vendredi 13 juillet 2012

Une vie sans gluten


Je fanfaronnais hier, soulagée d'avoir enfin réussi à sortir de ma cuisine un cake digne d'être présenté. Je lisais avant-hier le livre des copines qui s'achevait sur une sympathique leçon de savoir-vivre. Et voilà que je rencontre sur ces entrefaites Delphine, pas encore une copine, mais en bonne voie de le devenir, qui me semble gourmande et à qui j'adorerais faire plaisir sauf que ... j'apprends qu'elle est gravement intolérante au gluten. Je vais devoir remettre mon tablier pour réfléchir à la manière de faire un cake sans cet ingrédient. Et surtout surtout me documenter sur la question.

Je savais grosso modo que le gluten est synonyme de farine. J'ai appris que cela concernait la farine de céréales (blé, orge, seigle, avoine, épeautre) et que s'en passer n'est pas impossible mais un peu délicat dès lors qu'on souhaite faire un plat où il faut du liant. Qui dit gluten dit glu. Il est indispensable à l'élasticité de la pâte à pain, ce qui lui permet de lever. Il améliore l'onctuosité des aliments pour pas cher et vous comprendrez que les fabricants en mettent partout, y compris dans les médicaments.

Vous me direz qu'il reste le riz, le maïs, le quinoa, la châtaigne ... et même le sarrasin (qui n'est pas une céréale, mais donc non panifiable) et qu'il y a aussi toute la gamme des fruits et des légumes pour se nourrir.

Certes. A partir du moment où on connait son allergie (médicalement le terme n'est pas rigoureusement exact mais il est plus parlant que l'expression maladie coeliaque) ou degré d'intolérance la situation peut être "contrôlée". Mais avant ? Et c'est là que l'ouvrage écrit par Delphine de Turckheim est passionnant parce qu'on y apprend qu'une personne sur cent est dans la cible, que deux personnes sur trois sont des femmes. Peut-être vous, peut-être moi et nous l'ignorons, ce qui ne signifie pas que nous soyons en bonne santé.

On peut vivre pendant longtemps sans symptômes ou dans l'ignorance de leur déclaration futures. On ne sait pas pourquoi la maladie se développe et elle peut arriver à n'importe quel âge. Pour Delphine, ce fut à dis-sept mois, peu après que son alimentation soit diversifiée, avec l'introduction de farines. Un mois d'hospitalisation pour déshydratation avec un verdict de malnutrition.

Le corps médical a d'abord pensé qu'elle était capricieuse. Comme si à cet âge on pouvait vomir juste pour embêter ses parents ! Des bien pensants ont même estimé que sa mère était la cause de ses maux ... réaction misogyne assez classique, et tout autant déplorable. Soit dit en passant on n'imagine jamais que cela puisse être le père ... même si c'est lui qui prépare les repas.

Alors qu'on n'insistera jamais assez sur les mérites de l'allaitement ... qui procure au "nourrisson" (quel joli et juste terme) une alimentation équilibré, adaptée à son âge, et qui le prémunit des allergies. Et puis un médecin plus futé que les autres, le bon docteur jacob auquel le livre est dédié, ayant aussi voyagé dans des pays où on avait découvert cette intolérance, a l'idée d'investiguer du coté de son intestin et de prescrire une biopsie. Verdict : une paroi rongée qu'il était urgentissime de cesser d'irriter.

Dans les cas graves comme celui-là on en meurt. Tout "simplement". Tout va bien désormais pour l'auteur qui sait parfaitement comment débusquer le traitre, et qui fait tout pour éviter la confrontation. Pas égoïste pour deux sous, elle milite à l'AFDIAG, une association qui existe tout de même depuis 23 ans.

Son témoignage est important. Sur le plan de l'information. Et sur celui de la leçon de vie. Elle offre un message d'espoir à tous ceux qui comme elle doivent subir (ou subiront) un régime draconien. Elle écrit avec humour. Parfois le lecteur peine mentalement à suivre cette jeune femme énergique et sportive, dont on achèterait la santé quand on connait seulement son parcours professionnel. Depuis Intervilles sur France 2, en passant par les Randonneurs d'aventure pour la chaîne Equidia, cette baroudeuse affiche une détermination formidable.

Les frustrations alimentaires auraient pu l'aigrir. Elles n'ont pas entamé son appétit de vivre et lui ont même inculqué une sagesse qui fait défaut à beaucoup d'entre nous. Quand on sait que l'odeur est meilleure que le goût (leçon à retenir page 78 : après avoir senti une odeur exquise, une fois en bouche, le goût est complètement différent) on supporte mieux les interdits.

Quoique ... celui ou celle qui lui offrira des pains au chocolat et/ou des churros consommables, entendez sans gluten, odorants et bons, gagnera sa reconnaissance éternelle ... Que le meilleur gagne !

Une vie sans gluten, de Delphine de Turckheim, Tchou éditions, 137 pages, 15,50 €

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