dimanche 16 septembre 2012

Le palmarès du 11ème festival Paysages de cinéastes

La 11ème édition du Festival « Paysages de Cinéastes » s'est tenue du 7 au 16 septembre 2012 et nous a permis encore une fois de découvrir la diversité et la richesse du 7ème art, avec des films inédits, des films récents et de nombreux invités.

Le panorama « Pays Paysages » a exploré cette année, la Chine, par la découverte de fictions, documentaires et films d’animation qui ont enrichi notre connaissance et notre compréhension de ce pays si surprenant qui reste marqué par le sceau du mystère. On se souviendra longtemps de la magie de ma Sœur chinoise et des présentations de films d'Alain Mazars, seul cinéaste occidental à être entré dans l’esprit de la Chine.

Alain Lavalle qui assura la présidence du Grand jury aura quant à lui la nostalgie du thé à la menthe. Il est loin d'être le seul car ces moments conviviaux à la sortie des projections sont très appréciés du public. Il a raison de souligner que le cinéma est fait pour être partager. Il se regarde à plusieurs, et il se discute, sinon autant rester devant son écran personnel avec un (bon) DVD. Le festival lui aura permis aussi de découvrir la cité jardin de la Butte rouge. Lui qui vit dans le 93 s’est avoué suffoqué de n’y voir aucun tag, d'y ressentir du calme. Il a loué la beauté des lieux et l’intelligence des architectes.

Il faudrait l'inviter à revenir pour le spectacle Histoires courtes mais vraies ... ou presque qui met en avant ses habitants au Théâtre la Piscine le vendredi 9 novembre prochain à 20 heures.
L'annonce du palmarès a suivi les traditionnels remerciements, à l'équipe du Rex, au Conseil général, à la ville de Chatenay ... Le Prix de la photo a été décerné au très beau film Despues de Lucia, (Après Lucia) pour ses qualités esthétiques, un travail sur le cadre très signifiant et servant admirablement le scénario et une image en cohérence constante au propos du film. Quand on sait que Lux signifie lumière ... Un film à ne pas manquer dès qu'il va être programmé en salles et sans s'effrayer de l'interdiction aux moins de 12 ans.
Le Prix du jury a départagé Une famille respectable et Villegas qui finalement l’emporta. Au-delà des qualités formelles de ce film le jury a récompensé un jeune réalisateur argentin Gonzalo Tobal, qui, pour son premier long métrage, nous a présenté une fiction très aboutie. Le rapport au paysage y est bien réel. C’est même le sujet principal puisque Villegas est le nom du village où les protagonistes ont grandi, à 500 km de la capitale. On suit le fil intérieur qui nous est déroulé avec finesse par un réalisateur qui sait prendre son temps pour nous entrainer dans la réalité familiale.

Julie Poupé nous a confié s’est installée dans la voiture de la première séquence et avoir confortablement regardé le paysage. Elle a débarqué ensuite dans la famille réunie par un deuil. Puis elle est repartie dans l’autre sens, appréciant un film qui grandissait au fur et à mesure qu’il se déroulait.
Véronique Mallaval, la présidente du jury jeunes, a relaté une discussion animée autour de trois films : Royal Affair, Sous la ville et la Pirogue. C’est Isabelle qui confia pourquoi la Pirogue  a finalement été choisi.

Le film de Moussa Touré situe l'action dans un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous. Certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

Les jeunes ont été sensibles au choc culturel entre les deux frères, l’un occidentalisé, l’autre (le capitaine en quelque sorte) encore très ancré dans la tradition. Ils ont remarqué un autre décalage, cette fois entre les passagers qui appartiennent à différentes ethnies. Ce film traite d’une problématique dont on entend parler tout le temps et il était intéressant de montrer que ce ne sont pas que les jeunes qui veulent quitter le pays. On ressent parfaitement l'importance des marabouts, des grigris, des rituels propres au Sénégal mais la place est aussi laissée à la modernité.

Chacun a ressenti un très beau moment quand les pensées des voyageurs s’entendent à haute voix. Et chacun aussi de s'interroger sur ce qu’il aurait fait face à un autre bateau en détresse alors que l'on n'a pas trop de provisions pour soi ...
Le public rejoint le choix des jeunes puisque c’est Sous la ville d'Agnieszka Holland qui a obtenu le score le plus élevé. Les deux films ne sortiront qu'en octobre dans les salles.
Les programmes courts ont été salués eux aussi tout en regrettant que le public ne vienne pas plus nombreux à ces projections (mais peut-être faudrait-il organiser des séances dédiées à ce style tout au long de l'année ? et puis il est quasi impossible de voir tous les films en sélection même en se tricotant un planning très serré).
Le cinéma se doit de nous surprendre, quitte à nous irriter, et il a rempli sa mission. Abuser de la curiosité est un excellent défaut nous redit Marianne Piquet-Ducourneau en guise de conclusion. Elle confirme qu'elle passe la main pour retourner aux arts plastiques, ses racines, mais qu'elle sera dans la salle parmi les spectateurs l’année prochaine. Que vive la 12 ème édition et beaucoup d’autres ensuite a-t-elle proclamé avant de lancer le dernier film du Festival, le Jour des corneilles de Jean-Christophe Dessaint.

On peut regretter aussi que le cinéma d’animation n'attire pas les foules car s'il y avait 400 réservations pour la soirée de clôture la salle n’était qu’à moitié pleine, une désertion stupide parce que ce film proposé lui aussi en avant-première témoigne de l’engagement de l’équipe, depuis 1972, de défendre un cinéma auquel les jeunes ont droit. N'oublions pas l'entièreté du sigle du CNC qui signifie centre national du Cinéma et de l’image animée.

L’animation autorise un niveau de création maximum. On se souvient de l'excellent Valse avec Bachir, des films de Tim Burton et on entendra beaucoup parler du Magasin des Suicides de Patrice Lecomte.
J’ai été sensible au Jour des corneilles, à ce film étonnant, à sa poésie. Il ne faut pas oublier qu’un très bon film pour les jeunes est un bon film pour les adultes, à l'instar d'un livre. Je le souligne très régulièrement dans le domaine de la littérature jeunesse.

Le gibier est celui qui se fait croquer, compris ? C’est la première phrase du film qui commence avec des craquements et des cris d’oiseaux sur un ciel de tempête.

Le fils Courge vit au cœur de la forêt, élevé par son père, un colosse tyrannique qui y règne en maître et lui interdit d'en sortir. Ignorant tout de la société des hommes, le garçon grandit en sauvage, avec pour seuls compagnons les fantômes placides qui hantent la forêt. Jusqu’au jour où il sera obligé de se rendre au village le plus proche et fera la rencontre de la jeune Manon…

L’enfant cherchera à retrouver l'amour de jeunesse de son père, pour qu'il l'ait de nouveau à l’intérieur de lui et que tout redevienne comme avant. A cette découverte  mon jeune voisin murmure oh c’est trop beau. Mais à la toute fin du film il dira oh c’est trop triste.

Les voix de Jean Reno, de Loran Deutch, d'Isabelle carré et de Claude Chabrol concourent à la qualité de ce film à voir en famille pour parler ensuite du bien et du mal, de la paix et aborder ce qu'est le travail du deuil. 

Aucun commentaire:

Messages les plus consultés