirmative elle le range dans un coin de sa mémoire, véritable théatrothèque dans laquelle elle puisera pour répondre aux sollicitations des collectivités locales et des propriétaires privés.

La musique est presque le fil directeur de l’édition 2024. Tout aura commencé avec No Mad et le chœur éphémère de chanteurs amateurs les 10 et 11 juin pour un Prélude au Théâtre de Mayenne. Ensuite ce sera Fred Radix qui interprétera Le siffleur dans la cour du château de Sainte-Suzanne qui, comme chaque année, ouvrira réellement le festival.
Le musicien nous a confié que ce spectacle est né de son habitude à siffler toute la journée, sur le conseil de ses partenaires de scène. Bien qu’accompagné par un quatuor à cordes il ne sera pas du tout un concert classique. Ne vous laissez pas surprendre par l’ennui des premières minutes. Il sera pulvérisé par l’arrivée de l’humour, ce qui est un défi car il est impossible d’être simultanément drôle et siffler. Et jouez le jeu du blind-test interactif auquel Fred soumet le public pour remettre en cause ses a priori. A noter que les parisiens auront l'opportunité de l'entendre ou de le revoir les mardis à 19 h du 1er octobre 2024 au mardi 20 mai 2025 au Théâtre de la Gaité Montparnasse.

François Morel chantera à Laval le 17 juillet des chansons de son répertoire personnel, associant poésie et humour avec 3 musiciens.

Ce sera ensuite Fantasio mis en scène et scénographié par Emmanuel Besnault qui a commencé son parcours dans.la comédie italienne. Son théâtre parle du romantisme et du mal de la jeunesse à se projeter. Le héros est un jeune désœuvré, désabusé et désargenté. Il croise par hasard le cortège funéraire du bouffon du roi, va prendre sa place et se propulser dans les hautes sphères du pouvoir. J'ai vu la pièce il y a deux ans et je la qualifiais alors de bijou et savoir que les décors et les costumes ont été réalisés avec de tout petits moyens conforte mon avis.

lundi 6 mai 2024

35 ème cérémonie des Molières

(Mise à jour 23 mai 2024)
C'est toujours une émotion particulière de revenir en salle presse aux Folies Bergère pour suivre la cérémonie des Molières. Je préfère largement me trouver là que coincée dans la salle tout en sachant que le spectacle n'y a pas la même saveur.

J'apprécie trop la liberté de mouvement me permettant de descendre dans le photo-call pour féliciter les artistes que je connais et que je me réjouis de voir récompensés. Et puis, pouvoir écrire à chaud mes impressions est tout autant appréciable.

L'agitation commence dès 18 heures avec les premières arrivées. C'est le bon moment pour commencer à poser en équipe devant les photographes. Tous les espoirs sont encore permis. Tout à l'heure seuls les possesseurs de statuette monteront sur le podium décoré de costumes créés par la si merveilleuse Pascale Bordet, hélas disparue cette année et qui méritait cet hommage. J’y reviendrait au moment où la soirée consacre quelques minutes aux artistes qui nous ont quitté en 2023.
D'ailleurs voici les comédiens de Spamalot, d'Eric Idle, mis en scène par Pierre-François Martin-Laval, avec une seule nomination, celle du Molière du Spectacle musical (et qui l’obtiendra).
Et puis ceux de Un tramway nommé désir, parmi lesquels on reconnait Lionel Abelanski et Alisson Paradis (en ensemble violet), tous deux nominés (mais c’est Cristiana Réali, absente, qui sera honorée.
C’est le tour de l’équipe de C'est pas facile d'être heureux quand on va mal, avec Zoe Bruneau (robe métallisée manches courtes)  qui joue en alternance avec Ariane Boumendil, au côté de Rudy Milstein, Nicolas Lumbreras, Erwan Téréné et Baya Rehaz -elle-même en alternance avec Constance Carrelet- accompagné de Salomé Lelouch (pantalon noir, haut blanc). Le spectacle est nominé pour le Molière de la Comédie et celui de l’auteur. Il remportera les deux statuettes.
L'équipe de Denali se rassemble autour de Nicolas Le Bricquir qui, malgré trois nominations, repartira bredouille. Il faut dire que lorsque les nominations ont été annoncées Denali n’était plus à l’affiche et il s’y probable que beaucoup de votants n’ont pas pu voir le spectacle.
Et celle du Repas des Fauves, nommé une fois cette année alors que Julien Sibre avait déjà reçu trois Molières en 2011 pour ce même spectacle, celui du metteur en scène, celui de l’adaptateur et celui (très convoité) du Théâtre privé face à des concurrents très méritants cette année-là. Il est probable qu’il repartira cette nuit forcément très déçus, mais on pourrait penser que c’était une erreur d’avoir validé la nomination en 2024 même si la pièce satisfaisait tous les critères d’exigence.

Un peu comme Mamma Mia, précédemment nominée en 2014.
 
Voici encore Franck Desmedt, plutôt décontracté malgré la pression de sa nomination au Molière du Seul en scène. Il faut dire qu’il a déjà reçu la statuette pour son rôle dans Adieu monsieur Haffmann en 2018. Mais il était reparti les mains vides en 2022 pour son précédent seul en scène. On a du mal à imaginer le niveau émotionnel des artistes qui sont régulièrement nominés et pas nécessairement récompensés, même si la nomination est déjà en soi très positive. Il n’y a aucune règle puisque Cristiana Reali, nommée sept fois sans succès va enfin gagner le graal.
Puis Mélanie Page, qui est nommée pour son rôle dans Une journée particulière, accompagnée de son mari, Nagui. En cette soirée du 6 mai, choisie de manière à ce que le palmarès puisse profiter aux gagnants avant la fin du printemps, le brouhaha est intense dans le hall des Folies Bergère qui résonne des clameurs des photographes, pressés de saisir les équipes des nominés. Malgré deux sonneries et une annonce au micro, le parterre de la salle, sur lequel j’ai une vue directe, par écran interposé, reste encore très clairsemé.
Mais arrivent Rachida Dati, ministre de la Culture, Delphine Ernotte,  présidente de France Télévisons et Jean-Marc Dumontet, Président des Molières. La 35ème cérémonie peut commencer, dédiée à la mémoire de Bernard Pivot, décédé aujourd'hui, présentée par Caroline Vigneaux au théâtre des Folies Bergères, et retransmise sur France 2 en léger différé le soir-même.

Je vais "raconter" la soirée en me permettant quelques commentaires intégrés par la suite. Il me semble intéressant de formuler l’hypothèse que les votants ont accordé plus d’attention à ceux qui n’ont jamais reçu de Molières et que les voix ont été, davantage que les années précédentes, réparties plus largement.

Il y avait 85 nominations pour 19 statuettes (sachant que la 20 ème serait un Molière d’honneur). Mais, alors qu’on aurait pu espérer logiquement que 85 spectacles soient distingués, ils n’étaient que 26 à figurer une seule fois sur les listes qui avaient été annoncées le 3 avril dernier, réjouissant les uns, décevant les autres car de nombreux spectacles remarqués au cours de la saison n’avaient pas franchi ce premier barrage.

En fait, si on se concentre sur le théâtre (en excluant donc le spectacle musical, l'humour, et même les seul en scène car ils ne peuvent pas prétendre à figurer dans plusieurs catégories) on ne compte que 36 spectacles remarqués. Parmi eux 17, soit la moitié ne sont nominés qu'une fois, les autres pour plusieurs (ce qui les plaçait en meilleure posture) 10 le sont pour 2 Molières, 1 seul pour 7.

Si on observe dès maintenant les résultats, seuls 14 spectacles seront lauréats dont 5 recevront deux Molières, ce qui est loin malgré tout des années où un ou deux trustaient la majorité des récompenses. Le résultat est donc plus équilibré et on peut se réjouir de ce qui n’est peut-être qu’un hasard. Remarquons toutefois une logique contre laquelle il faudrait agir. C’est le même spectacle qui remporte le Molière du Théâtre Public et celui de la mise en scène dans un théâtre public. C’est aussi le même qui reçoit le Molière de la Comédie et celui de l’auteur. J’entends par "logique" le fait que lorsqu’on atteint l’excellente c’est rarement dans une seule catégorie.

Néanmoins le nombre de nominations n’est pas un gage de succès. Courgette, favori dans 7 catégories, ne remportera qu’un Molière. Et beaucoup, nominés deux fois, n’en recevront aucun. Mais revenons à la soirée :

Le public installé dans la salle a sans nul doute ressenti quelques frissons avec la mise en place de l’orchestre des Sapeurs Pompiers de Paris, magnifiquement chorégraphiée, interprétant un medley où l’on reconnaît l’indicatif de la célèbre émission Champs-Elysées sur laquelle Caroline Vigneaux fait une entrée plutôt tonitruante qui dénote avec le flegme que l’on reconnaissait à Michel Drucker, mais le ton est donné : Ce soir c'est à mon rythme que la soirée se déroulera.

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