lundi 15 juin 2020

Et si les plantes étaient équivalentes à des NAC ?

Vous avez probablement entendu parler des NAC.

L'expression a été créée en 1984 par un vétérinaire lyonnais face au nombre croissant de soins médicaux et chirurgicaux que la profession vétérinaire devait apporter à ces Nouveaux Animaux de Compagnie.

Le terme désigne des espèces autres que le chien et le chat, tous détenus par l'homme comme animaux d'agrément. J'en donne une liste indicative à la fin de ce billet pour ceux qui ne connaitraient pas mais surtout pas pour encourager quiconque à en adopter.

Je suis loin de trouver cela très intelligent. Ces animaux ne devraient pas être sortis de leur biotope naturel. Les risques de maladie, pour eux, comme pour les humains, sont accrus. En ce qui concerne les oiseaux, l'une des zoonoses les plus redoutées a été la grippe aviaire en 2008 et je ne reviendrai pas sur la pandémie de Covid, même s'il ne s'agissait pas à proprement parler d'un NAC.

Les NAC peuvent parfois être lâchés ou s'évader dans la nature, et former des populations vivant partiellement ou totalement à l'état sauvage, c'est ce que l'on appelle le marronnage. S'ils appartiennent à des espèces susceptibles de devenir invasives ils peuvent dans ce cas nuire à la faune locale.

C'est le cas de la tortue de Floride, importée massivement en Europe par les animaleries à la fin du xxe siècle, et qui a été relâchée en grand nombre dans la nature, par des propriétaires incapables de s'occuper de leur petite tortue devenue grande. Elle a réussi à s'acclimater et elle prend peu à peu la place de la tortue indigène, la Cistude.

J'ai eu envie de faire un parallèle entre animaux et plantes parce que, pendant le confinement, et probablement du fait de la restriction des contacts sociaux, et sans doute parce que précisément je n'ai ni chien, ni chat, ni NAC, j'ai constaté que je développais une forme d'attachement à des plantes comme je ne l'avais jamais fait auparavant.

A les regarder plusieurs fois par jour, on remarque des changements infinitésimaux et j'avoue que leur présence m'est devenue indispensable.

Ne souhaitant pas transformer mon appartement en jardinerie (j'en connais qui l'ont presque fait ...) je me suis tournée vers des plantes à développement lent et nécessitant paradoxalement peu d'attention, ... au cas où je pourrais de nouveau ressortir. Il serait impensable de ne pas être responsable de leur bien-être une fois l'épidémie terminée.
Je me suis ainsi passionnée pour les succulentes,  sans avoir l'intention de les collectionner. Certaines sont une allure vraiment inhabituelle d'où ce terme de NAC que je leur ai attribué. NAC aussi comme Nouvelles Ames de Compagnie.

On les appelle succulente, non pas parce qu'elles sont bonnes à déguster mais parce qu'elles sont "pleines de suc". Elles sont capables de stocker l’eau, dans leurs feuilles charnues, et de la transformer en un suc mucilagineux qui leur permet de subsister dans des conditions d’aridité extrêmes. Leur besoin en eau est donc limité, ce qui est idéal en cas d'absence. Beaucoup d’entre elles sont couvertes d’un duvet ou d’une formation cireuse freinant l’évaporation.

Elles ne constituent pas une famille botanique spécifique et appartiennent à des familles très différentes les unes des autres, incluant par exemple les agavacées, les crassulacées, les cactacées, mais aussi les cucurbitacées ou les campanulacées. On en compte au moins trois cents espèces, et pour la plupart au nom imprononçable, comme les haworthias.

Les plus habituelles sont le Sanseveria (que je ne trouve pas très élégant) et le kalanchoé. Il y a aussi les aloés, les euphorbes, les echeverias, les crassulas, les joubarbes et les sedums ... le pluriel est de circonstance car chacun se décline de diverses manières.

J'ignore le nom des miennes. Elles proviennent des balcons d'amis qui me les ont données, comme on le ferait d'une portée de chatons.

Moi qui ai prétendu n'avoir pas la main verte, je me surprend à les voir prospérer significativement comme en témoignent les photos prises à une semaine d'intervalle. Je gratouille la terre par l'aérer. Je leur donne quelques gouttes d'eau à la pipette, pas davantage. J'ai pilonné de la coquille d'oeuf pour leur servir d'engrais. Je les déplace plusieurs fois par jour pour qu'elles bénéficient du maximum d'ensoleillement (leur regroupement sur un plateau est pratique). Je note le développement de leur duvet. Je scrute l'apparition d'une nouvelle pousse. Je mesure leur croissance.

Je ne suis pas folle, pas encore. Je ne leur parle pas mais je m'inquiète de leur bien-être plusieurs fois par jour. Bref, je m'y suis attachée bien plus que je ne le pensais.

Et puis elles m'évoquent le Mexique où vit ma fille, sans possibilité de retour pour le moment. mes NAC sont fantastiques. Voilà pourquoi j'ai placé parmi elles un alebrije qui a été sculpté dans le copal dans la région de Oaxaca, dans le village où ces authentiques statuettes de bois ont vu le jour en 1936.

La légende raconte qu'un certain Pedro Linares Lopez, au bord de la mort, a rêvé d’un bois dans lequel il vit ces créatures qui l’ont accompagné dans son retour à la conscience. Certains de ces monstres criaient "Alebrijes, Alebrijes" et c’est ainsi qu’il a décidé de nommer ses créations, représentant des animaux sauvages et domestiques, et des créatures fantastiques, généralement constitués d’éléments hybrides et imaginaires.
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Sont par exemple considérés comme NAC le furet, le lapin, des oiseaux (de cage, de volière et de basse-cour), des petits rongeurs, des poissons d'aquarium et de bassin, des "reptiles" (lézards, serpents et tortues), des amphibiens, des arthropodes (insectes, crustacés, araignées…), des grands mammifères domestiques souvent considérés à l'origine comme des animaux de rente (équins, porc, lama, chèvre…) voire des animaux sauvages pas forcément adaptés à la vie domestique, tels que des crocodiliens, des fennecs, des serpents constricteurs géants, des rapaces, des grands félins ou des singes.

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