mercredi 25 novembre 2020

Les fantômes d'Issa de Estelle-Sarah Bulle

 

J’avais emmené Les fantômes d'Issa dans ma valise. Pour ne pas me trouver en panne de lecture si le confinement se prolongeait. J’ignorais alors la puissance du mouvement de "click and collect" auquel cependant je n’ai pas accès parce que le plus proche libraire qui le pratique est tout de même situé à plus d’une demi-heure de là où je suis en ce moment et que donc je n’ai pas le temps de faire l’aller-retour. Mais vous, peut-être …

J'ai bien failli refermer le roman après quelques pages. Je trouvais l’intrigue peu plausible. Pour tout dire, ça commençait mal, j’étais m'agacée. Mais j'avais tant aimé le premier roman de Estelle-Sarah Bulle en littérature adulte, que je me suis forcée.

Et puis je me souvenais de ses paroles au cours d'une soirée de présentation organisée par l'Ecole des loisirs, le 9 mars 2020, une date en quelque sorte surréaliste aujourd'hui : C’est l’histoire d’une adolescente hantée depuis quatre ans par une culpabilité féroce et on s'interrogera longtemps avant de savoir si elle a commis un crime. Je suis touchée par l’injustice donc je suis féministe de fait, avait-elle ajoutée.

Je rassure les curieux : ce roman n’est pas du tout autobiographique. C'est tout juste si l'auteure a glissé des allusions à ses racines antillaises. Elles sont bien plus nourries dans Là où les chiens aboient par la queue.

Estelle Sarah Bulle appartient à la même famille littéraire qu'Eric Pessan. Issa est proche de Lalie,  l'héroïne de son dernier roman, Tenir debout dans la nuit. Voilà des auteurs qui se saisissent des problématiques auxquelles nos jeunes sont confrontés, en particulier le harcèlement qui fut si longtemps tabou.

L'originalité d'Estelle est de l'inscrire en parallèle d'une culpabilité consécutive à une mauvaise action (un sujet qu'Eric Pessan a traité de diverses manières), notamment dans Plus haut que les oiseaux.

Quand la honte contraint au secret que de souffrance on endure, quel que soit l'âge qu'on a. Voilà donc pourquoi ce livre a une valeur universelle. Issa, 12 ans, a beau tenter depuis déjà 4 ans, de refouler son secret au plus profond de sa mémoire, il ressort la nuit, s'habillant de cauchemars qui la réveillent en sursaut malgré la petite lampe allumée près du lit. J'ai fini par éprouver beaucoup d'empathie pour cette adolescente passionnée de mangas.

Evidemment si la jeune fille s'était confiée à un adulte elle aurait peut-être apaisé sa conscience (mais nous n'aurions pas eu d'histoire). L'écriture sera salvatrice, d'une manière originale dont je ne vous dis rien.

Au final j'ai adoré cette histoire dont je me suis rendue compte qu'il appartenait à la sélection Jeunesse des 68 premières fois. Je recommande cette première publication jeunesse, en espérant que d'autres suivront. 

Les fantômes d'Issa, de Estelle-Sarah Bulle, illustration de couverture par Siegfried de Turckheim, collection Médium,  à partir de 11-13 ans, paru pour la première fois le 22 janvier 2020

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