dimanche 14 avril 2013

Fête des plantes vivaces à Saint-Jean-de-Beauregard


Météo épouvantable hier. Je ne suis pas un escargot. J'attends le soleil pour aller à la campagne. Et le voici, tel qu'annoncé par tous les bulletins. Je me doute que je ne serai pas la seule cette après-midi à aller en Essonne, à 3à minutes au Sud de Paris, visiter Saint-Jean-de-Beauregard mais il fait trop beau, trop chaud pour renoncer. C'est la fête des vivaces depuis trois jours. Il est grand temps d'y faire un saut.

Le parking d'une (très) grande surface a été en quelque sorte réquisitionné parce que les champs habituellement investis par les voitures sont hors d'usage. Les ornières les ont rendus impraticables. Un petit train fait la navette entre la route nationale et le château en traversant tout le village et c'est heureux parce qu'il y a une bonne trotte.

Tout le monde ne trouve pas le voyage à son goût : je suis  déjà montée en avion, mais ça jamais. faire du tracteur à mon âge, quelle idée ! se plaint ma voisine de wagonnet.

Les habitués sont un peu déstabilisés. Certains tentent de s'amarrer aux marchepieds.

Les nouveaux cherchent les bons plans : - alors ils vendent à prix coutant ?
- Mauvaise info !
Ah bon, fait-on dépité ... Et les câbles ils sont solides ?
- T'as-vu, y en a autant à pieds !
- A Courson, je m'étais juré c'est fini. Encore heureux que j'ai pensé aux bottes. J'espère qu'il y aura plusieurs caisses.

En attendant nous visitons le village, ses vielles pierres, son lavoir, sa mairie, son école.

Nous voilà débarqués presque devant l'église qui a donné son nom actuel à la localité qui s'appelait auparavant Montfaucon, un nom peu élégant. La vue qui s'étend loin justifia le terme de Beauregard et l'église Saint Jean lui fut associé.

De fait la foule est dense. Si l'allée principale est bitumée, par contre les stands sont posés sur une terre franchement glissante, malgré la paille, les plastiques ou les tapis. les prix ne sont pas mis en avant. Il faut tirer le cou et oser faire quelques pas en bravant la gadoue. Quelle bonne idée de m'avoir conseillé de me chausser en conséquence. (merci Isa-Marie)
La nature est généreuse. La verdure offre une vue apaisante. On en oublie les frimas qu'on vient de subir.
Le thème des "plantes vivaces" est à entendre au sens large. N'ayant plus de jardin je dois me restreindre à quelques aromatiques capables de prospérer en jardinière. Je suis d'ailleurs surprise et heureuse d'avoir constaté que le persil avait résisté à l'hiver, que la coriandre, pourtant annuelle, s'était resemée et que la ciboulette avait commencé à dresser ses tiges vers le ciel.

La menthe promet d'être belle comme je m'y attendais. Par contre la sauge est morte (je la croyais plus solide) et je cherche à la remplacer.
C'est la première fois que je viens ici mais je suis étonnée de voir tant de producteurs d'hellébores et de lavandes. Les visiteurs ont un choix maximal pour ces deux plantes. J'adore les roses de Noël et je me serais volontiers laisser tenter si je pensais qu'elles pouvaient s'acclimater en appartement.
Il y a bien entendu beaucoup d'autres plantes, des arums, des rosiers, et une large variété de plantes étonnantes comme ce melon-poire chez Hortiflor. Ce légume de plein soleil est comestible.
On peut aussi trouver du mobilier de jardin, des girouettes et autres décorations ... jusqu'à du faux gazon. Tout y est. Même des objets du musée de la toile de Jouy (Jouy-en-Josas) où les indiennes sont actuellement à l'honneur.
C'est aussi l'occasion de visiter le potager qui, malheureusement affiche un retard de végétation de trois semaines. Il est donc plus brun que vert et les myosotis y sont encore discrets.
Il a été recréé il y a trente ans, à l'abri des murs d'origine. Nous apprenons qu'un mur protège les cultures des vents sur une longueur égale à 10 fois sa hauteur.

Un pigeonnier y est accolé depuis 1610. La colombien était fort appréciée comme engrais. Il s'agit de la fiente des pigeons et la taille du pigeonnier était à la mesure de la richesse du domaine.

On mesurait la taille d'une propriété en arpents. Un arpent était la surface que l'on pouvait labourer en une journée avec un cheval. On devine qu'il varie donc selon les régions. Ici, en Hurepoix il a été normalisé à 34,6 ares.
Le potager fait 2 hectares. Au moment où les propriétaires actuels en ont hérité il était en friche. Ne subsistaient que les espaliers. On s'est inspiré des plans anciens et du Potager du roi de Versailles qui lui aussi était un potager à la française (c'est-à-dire régulier). A la grande période de Louis XIV, tout doit symboliser l'absolutisme.

Il est coupé en 4 grandes parties, elle-êmes chacune coupée en 4. Les allées sont un peu plus larges qu'elles ne l'étaient au XVII°. Plusieurs espèces légumières anciennes ont été acclimatées comme les crosnes ou les topinambours.

Sont arrivés ensuite les épinards, les fraises, les petits pois gousse carrée (seule la gousse est carrée, les pois sont toujours ronds) qui arborent de jolies fleurs Magenta, la vitelotte (une pomme de terre violette que l'on doit à Christophe Colomb) et de jolies tomates.

Il faut le voir aujourd'hui comme un jardin pédagogique. Quand la récolte est abondante, on donne car on n'a pas le droit de vendre puisque c'est un jardin privé. Seule exception au moment de la fête des légumes oubliés en automne.

Jean-Paul, le jardinier, cultive en suivant les principes de la biodiversité en juxtaposant les plantes qui attirent les insectes pour en protéger d'autres. Il y a toujours un carré sur les quatre qui est en engrais vert, en tournant chaque année pour pratiquer l'assolement.
Le long du mur exposé au Nord s'étendent les collections de hostas, et de myosotis face aux mirabelliers de Lorraine.

On devine les sauts de loup, qui désignent les ouvertures sur l'extérieur. On emprunte l'allée des iris qui bientôt éclateront de blanc, de violet et de couleurs feux avec des tulipes entre les pieds. Au milieu, le rond d'eau qui servait autrefois à l'arrosage, une fis rempli de l'eau pompée dans la Salmouille voisine avec un moteur de bateau.

Les trois façons de palisser les fruits sont présentes : en chandelier, droit ou en éventail.
Le mur des simples affiche un large choix mais les étiquettes ne sont pas à considérer à la lettre. Les angéliques ont envahi les carrés voisins.

Plein sud, on voit des plaqueminiers. Je ne les ai pas photographiés mais ce sont des arbres qui donnent  des kakis. J'avais cuisiné ces fruits particuliers en tartelettes il y a quelques semaines.
Tout à coté ce sont les actinidias ... qui eux produisent des kiwis.
Il y a plusieurs serres. Une froide (ci-dessus) où la vigne s'apprête à bourgeonner. Une chaude (ci-dessous) réservée aux semis.
Nous terminons la visite par la chambre de conservation du raisin qui permettait d'en manger encore à Noël. Selon le procédé Thomery, une ville proche de Fontainebleau, on enlevait un grain sur deux et on glissait la grappe dans une bouteille pleine d'eau avec un morceau de charbon de bois pour qu'elle ne croupisse. Il n'y avait plus qu'à refermer les portes des armoires ... et attendre patiemment.
Il y avait aussi une glacière, sorte d'igloo en pierre de 25 mètres de profondeur. Les pains de glace étaient prélevés dans la Bièvre, au niveau de l'actuel station de métro Glacière (on comprend pourquoi) 
A Saint-Jean, on satisfait les familles en pensant aux petits comme aux grands. Il y a des conférences, des ateliers découvertes ... un restaurant.
Tout cela ne doit pas faire oublier la vue, assez extraordinaire puisque l'oeil peut se perdre à 40 kilomètres à vol d'oiseau, jusqu'à Melun.
Chaque année des prix sont décernés et les plantes élues sont exposées derrière le château. Ce sont souvent des plantes méconnues du grand public. Le Grand Prix Saint-Jean de Beauregard a été attribué aux Pépinières Delabroye pour Mathiasella bupleuroides 'Green Dream'

Le Trophée Saint-Jean de Beauregard, Catégorie Plantes Vivaces aux Pépinière du Beau Pays pour Pulmonaria saccharata 'Silver Bouquet'.
Catégorie Plantes Grimpantes  ce sont les Pépinières Philippe Leclercq qui ont été honorées pour Wisteria brachybotrys 'White Silk', une glycine au feuillage gris soyeux. Ses boutons floraux sont de taille supérieure à la normale. Elle a de belles grappes blanches parfumées, non retombantes, et dressées, contrairement à la plupart des glycines.
La Pépinière Un Jardin au Mont-Blanc a reçu le Prix de la Presse pour son Prunus incisa 'Frilly Frock', C'est le premier cerisier à fleurs avec un feuillage panaché prenant de magnifiques couleurs chaudes en  automne. Son port pleureur avec ses fleurs simples blanches en font une véritable "fontaine" blanche au printemps.
La Pépinière Flore des Sables pour Asphodelus ramosus a remporté le Coup de Coeur du Jury. C'est une plante herbacée et vivace de la famille des liliacées, qu'on peut trouver à l'état sauvage dans le sud de la France. Sa floraison particulière en avril-mai , s'accompagne d'une véritable trainées d'étoiles blanches veinées de brun, surmontée d'un beau feuillage étroit vert bleuté, persistant sous climat doux.
Le Prix de la Société Nationale d'Horticulture de France est allé à la Pépinière Les Vieilles Forges pour Diosma hirsuta 'Pink Fountain' et 'Sunset Gold', petit arbuste persistant, pouvant offrir une jolie floraison six mois durant. Idéal à mettre en pot sur une terrasse.

Je n'ai pas perdu de vue mon objectif de visite ... dénicher de solides aromatiques. J'ai noté des menthes de toutes sortes : bergamote, orange, chocolat. Rien qui me surprenne car je les avais déjà rencontrées. Par contre je me suis arrêtée chez Arom'antique sur le Ran ram, ou coriandre vietnamien parce qu'il est vivace, précisément, pouvant monter à 80 cm si on ne le pince pas. Je l'apprécie coupé fin sur de simples pâtes.
Son parfum est plus piquant, presque poivré que le coriandre que nous connaissons bien. C'est une alternative qui m'a tentée. Il faut le planter en pleine terre, plutôt à mi-ombre. Il a besoin de beaucoup d'eau comme je m'en apercevrai quelques jours plus tard. Il me fait penser aux impatiens qui m'effondrent quand elles ont soif et se redressent en un quart d'heure après un arrosage abondant.

J'ai appris que certaines plantes, que je pourchassais parce qu'elles étaient trop envahissantes dans mon jardin d'autrefois étaient en fait comestibles. Comme la tanaisie, ou barbotine, un petit chrysanthèmes dont les fleurs jaunes forment des bouquets très odorants.
On l'utilise principalement comme condiment vu son goût prononcé. Quelques fragments de feuille permettent de parfumer omelettes, desserts, liqueurs, infusions, crèmes... On peut aussi ajouter des feuilles hachées aux litières des chats et chiens domestiques pour éloigner les puces et les tiques.Mais attention, à haute dose la tanaisie serait toxique.

Si j'avais eu de la place j'aurais pris de la bourrache, dont les petites fleurs bleues embellissent les salades et qui fait merveille confite sur des desserts. Et pourquoi pas la capucine, qu'on appelait cresson du Pérou à la table de Louis XIV parce que toutes les parties de cette plante possèdent un goût proche de celui du cresson de fontaine. Piquantes et fortes en goût, feuilles et fleurs sont agréables à ajouter dans les salades. L'éperon des fleurs à un goût très original : sucré/salé et piquant fort à la fois. Les graines encore vertes et tendres sont conservées dans le vinaigre comme condiment (à la manière des câpres).

J'ai vu aussi la raiponce, qui est une petite campanule que l'on mange en salade quand ce n'est pas le titre d'un conte ou d'un film. Je me suis tout de même laissée tenter par une verveine orange dont j'ai le sentiment que c'est une mélisse. Je jugerai à la première infusion.

Les prix étaient très raisonnables. La plupart des aromatiques étaient vendues à 4 € et le plant de tomate à 2 €.

Le Domaine se visite en dehors des fête. Témoins de l'art de vivre au XVII ème siècle, château, communs, parc, potager, écuries, pigeonnier et abreuvoir forment un superbe ensemble architectural classé monument historique. Le jardin potager avec ses légumes rares et la succession de ses floraisons (hellébores, narcisses, iris, pivoines, roses et fleurs d'été), dévoile une harmonie de formes et de couleurs se modifiant au gré des saisons.

Vous pourrez aussi bien opter pour des visites individuelles du 15 mars au 15 novembre, tous les dimanches et jours fériés, de 14h à 18h (sauf pendant les Fêtes).

Tarifs 2012 : Gratuit moins de 8 ans
- Pigeonnier, potager et parc en accès libre : Normal 7.90€ - réduit 6€ pour les moins de 15 ans, groupes de plus de 15 personnes, étudiants et familles nombreuses sur présentation de leur carte.
- Château et pigeonnier guidés, potager et parc en accès libre : Normal 9.90€ - réduit 8€.
Billets : Billetterie sur place. Tarification spéciale pendant la fête des vivaces.
Parking gratuit . Les chiens doivent être tenus en laisse.

Domaine de Saint-Jean de Beauregard - Rue du Château - 91940 Saint-jean-de-Beauregard
Tél. : 01 60 12 00 01 - Fax : 01 60 12 56 31 - e-mail : info@domsaintjeanbeauregard.com

Site du domaine pour commencer par une visite virtuelle

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