dimanche 8 mai 2016

Je l'appelais Monsieur Cocteau

Quelques notes de piano, sans doute une des Gymnopédies de Satie.

Bérengère Dautun est dans la peau de  Carole Weisweiller. Elle raconte la première fois qu'elle se trouve face à celui qu'elle appellera toute sa vie "monsieur Cocteau". La scène se passe en 1949 à l'occasion du Silence de la mer. 

Carole n'a que 7 ans et demi et la "vraie" rencontre marque le début d'un coup de foudre d'amitié entre Cocteau et sa mère, Francine, épouse d'un banquier, qui fut l'amie, la muse et la mécène de l'artiste. Il séjourna souvent, de 1950 à 1962, dans sa villa Santo-Sospir à Saint Jean Cap Ferrat et dont il décora tous les murs.

Des vidéos des fresques réalisées par le poète à la villa montrent sa manière de travailler, très vite, à même le mur, sans croquis préalable, d'une main qui n'hésite jamais, en diluant la poudre dans du lait pour fixer la couleur. Difficile de croire qu'il ne se mit à peindre qu'à 60 ans.

La comédienne revient sur cette période et la présence discrète mais efficace de Guillaume Bienvenu devant ou derrière une toile qui fait figure de miroir, fait revivre l'éternelle, le charme et la fraicheur du poète : mon bonheur est simple, j'aime aimer.

On comprend son mode de fonctionnement, prêt à tout pour se faire aimer, puisqu'il ne s'aime pas lui-même. Il doute de tout : il n'y pas d'amour, que des preuves d'amour.

Le spectacle nous apprend aussi combien Cocteau détestait tous les aspects matériels de la vie. A travers ce récit on se dit qu'il n'a pas davantage su défendre ses possessions que sa réputation. Il avait pourtant les mots pour encourager l'enfant : Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi.
Ce qui est original c'est de réussir à souligner combien la poésie de Cocteau était celle de l'enfant qu'il est resté. Rien d'étonnant à ce qu'il ait été si bien compris par Carole qui l'a connu quand elle était très jeune : il avait l'air d'avoir enfilé par mégarde la peau d'un adulte.

On voit aussi l'église de Villefranche où le monde entier défila pour admirer le sanctuaire de sa mythologie.

Je savais combien Pablo Picasso s'était mesuré à Matisse mais j'ignorais sa rivalité avec Cocteau.

Bérengère Dautun a réalisé une adaptation très fine et sensible, bien servie par la mise en scène sobre et pudique de Pascal Vitiello avec lequel elle a l'habitude de travailler. C'était lui qui l'avait mise en scène dans Comtesse de Ségur, née Rosopchine qui sera repris en mars 2017 dans ce même studio Hébertot.

Je l'appelais Monsieur Cocteau
Adaptation de Bérengère Dautun
d’après le roman de Carole Weisweiller
Mise en scène de Pascal Vitiello
Avec Bérengère Dautun et Guillaume Bienvenu
Au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles 75017
01. 42. 93. 13. 04
Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h

Puis les lundi et mardi à 19 h
Au Théâtre La Bruyère jusqu'au 20 mars 2017
5 rue La Bruyère, 75009 Paris
01 48 74 76 99

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Lot.

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