dimanche 13 octobre 2019

Sauveur et Fils Saison 5, de Marie-Aude Murail

Le club des amateurs de Sauveur et Fils sera heureux d'apprendre la sortie de la Saison 5 dans lequel Marie-Aude Murail est toujours très engagée à défendre l’égalité homme/femme mais aussi la vie si difficile des agriculteurs.

Le plus terrible c’est le suicide dans le monde agricole même si je connais cette triste réalité. Par contre j'ai découvert, horrifiée, la mort des vaches (p. 215) en raison de la négligence de ceux qui jettent des canettes sur les talus : La faucheuse les déchiquette en petits morceaux, et après, ça se retrouve dans nos champs et puis dans le fourrage pour nos bêtes. Ces petits bouts de métal coupants, ça leur troue la panse, ça leur déchire les intestins, ça peut même atteindre la membrane du cœur. C’est la troisième vache qu’on perd cette année, et celle-là allait vêler. On n’a pas besoin de ça, en plus du reste. Le reste, c’était deux suicides d’agriculteurs dans la région en un mois.

Elle continue aussi de dénoncer ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour nuire à autrui et elle a raison de souligner qu'on ne peut tout de même pas injurier impunément. On peut obliger les opérateurs à lever l’anonymat, et les peines encourues laissent rêveur. Jusqu’à 45 000 € d’amende, et même une peine de prison, si les insultes sont à caractère homophobe ou raciste (p. 264).

Elle réitère les conséquences de l’usage du portable sur un enfant très jeune. Je ne suis pas surprise des troubles autistiques chez des enfants surexposés comme ce petit Maxime (p. 247). Les troubles sont réversibles si on agit à temps. Plus tard (p. 242) on assistera presque en direct à un accident mortel causé par la consultation d'un message téléphonique en conduisant. Néanmoins le psychologue semble un peu perdu dans toutes les pathologies. On a la confirmation dans cette saison de son caractère superstitieux. A ma grande stupéfaction, il ira même jusqu’à faire un quimbois (p.197).

L'humour demeure néanmoins et on découvrira que la clientèle du psychologue semble évoluer, suite à des recommandations d'un employé de Jardiland qui le conseille en tant que comportementaliste animalier.

On apprend qu’un chat repère instinctivement la détresse humaine via les phéromones que nous émettons et nous réconforte grâce aux vibrations réparatrices de son ronronnement. L'animal joue donc un rôle de "soutien émotionnel" ... comme dans L'ami, le dernier roman de la New-Yorkaise Sigrid Nunez, devenue un véritable phénomène littéraire outre-Atlantique.

L'alimentation devient un thème important. Le jeune Lazare penche de plus en plus vers une alimentation excluant la viande. Et Marie-Aude aborde un thème jusqu’à maintenant très peu traité en littérature, celui de l’addiction au sucre. Elle propose même aux lecteurs de répondre à trois questions pour vérifier le niveau éventuel de leur trouble (p.171) sur le niveau de consommation, leur difficulté à se limiter, et surtout le besoin d'en consommer en dehors des repas.

Elle précise qu’il est très difficile de se débarrasser d’une mauvaise habitude, pas parce qu’elle est mauvaise, mais parce qu’elle est habituelle (...) mais très judicieusement elle nous donne un "truc" en suggérant de remplacer une habitude que par une autre (de préférence moins nocive).

On le sait, elle s’inquiète aussi des troubles de genre. Elle aborde donc le dysphorique de genre inquiétant d’une réassignation sexuelle. Marie-Aude a mis d’elle même dans ce roman (à travers les problèmes de grossesse), et s’identifie sans doute à Sauveur lorsqu’il explique ce qu’est la sublimation à Eliott : on renonce à changer de sexe et on devient écrivain (p. 187).

Dans ce cinquième opus chaque enfant de la famille recomposée tente de prendre sa place. Leur histoire se tisse en filigrane des faits de société chers à l'auteure qui continue à les creuser.

Marie-Aude Murail nous offre un roman très social, complètement en phase avec les inquiétudes qui concernent de plus en plus de lecteurs. Faut-il y voir une conséquence de la crise ... mais il est souvent question de budget et du coût des séances.

Etant une lectrice attentive j'ai relevé une erreur (sans nul doute un clin d'oeil de Marie-Aude) : il n'y a pas de salon de thé qui s'appelle Le Loir dans la théière à Orléans. C'est plutôt au Piano dans la théière que Louise va donc retrouver ses copines. Mais quand elle viendra rue des Rosiers à Paris elle pourra y déguster une de leurs fameuses tartes au citron meringuées.

Un loir ... un hamster ... on reste dans la même famille. Et si vous voulez lire les autres billets consacrés à Sauveur et Fils, c'est ici.

Sauveur et Fils Saison 5, de Marie-Aude Murail, Ecole des loisirs, septembre 2019

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