dimanche 7 avril 2013

Quand nous serons frère et soeur de Sophie Adriansen chez Myriapode

Premier roman, mais tout de même sixième bouquin. J'en ai lu et chroniqué cinq. Je connais aussi l'auteure alors vous pouvez me croire si je vous dis que Quand nous serons frère et soeur ressemble à Sophie Adriansen.

Vous me direz que cela n'a strictement aucune importance. Oui et non. En tant que lecteur, seul le livre qu'on a entre les mains compte. Mais en tant que "lecteur avisé" j'apprécie que l'oeuvre d'un écrivain dégage une certaine cohérence. Avoir vu Sophie slalomer entre les genres, depuis le documentaire en passant par le témoignage, la biographie et la littérature jeunesse me faisait craindre qu'elle se perde en route tout en ayant hâte de la découvrir romancière, parce que je pense que c'est la voie que tout auteur a envie de suivre.

A chaque fois son écriture me semblait juste, adéquate, agréable. Il est probable que le saut à l'élastique que représente le roman lui paraissait trop vertigineux pour commencer par cela. Chacun son tempérament. Je ne vais pas être ironique, moi qui ai réalisé l'équivalent de quatre romans avec les billets du blog en repoussant sans cesse d'autre projets d'écriture.

Sophie m'avait "fait le pitch" au Salon du livre : une jeune trentenaire hyperurbaine, obnubilée par sa carrière et se croyant seule au monde depuis la mort de sa mère apprend brutalement qu'elle va hériter une forte somme de son père, jusque là inconnu. Le versement est conditionné à une clause suspensive qui consiste à passer un mois avec son frère ... qui se révèle son opposé, à tous points de vue.

Elle se rend chez lui, dans un village perdu au-dessus du Puy-en Velay. Ce mois de juillet ne sera pas à proprement parler un mois de vacances, ni pour l'un ni pour l'autre. je vais reprendre le compliment que lui a fait Grégoire Delacourt, publicitaire et écrivain (il a notamment publié la Liste de mes envies chez Jean Claude Lattès), en la situant quelque part entre Simenon pour le côté huis-clos et Serge Joncour, l'auteur de l’Amour sans le faire, pour la proximité du sujet. L'histoire de deux inconnus que le hasard réunit dans une ferme du Lot pendant un été de plein soleil, et qui doivent vivre dans un environnement rural qui n'est pas le leur et s'apprivoiser.

Quand nous serons frère et soeur est arrivé à un moment où j'étais surchargée de travail mais il m'a fait oublier toutes les priorités, avec la bonne conscience qu'un peu de détente me serait salutaire. Ce roman n'est pas "léger" mais il a la qualité des textes bien écrits et qui donc se lisent aisément.

De longues phrases, immenses, ornées de riches propositions s'enchaînent les unes aux autres comme les rames d'un métro qui sait où il va. Chaque mot a son intérêt. Ce n'est pas chez Sophie qu'on pêchera des formules creuses. Elle ne "pisse" pas de la copie, elle narre. Sa plume nous offre le fromage et le dessert.

C'est une ambianciste (j'ai rencontré quelqu'un qui fait ce métier avec talent et je trouve que la métaphore s'applique parfaitement à la situation). On ne va pas faire une dînette improvisée, accroupis sur le tapis longues franges que l'on vient d'acheter dans une grande surface de décoration. On savourera dans des assiettes d'époque des plats qui ont longuement mijoté sur une cuisinière. Comme cette carpe qu'on aura péchée nous-même dans le cours d'eau voisin.

Cela n'empêche pas d'être complètement dans l'air du temps. J'ai appris grâce à elle ce qu'était une baby shower. Est-ce un signe de ringardisme ou de liberté de n'avoir jamais été invitée à ce type de sauterie ? Il faudra que je lui pose la question.

Sophie est bibliophile. Elle ne pouvait pas s'empêcher de glisser des recommandations de lecture au fil des pages, avec une liste en bonne et due forme à la fin "au cas où" cela nous aurait échappé.

Sophie est cinéphile. Elle connait par coeur la filmographie de Louis de Funès. Ici elle ne renie pas la filiation avec les trois Frères (p.26), Et au milieu coule une rivière, ou encore Dialogue avec mon jardinier (p. 117). Je partage son opinion, moi qui connais et aime ces films, surtout le dernier.

Ses "au cas où" (p.55) sont désopilants. Comme ses pensées rituelles conditionnelles. Par exemple, si je survis à cette journée je tiendrai un mois. (p.64) La formule est à consommer sans modération.

Elle sait aussi glisser une allusion à un fait d'actualité pour ancrer son intrigue. (p.102)

Louisa va découvrir que l'on peut vivre bien, voire mieux que bien, sans Internet ni téléphone portable, sans nouvelles de ses amis ni nouvelles du monde. (p.111) Là je pense que c'est davantage un souhait qu'une réalité vécue par l'auteur car je la sais "accro" aux réseaux sociaux ... selon la formule consacrée.

Qui changera le plus dans cette aventure familiale ? C'est à vous de juger ... je ne vais pas tout vous raconter ici.

Quand nous serons frère et soeur de Sophie Adriansen chez Myriapode
Blog de l'auteur ici

1 commentaire:

Sophie a dit…

Juste une précision : jamais je n'oserais dire de moi que je me situe entre Simenon et Serge Joncour... C'est à Grégoire Delacourt, qui a été l'un des premiers lecteurs de mon roman, que l'on doit ces rapprochements ô combien flatteurs. Pour le reste, Marie-Claire... merci, merci pour ce très beau billet.

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