samedi 21 juillet 2012

La chasse à la mite


Les Inconnus avaient fait un carton avec leur chasse à la galinette, cendrée je crois. Pourrais-je les imiter avec ma spécialité, aussi peu glamour ?

La bête à traquer est minuscule. C'est la mite. Une plaie partagée cette année par nombre de lecteurs, d'où mon billet.

J'aurais pu me contenter d'un tweet ou d'une photo sur facebook. Mais j'élargis l'audience avec le web, en espérant recevoir en commentaire un truc ou une astuce infaillible pour débarrasser mes placards de cet hôte prolifique.

Mes méthodes sont écologiques et archaïques. Leur efficacité est à la hauteur des moyens investis et des efforts fournis. Voici, résumées les techniques en question :
  1. Nettoyage de fond en comble de la cuisine pour débusquer les bêtes endormies que hop on exécute d'un coup de torchon ou même du plat de la main. L'animal est peu sensible aux courants d'air, à l'inverse de la mouche, difficile à estourbir sans tapette.
  2. On en profite pour ouvrir tous les contenants, même hermétiquement bouchés où il n'est pas rare de trouver des vers grouillant, se régalant ... Inutile de s'interroger sur leur capacité à se faufiler. C'est vous qui les avez installés dans ce garde-manger providentiel. Les oeufs ont été pondus à l'intérieur des sachets en entrepôts et vous les avez payés avec les aliments. On ne dit pas merci. Surtout quand il s'agit de chocolat haut de gamme.
  3. On jette donc sans remords tout ce qui est suspect, ce qui libère de l'espace pour que l'oeil surveille plus facilement les migrations saisonnières entre les étagères.
  4. On s'octroie une pause, méritée, avec la bonne conscience d'être venu à bout du problème. Que nenni.
  5. Le soir-même on remarque le vol hésitant et pourtant déterminé d'une demoiselle, puis d'une autre ...
Une véritable course poursuite s'engage, le but étant d'éradiquer l'ennemi avant qu'il ne se reproduise. Vous vous êtes documentés sur Internet. Une femelle pond 200 à 300 oeufs. Il n'y a donc pas un instant à perdre.

Les jours se suivent et se ressemblent. Une vingtaine de cadavres jonchent le sol de la cuisine. Les murs sont zébrés de longues traces noires et disgracieuses, témoins de combats au torchon. On passe l'éponge.

La lutte est constante d'heure en heure pour reconquérir le territoire. Quand vous en serez à écraser de toutes petites bêtes, comparativement aux grosses mémères que vous éliminiez au début de votre chasse vous pourrez vous dire que le processus est en bonne voie ... Hélas un instant plus tard vous allez aplatir une monstrueuse qui a du pondre un nombre de rejetons auquel vous n'osez pas penser.

Estimez vous heureux(ses). L'invasion est cantonnée à la cuisine. Pas folles, et fainéantes, les mites restent à proximité du ravitaillement. Vous ne prenez donc pas la peine de fermer les portes. Sauf que ce matin, en prenant votre douche, une tache noire au plafond de la salle de bains a attiré votre oeil averti. Vous voilà grimpée sur le tabouret et hop, une de moins.
De moins ... c'est vite dit. Une perquisition complète du logement s'impose. L'escabeau est désormais en permanence à portée de pieds. Vous partez en maraude toutes les deux heures, avec la certitude d'en aplatir au moins 2, parfois 10.  Le chiffon double-effet à la main (un coté sec pour tuer, un coté humide pour effacer la trace du crime), la trouille au ventre de louper une marche ou d'être victime d'un étourdissement, perchée les bras en l'air. Il fait si chaud en haut, le temps est à l'orage. 

Vous songez à décommander vos vacances en faisant jouer l'assurance annulation pour cause de catastrophe naturelle. La perspective de ne plus maitriser l'envahissement incontrôlable de la rentrée est cauchemardesque. Adieu embouteillages, carambolages, coups de soleil, insolations, turistas et dépaysements en tous genres.

Vous vous consolerez en devenant experte dans une nouvelle discipline olympique en vous étonnant que la mite soit insensible au laurier dont les feuilles embaument vos placards. Vous avez pourtant lu que cette odeur la fait fuir. Mais vous hébergez peut-être une mite mutante, thailandaise par exemple car le paquet de riz rouge qui promettait un dîner exotique s'est révélé être un gisement prolifique.
Vous devenez paranoïaque des épiceries, épuisez vos stocks et poursuivez à vous documenter sur les us et coutumes de cet hôte indésiré. Ce que vous lirez sur Internet est édifiant et je ne vais pas le recopier ici. Allez vous y promener sans moi. Je vous donnerai juste LE conseil qui me semble le seul qui vale. Faites transiter vos provisions de farines, céréales, thés et cacao douteux quelques jours dans le congélateur. Les oeufs ne résistent pas au froid extrême.

Consolez-vous en reconnaissant que les mites sont des compagnes somme tout sociales. Elles ne vrombissent pas comme les moustiques qui ruinent votre sommeil. Elles ne piquent pas vos bras en provoquant des inflammations. Elles se laissent tuer sans empester comme le font les punaises. Je vous prédis que le premier soir où aucune n'aura pointé le bout d'une aile vous allez vous sentir bien seul(e).

Pour en savoir plus sur la pyrale de la farine et bien davantage sur la lutte contre les mites.

1 commentaire:

Marie a dit…

Tu m'as bien faite rire !!! Lors de ton prochain passage à Nancy je pourrai te pourvoir en plaques collantes (tu sais, ce qu'on utilisait pour les mouches et qu'on accrochait à la lampe de la cuisine)que je trouve chez Métro, spécialement faite pour les professionnels ayant des problèmes avec les mites alimentaires. Mais si tu préfères que je t'en envoie par la poste... dis-le moi ;-)

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