dimanche 28 août 2016

Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud

Lucie s'investit pleinement dans les études qu'elle a entrepris à Hypokhâgne. Mais elle se révèle fragile et supporte mal le rythme et l'ambiance de cette Prépa Phylo.

Elle n'était pas (p. 13) préparée à ces luttes intestines, à ces rivalités haineuses, aux questions acerbes (...), au ton cassant des profs, aux humiliations quotidiennes. (...) une overdose de savoir qui conduit au blackout.

Lucie est en quête de sens et se heurte a des doutes. Ce n'est pas un cas isolée. Son amie Mathilde suit le même chemin. Et c'est peut-être ça qui précipite son basculement vers une autre préparation, qui malheureusement ne va pas être plus bénéfique, de notre point de vue de lecteur. Position que l'on partage avec Juliette, sa meilleure amie, qui assiste, impuissante à ce qu'on pourrait appeler, sans faire de vilain jeu de mots, un chemin de croix.

La jeune fille subit l'influence d'un ami de son père (décédé), le Père Simon, qui l'exhorte (p. 28) à accepter la démaiîrise. L'auteure pose les bases de l'embrigadement qui, s'il est ici religieux, aurait pu être celui d'une secte ou de toute pratique extrême : un burn-out, l'absence de père, l'ambition familiale (portée par la mère, pourtant aimante), un modèle déjà convaincue (Mathilde). Elle pose aussi en contrepoint la beauté de la foi.
L'ecclésiastique propose un grand courage et un esprit libre. La seconde partie de la formule est un mensonge. Le jésuite n'est pas regardant sur la vérité. Il jure (p. 29) ne pas connaitre les novices vers qui il dirige Lucie.
Lucie est amoureuse. Éperdument. Mais pour imposer celui qu’elle a choisi, elle va devoir se battre. Ne pas céder face à l’incompréhension et à la colère des siens. Malgré les humiliations quotidiennes, les renoncements et l’ascèse, elle résiste et rêve d’absolu. Un jour, pourtant, le sacrifice qu’elle a durement payé est ébranlé par la découverte d’un secret. Le doute s’immisce. S’est-elle fourvoyée ou est-elle victime d’une manipulation ?Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables. En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.
ll faut lire le livre jusqu'au bout puis reprendre les premières pages pour mieux comprendre le processus. Il sait quels arguments avancer pour la couper de sa famille et de son amie Juliette. Promettre la liberté dans l'enfermement. Quelle audace !

La pauvre Lucie sera d'abord humiliée comme femme de ménage. Et ce n'est que le début d'une succession d'épisodes terribles que je ne vous raconterai pas. Il faut que vous découvriez ce monde clos par vous-même, au rythme de l'écriture saisissante de Maëlle Guillaud.

Ce qui est terrible, c'est la lucidité avec laquelle la jeune fille réalise dans quel enfer elle est enfermée : ici c'est chacun pour soi et Dieu pour toutes (p. 45).
A plusieurs moments les souvenirs du passé tentent de faire écran au présent mais Lucie ne cède pas. Elle reste persuadée en toute bonne foi que seul l'esprit compte et que le paraître n'a pas de place au sein de la congrégation.

Et pourtant si, mais en inversant les codes. Les cheveux sont rares, ras et aplatis, le corps bouffi, les jambes lourdes, les ongles longs comme des griffes. Les novices se métamorphosent lentement en monstres sous voile, on pourrait dire sous cloche. Et le voeu de silence conforte la chape de plomb.

On trouve sous la plume de l'auteure des expressions forcément violentes comme la qualification du sourire (démoniaque) d'une soeur ou la description du cerbère de molosse de la prieure.
Le processus d'identification du lecteur s'effectue sur Juliette dont le regard effrayé mais compatissant nous soutient à poursuivre une lecture que certaines personnes lâcheront sans doute en cours de route.

Elles ont tort parce que Lucie ou la vocation est un livre précieux, quel que soit le rapport que l'on a (ou a eu) avec la religion (et quelque religion que ce soit).
Comme son amie Juliette, on se heurte à la paroi de verre et on voit cette congrégation comme l'ogre des contes, qui dévore ses propres enfants. (p. 70)
Maëlle Guillaud sait de quoi elle parle. Cela fait vingt ans qu'elle charrie cette histoire, inspirée de faits réels, même si cette Lucie là est un être de papier, ne l'oublions pas.
Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud, aux éditions Héloïse d'Ormesson, en librairie depuis le 18 août 2016

2 commentaires:

Binchy a dit…

Une excellente chronique ! Merci Marie-Claire de m'avoir donner le lien que je vais transmettre à mes amies. Nous rencontrons Maëlle Guillaud le 17 novembre prochain à la librairie Passerelles de Vienne où cet ouvrage est un Grand Coup de Coeur de Lise-Marie et Murielle, les deux gérantes de la librairie.
Bel fin de journée à vous.
Amitiés.
Bernadette.

marie-claire a dit…

Si tu en as l'occasion transmets lui mes souhaits pour les Prix où elle est en lice; de toute façon c'est déjà un très beau succès dont elle peut être fière, avec un sujet pas facile.
marie-claire

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