mercredi 17 août 2016

Moka de Frédéric Mermoud avec Emmanuelle Devos et Nathalie Baye

Il sort aujourd'hui en salle. Je n'avais pas lu (pas encore) le livre de Tatiana de Rosnay et j'étais donc venue à la projection de Moka (que j'ai vue en avant-première début juillet) sans rien savoir de l'intrigue ni du parti-pris de réalisation.

J'en suis sortie totalement conquise. Frédéric Mermoud a réussi là un film extrêmement bien structuré et très équilibré. Ce n'est que son second long métrage (après Complices en 2010, déjà avec Emmanuelle Devos). 

La tension est maintenue jusqu'au dernier plan. Rien d'étonnant à ce que le réalisateur revendique l'influence de Roman Polanski et d'Alfred Hitchcock. On pense avoir tout deviné mais les rebondissements s'enchainent avec une montée en puissance.
Diane Kramer, 45 ans, s'échappe en pleine nuit de la clinique où elle soigne une dépression (légitime : son fils a été renversé par un fuyard). Elle vient de se décider à mener elle-même l'enquête à Evian et de l'autre côté du lac Léman avec la détermination de retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka. Diane devra se confronter à une autre femme, attachante et mystérieuse. Et le chemin de la vérité sera plus sinueux qu’il n’y paraît. 
Plusieurs thèmes se croisent ici. Le film est d'abord ressenti comme un policier classique mais très vite l'aspect psychologique l'emporte. Le visage de Diane (Emmanuelle Devos), soucieux, abimé, sombre, suscite l'interrogation et une pointe d'angoisse alors que retentit le bip d'un appareil que l'on pense être une de ces machines qui surveillent l'état de santé d'un grand blessé. On la découvre en fuite d'une maison de repos suisse haut de gamme, et sa dérive semble à la fois physique et psychique.

Quelques instants plus tard elle pénètre chez elle comme une voleuse, pour prendre en hâte quelques affaires. La photo du fils est poignante au-dessus d'un post-it promettant de voir du rêve. On devine combien la vie de cette maman a pu voler en éclats.

Elle s'entretient avec le détective qu'elle a chargé de l'enquête puisque la police fait chou blanc. Elle cherche des preuves et doit se contenter de pistes ... pour le moment. Elle est omniprésente et nous embarque dans son jeu. On accepte ses mensonges qui n'en sont pas totalement. Parce qu'on est forcément de son coté et parce qu'on a deviné que le vertige de sa souffrance ne peut trouver sa résolution que dans l'action. Son désir de comprendre est supérieur à l'esprit de vengeance.
La seule "folie" qu'elle s'autorisera sera provoquée par sa rencontre avec Vincent (Olivier Chantreau) mais je ne vous dis pas laquelle. En fait on peut considérer qu'il y en aura deux.

Rien n'est tranché et la manière de cadrer les images derrière une vitre ou dans le reflet d'un miroir participe à installer une certaine distance. Il y a malgré tout beaucoup d'angoisse diffuse, mais aussi une certaine douceur et bientôt une tendresse confondante.

Le titre Moka est tout simplement évocateur de la couleur de la Mercedes que possède Marlène (Nathalie Baye), et qui est au centre du récit. Son personnage est lui aussi complexe. On devine que sa blondeur est un artifice pour masquer des sentiments qui ne demandent qu'à éclore ... comme la vérité sur laquelle le film se conclut, aussi simple que la déclaration d'un prénom.

C'est la première fois que les deux actrices se donnent la réplique. Et j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de comparable au duo entre les personnages incarnées par Emmanuelle Devos et Karin Viard dans On a failli être amies d'Anne le Ny.

Si dans le roman, l'action se déroule entre Paris et Biarritz, le réalisateur a choisi de transposer l'histoire à la frontière franco-suisse, entre Lausanne et Evian pour mettre face à face deux villes de deux pays différents.

Le tournage a donc eu lieu sur les bords du lac Léman et en Suisse. La présence de l'eau apporte à la fois apaisement et tourment car le lac n'est sans doute pas aussi calme qu'il en a l'air. Ne dit-on pas qu'il faut se méfier de l'eau qui dort ...

Moka est adapté du roman éponyme de Tatiana de Rosnay publié en 2006 (que j'ai aperçue de dos dans la parfumerie de Marlène). Frédéric Mermoud et Antonin Martin-Hilbert ont bâti le scénario à partir d'une petite partie du livre, comme s’il s’agissait d’une nouvelle. La romancière a accepté cette liberté. Elle a l'habitude de voir ses romans adaptés sur grand écran. Elle s'appelait Sarah et Boomerang ont déjà été filmés, Spirale et Le Voisin sont en tournage.

A signaler que Moka, publié en 2006 aux éditions Héloise d'Ormesson, sort cet été en Livre de Poche.

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