dimanche 29 juillet 2012

Fu De Cha, première maison de thé chinoise à Paris

Si vous voulez prononcer l'enseigne comme un chinois, c'est facile. Il faudra dire "Fou de Thé". La boutique, installée quai de l'Horloge (à une encablure de Paris Plage), a ouvert le 30 mars dernier et commence à bénéficier d'une belle notoriété dans les milieux avisés. 

C'est que elle est la première à s'ouvrir à Paris, et même en Europe. Non pas qu'on ne puisse trouver du thé chinois dans la capitale ... mais une maison de thé, non.
Le souhait des propriétaires était de témoigner combien la Chine contemporaine pouvait être créative. L'endroit combine tellement si bien l'élégance et la fonctionnalité dans le respect de la tradition qu'on oublie complètement la connotation bas de gamme du made in China.
Chaque détail a été pensé. Depuis les murs d'un blanc patiné par une dizaine d'applications jusqu'aux chaises en noyer massif, en passant par un panneau aux motifs tissés dans le lin et le crin de cheval. Tout a été fait sur mesure, y compris les tables, plus longues que larges, pour permettre aux dégustateurs de n'avoir à tendre que la main et pas le bras. La salle est aérée. On est dans un salon de thé, pas dans un bistrot.
A écouter Grégory raconter la genèse du projet on devine l'importance du détail pour les chinois. Dans ce pays les maisons de thé débouchent sur des jardins. Ici l'orchidée et le bois viennent pallier l'absence de végétation. La présence minérale est très forte comme en témoigne cette pierre taillée en forme de fleur de lotus. Et puis la proximité avec la Seine apporte une autre connotation naturelle.
On est en communion avec les quatre éléments. Il devient facile de songer au brouillard dans une forêt de bambous. L'endroit est à la fois clairement inscrit dans l'univers du luxe et néanmoins accessible. On se sent extrêmement à l'aise, dans un état d'esprit propice à la découverte.

Fu signifie à la fois "bonheur" et "vertu du thé". La calligraphie, la sculpture, la poésie, le bouddhisme et la religion taoïste ... tout est né du thé. Cette boisson est toujours présente de manière très naturelle car le thé repose, calme, tout en éveillant l'attention. C'est un support de méditation. En Chine, le thé est la boisson nationale d'autant qu'il y a beaucoup d'endroits privés d'eau potable. Il faut donc la faire bouillir. Et alors rien de plus naturel que de la verser sur des feuilles de thé. Bien sur en France l'eau sera choisie avec soin. On privilégiera une eau de source neutre.
Le thé qui est proposé ici provient de la Grande Chine. Il est choisi parmi les meilleurs. C'est un Tie Kuan Yin qui est conditionné en double sachet sous vide. Les feuilles (on dit les branches) sont récoltées en respectant des règles d'hygiène très strictes. Les ouvriers portent des gants pour les détacher. Rien de comparable avec les marques qui commercialisent des thés préparés dans la rue et sans protection contre les poussières. Ceci explique qu'on ait des feuilles de grande taille, et je comprends l'intérêt de les montrer au client entre chaque infusion.
J'ai décrit le rituel de la cérémonie du thé tel que je l'avais vu réalisé au café Branly par les spécialistes de la Maison des trois thés. On retrouve chez Fu de Cha une méthode comparable mais avec davantage de place laissée aux sensations. 
Le Gong Fu Cha est un véritable art du thé et il peut s'écouler plus d'une heure sans qu'on ait la conscience du temps qui passe, preuve que le temps est un luxe. Une fois le sachet ouvert on transvase le thé dans une coupelle de manière à humer son arôme avant de le réveiller.
Après chaque infusion, le thé est versé dans les tasses et on respire encore le parfum que le verre chaud exhale. Le thé est savouré lentement. On grignote des petites choses salées ou sucrées pour aider à apprécier les goûts. Cette pratique est habituelle en Chine à la différence de l'Angleterre où on consommera des pâtisseries.

Ce n'est pas le thé qui est sacré mais ce qui est mis en place autour. Le Gong Fu Cha se poursuit, enchainant les infusions de 30 secondes. On constate combien les feuilles s'ouvrent à la troisième infusion, libérant des effluves plus florales. On ne s'arrêtera qu'après la huitième.

Le vocabulaire est marin : le pot de réserve qui sert à homogénéiser la liqueur est désigné sous le nom de "pont". La table à thé qui permet de faire déborder la théière est un "bateau" ou encore parfois appelée "la mer".

Le goût diffère légèrement après avoir croqué un kumquat ou un kiwi confit, une amande au citron ou au piment d'Espelette. L'expérience est à programmer dans la grande salle ou dans un petit salon privé et en toute tranquillité pour assurer un dépaysement total.

Des chinois commencent à se donner rendez-vous ici. Plusieurs célébrités y sont venues le temps d'une interview. Des touristes du monde entier y font halte. Et le bouche à oreille atteint les parisiens.
Outre la dégustation on peut acheter du thé, uniquement en sachets, théière, pot et tasses (le même mot signifie "verre" en chinois). 
Aussi bien des formes pures et classiques que très contemporaines comme celles-ci évoquant un pingouin ou le cheval symbole du fournisseur élu par les maitres des lieux.
Bientôt la même qualité de thé sera aussi proposés dans des sachets de tulle pyramidaux, conçus pour laisser aux feuilles assez de place pour se dérouler.
La maison a le sens du détail mais aussi celui de l'hospitalité et du service. Elle est ouverte tous les jours, dimanche inclus, de 11 à 19 heures. Elle mérite grandement le détour.

Fu de Cha, 29 quai de l'Horloge, 75001 Paris, 09 51 68 18 88

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