lundi 16 mai 2016

Maris et femmes


(mise à jour 14 juin 2016)

L'actu (comme on dit pour montrer qu'on serait branché) de Woody Allen est cannoise et parisienne. Je vais vous le dire tout de go, autant je peux aimer l'artiste au cinéma, autant je ne peux pas le défendre avec le même enthousiasme quand ses dialogues sont adaptés pour le théâtre.

La légèreté surréaliste de Midnight in Paris m'avait enchantée en 2011. Le culte de l'absurde développé dans To Rome with love m'avait déroutée l'année suivante. Woody Allen est un auteur surprenant qui utilise le terreau fertile de ses propres déconvenues pour analyser sa propre vie, certes avec dérision, mais surtout avec nombrilisme.

On ne peut pas dire que, à l'inverse de Molière, il touche à l'universalité du genre humain. On conviendra à la rigueur qu'il décrit un certain microcosme new-yorkais, quasiment un quartier d'ailleurs. Et comme on le sait New-York n'est pas l'Amérique, encore moins la France.

L'affiche du spectacle reprend les codes de celle du film qui date tout de même de 1992. La société a beaucoup changé depuis. Les remises en question conjugales n'attendent plus l'anniversaire des trente ans de vie commune pour se mettre en route. Des clichés ont été si souvent traités qu'ils ont perdu tout effet de surprise comme ... les apparences du bonheur et la rupture amiable, et surtout le quinquagénaire tombant sous le charme de sa jeune étudiante.

Et puis même si Marc Fayet (Gabe Roth) et Florence Pernel (Judy Roth) sont d'excellents comédiens, ils ne font pas oublier Woody Allen et Mia Farrow. Ni José Paul (Jack) Sydney Pollack. Le challenge était de taille et je ne suis pas certaine que le respect de l'écriture woodyallienne ponctuée d'interjections ait été une bonne idée.

Il en résulte des dialogues qui se répondent mécaniquement sans instaurer une véritable conversation. J'ai entendu le public s'en plaindre à la sortie, tout comme de la hauteur des voix. Forcer le ton gomme l'humanité qu'on aimerait voir se dégager des personnages. Le décor, évoquant pourtant astucieux une sorte de skyline que l'on pourrait situer à La Défense comme dans n'importe quelle grande métropole, est plutôt austère malgré des éclairages savamment dosés.
Jack et moi, nous nous séparons et on va très bien ! est une entrée en scène qui n'émeut pas.
La vie est un patchwork de renoncements ! n'est pas davantage une conclusion qui ouvre des horizons.

Je n'ai pas éprouvé d'empathie pour ce type d'états d'âme. N'aimant pas rester sur une impression aussi mitigée je promets de revoir la version cinématographique de Maris et femmes tout en ayant conscience qu'elle a du prendre un "coup de vieux" depuis le tournage, en 1992, avec Mia Farrow, Judy Davis, Sydney Pollack et Juliette Lewis. Je pourrai au moins juger le texte suivant la direction d'acteurs du réalisateur dans sa version "originale".

Adapter le cinéma au théâtre est périlleux, l'inverse est moins difficile. La comédie est au théâtre un genre particulier. Laissons au cinéma ce qui vient du cinéma. Et n'oublions pas qu'il existe des auteurs français contemporains, comme Courteline ou Georges Feydeau. La Pépinière annonce la création du Système Ribadier dans quelques jours. A suivre ...
Maris et femmes, de Woody Allen
Adaptation : Christian Siméon
Mise en scène : Stéphane Hillel
Avec Florence Pernel, José Paul, Hélène Médigue, Marc Fayet, Astrid Roos, Emmanuel Patron et Alka Balbir
Théâtre de Paris – Salle Réjane
Du mardi au samedi à 21h matinée le samedi à 17h matinée le dimanche à 15h00
Nominé aux Molières 2016 dans la catégorie Comédie
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J'ai revu depuis le film de Woody Allen qui est beaucoup plus intéressant parce que l'écriture cinématographique permet de comprendre les atermoiements de chaque personnage. Une voix off fournit des éléments complémentaires. L'insertion de scènes d'interview des personnages pour les amener à faire des confidences est très réussie. Cela manque dans l'adaptation théâtrale qui du cup en pâtit. La musique jazzy ajoute une dimension quasi nostalgique. Et surtout l'interprétation des acteurs est tellement parfaite qu'il est impossible de faire mieux.

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