dimanche 9 septembre 2012

Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer


Le titre pourrait s'entendre comme un message codé qui aurait aussi bien pu être Chercher Hortense, comme une problématique difficile à résoudre plutôt que comme une injonction. Les érudits penseront à un poème d'Arthur Rimbaud se terminant par ces mots là. C'est aussi et surtout la mission que Damien, alias Jean-Pierre Bacri, se promet de réussir.

Il lui faudra débusquer ce Henri Hortense, homme de pouvoir, probable éminence grise du ministre de l'intérieur, seul capable, après son père, d'obtenir un titre de séjour pour une certaine Zorica, une amie de la sœur de sa femme qu’il ne connait même pas. 

A priori la programmation de ce film est en marge du Festival Paysages de cinéastes qui se déroule au Rex de Chatenay-Malabry (92) avec comme pays choisi cette année la Chine. Et pourtant il y a tout à fait sa place. Le personnage principal, Damien, est un sinologue averti qui donne des conférences sur la façon d’approcher le marché chinois. Et puis Pascal Bonitzer a une manière très élégante de filmer Paris … nous faisant redécouvrir certains endroits de la capitale sous un angle nouveau.

La silhouette de la statue d’Athéna de la Porte Dorée, l’automne flamboyant des jardins du Palais-Royal, le décor années 70 du siège du Parti Communiste, les murs lambrissés de la salle de spectacle du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers … c’est un plaisir de reconnaitre des lieux que l’on connait.

Coté décors, la surprise vient des scènes tournées au Conseil d’Etat qui ouvrait ses portes pour la première fois au 7ème art alors que l’immeuble de la place du Colonel Fabien, œuvre de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, en est coutumière depuis que Prada l’a investi pour un défilé.

Ce choix est légitime, la Chine ayant été si longtemps communiste, il n’est pas étonnant qu’un professeur y donne des cours. 

Bref, ce film arrive à point nommé en début de festival alors qu’on a été privé de Shangai-Belleville annoncé en avant-première pour la soirée d’ouverture, puis de Courage, de Greg Zglinsky, cet après-midi pour je ne sais quelle raison.

Cherchez Hortense nous console de ces frustrations et nous « repose » en quelque sorte de la violence des films de la compétition ou des documentaires sans concession sur les dures conditions de vie en Chine. Jean-Pierre Bacri ne fait pas du Bacri, entendez par là qu’il ne surjoue pas un personnage de rabat-joie. Il serait même plutôt le contraire, devenant téméraire à la fin.

Les dialogues expriment avec des mots simples de complexes questions : Comment vous faites quand vous devez faire quelque chose et que vous n’y arrivez pas interroge Damien ?

Claude Rich interprète son père, président du Conseil d’Etat, véritable tigre aux affaires qui s’amuse de la difficulté de communication de son fils à son égard, qui le dit avec ironie : j’ai des rapports simples avec personne, et surtout pas avec mon père. On pourrait en rire s’il n’y avait pas en jeu l’expulsion de la jeune serbe. Gaffes et rebondissements s’enchainent. Ce n’est pas toujours réaliste mais c’est extrêmement romantique et cela fait du bien.

Seul bémol à mon avis avec le personnage de Noé, le fils, qui, à l’inverse de son père n’éprouve aucun frein à dire ce qu’il pense à ses parents, souvent à la limite de l’acceptable, sauf si on l’entend au second degré. Sans doute une forme de crise d’adolescence car il est par contre attendrissant dès qu’il réclame qu’on vienne l’éteindre (lui souhaiter bonne nuit) et on ne peut pas non plus lui donner tort quand il qualifie le tabac de sa mère de « cigarettes de merde ».

L’empire du milieu est subtilement présent directement, lorsqu’on invoque que le ciel est pour les asiatiques quelque chose de différent que pour nous ou encore quand on entend le nom d’un dessert, aube pâle sur le Mont Fuji pour une glace au thé vert qui nous fait saliver. 

Complètement métamorphosée en brune, Kristin Scott Thomas est l’épouse indécise qui se croit amoureuse d’un acteur … 

Les chinois disent des français qu’ils ont trop de bonne volonté et pas assez de patience. Damien fera-il mentir cet adage ? Quelques jolies et légères métaphores émaillent le scénario. A la toute fin le train sort du tunnel, le jour se lève et un vieux chinois en veste bleue fume une cigarette … comme dans le rêve que Damien vient de nous raconter.

Cherchez Hortense et vous trouverez.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

très belle fin

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