samedi 20 août 2016

Les Corps de Lola de Julie Gouazé

Après Louise, son premier roman remarqué paru chez Léo Scheer en 2014, Julie Gouazé change de style avec Les Corps de Lola.

Le livre ne fera pas l'unanimité. Certains l'exécreront. D'autres crieront au génie. Certes, il est dérangeant, mais je ne pense pas qu'on puisse douter de la sincérité de l'auteure, ni de son courage pour oser traiter un sujet encore si tabou.

La couverture est explicite. On a toutes en nous quelque chose de la Princesse et de la Femme fatale. Alors elle dépoussière le mythe : les petites filles rêvent de rencontrer le prince charmant. Les petits garçons attendent de rencontrer la parfaite salope. (p. 30)

Lola est un puzzle de toutes les femmes :
  • celle qui dit oui parce qu'il lui fallait dire oui. Parce qu'elle s'est persuadée qu'elle n'avait pas le choix (p. 43)
  • celle qui murmure et qui n'ose pas (p. 40), sous-entendu exprimer à l'homme son hurlement intérieur
  • celle qui apparait en talons, lingerie de dentelle et aime le sexe (p. 41)
  • celle qui chante une berceuse avant de s'endormir en pyjama pilou
  • celle qui franchit la ligne (p. 70)
  • celle qui parfois a le dégoût d'elle-même, qui se sent sale, vidée, collante

Je comprendrai que la lecture des Corps de Lola ne soit pas linéaire. Pourquoi pas. Lâchez-le, Reprenez-le. Découvrez-le par morceaux. Vous tomberez sur deux ou trois pages qui confèrent au sublime. Alors vous le reprendrez depuis le début avec un oeil neuf.

Julie Gouazé écrit de belles pages à propos de la tendresse de la routine qui peut aussi être un enfer (p. 59), de ce qu'elle pointe (p.77) comme étant le vrai défi de la vie, continuer à aimer ce que l'on connait.

Louise traitait de l'alcoolisme. Ici c'est d'une autre addiction qu'il s'agit, sexuelle, qu'elle traite avec la densité et l'intensité qui caractérisaient son premier roman.

On peut parfois penser à Bellevue de Claire Berest, paru chez Stock. Mais Julie Gouazé va au-delà. Le livre tient du récit, de la confession (je ne dirais pas autobiographique, d'ailleurs peu importe), de l'analyse socio-psychologique, du manifeste ... Le plus troublant est sans doute qu'on se laisse prendre et qu'en le refermant on approuve : Lola est une femme comme les autres. Ce qui revient à consentir que chacune de nous est (aussi) Lola.

Les Corps de Lola de Julie Gouazé, chez Belfond, en librairie le 18 août 2016

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