mardi 30 août 2016

Le bon fils de Denis Michelis

A peine arrivé dans ma boite aux lettres, Le bon fils a réussi à se faire adopter en doublant tous les autres livres en attente de lecture. Je n'ai pas résisté au style de Denis Michelis qui mélange les genres pour en faire un ouvrage que j'ai trouvé très savoureux.

Je ne savais rien de l'auteur qui signe ici son deuxième roman et je l'ai donc découvert sans aucun a priori. Le sujet est parfaitement raccord avec la rentrée scolaire. Un jeune homme intègre un nouveau lycée, découvre de nouveaux professeurs (et parmi eux mademoiselle Gheorghe avec deux h), de nouveaux camarades, qu'il nous décrira avec un regard impitoyable parce que rien ne change, surtout pas son père qui ne présente rien de nouveau.

S'il n'avait pas écrit ce roman en 2015 Denis Michelet aurait pu pointer aussi les nouveaux programmes. Il s'appuie sur les cours de 1ère Economique et Sociale dont il avait gardé la trace. On ne va pas lui en tenir rigueur quand il critique un système conçu pour simplifier, vulgariser, résumer, répéter jusqu'à plus soif : à quoi servent ces longues et fastidieuses années d'études si c'est pour enseigner les basiques. ( p. 52) 

L'adolescent esquisse une amourette avec la fille aux boutons d'or. Il n'a qu'un véritable ami, un arbre, un frêne, quasiment personnalisé, dont une feuille avise le lecteur qu'Albertin deviendra bientôt Constant. Ce n'est pas une fatalité d'avoir ou d'être un mauvais fils. Denis Michelet n'écrit pas un traité d'éducation. Il mélange les genres avec un texte ou l'on abandonne vite la prétention de démêler le réel de l'imaginaire.

L'emploi des italiques n'est pas nécessairement signe de dialogues, lesquels arrivent sans tiret et ne prennent pas plus nécessairement fin avec un retour à la ligne. Les parenthèses s'ouvrent et se ferment comme des portes qui claquent sur des pensées parasites. Les voix intérieures du père comme du fils se coupent sans cesse la parole, installant la confusion des sentiments qui les agitent. Même les pronoms sont de trop faibles indices puisque le fils, qui raconte sa propre histoire, alterne entre le je et le il pour parler de sa propre personne. 

Une seule chose est annoncée avec certitude dès la page 35, le mauvais fils deviendra bon. Ce qui n'est pas connu c'est le chemin qu'il faudra suivre pour atteindre l'objectif, ni le prix à payer qui s'avère discrètement lourd. On devine des violences, une gifle par ci, un coup par là, des brimades. 

Mauvais fils à la maison, il a vite la réputation d'être mauvais élève : Tu le la joues avec tes grands airs mais en attendant, as-tu seulement pensé à faire des résumés sur fiches Bristol afin de ne pas avoir l'air d'un glandu en cas d'interro-surprise ? (...) je ne vois toujours pas la différence entre le présent perfect et le past simple. (p. 57)

Puis un jour, ou un soir, arrive Hans, un ami de longue date qui leur veut du bien, et qui va s'incruster auprès du père hypocondriaque fraichement divorcé et dépassé par le moindre non-évènement. Hans cuisine, répare, dépanne, conduit, lave, repasse, achète, range, débarrasse, surveille la casserole sur le feu, vérifie, rectifie et corrige ... Puis qui menace : je ne vais tout de même pas jouer les bons pères juste pour la beauté du geste (p.180) dans la vie il y a toujours un prix à payer.

Nous avons basculé dans le fantastique, peut-être même dans le roman noir. Le roman n'abandonne pas les références poétiques et ne lâche pas non plus le ton de la tragicomédie pour nous servir une critique drôle et acerbe de notre conception de la réussite familiale, sociale et même amoureuse.

Denis Michelis dit s'être inspiré du parcours d'un copain de lycée qui racontait que sa mère le giflait pour toute note inférieure à 14 sur 20. L'hystérie des professeurs et des parents autour de la réussite et des bonnes notes n'est pas terminée. Je connais bien des exemples autour de moi.

Ce roman m'a accroché parce que l'écriture bouscule tous les codes, osant passer du classique très français, pour devenir brutalement très prosaïque quand il s'agit de répondre à la violence subie par l'adolescent face à des adultes qui veulent la réussite à tout prix.

Une fois commencé le livre devient vite addictif comme un page-turner qui aurait été composé dans un huis-clos normand où Maupassant aurait invité Stephen King à le rejoindre.

Le bon fils de Denis Michelis, collection Notabila, éditions Noir sur Blanc, en librairie le 25 août 2016

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