
Féminicide a déjà été publié dans une vingtaine de pays et c’est le premier thriller traduit en français de Pascal Engman, ancien journaliste devenu un auteur star en Suède. C’est une médiathécaire qui me l’a recommandé alors, malgré une couverture peu engageante, et un titre trop explicite (Le roi des rats -cité p. 462- et qui était le titre original me semble bien meilleur), et étonnamment au singulier, j’ai tenté l’aventure … et j’ai beaucoup apprécié.
J’ai compris pourquoi il était effectivement captivant. Des chapitres courts qui engagent à les enchaîner. Autant de "bons" que de "méchants". Des personnages qui fonctionnent en duo ou en parallèle, deux par deux à chaque chapitre, et qui suscitent l’empathie (bien entendu ceux qui sont positifs) et qui se trouvent parfois confrontés à des cas de conscience, à l’instar d’ailleurs de Justin Kemp qui, dans Juré n°2 doit participer au procès du petit ami d’une femme retrouvée morte après une altercation avec son petit ami. Celui-ci est accusé d’homicide après violence domestique. Justin est personnellement impliqué dans cette affaire et va se débattre entre plusieurs dilemmes, dire ou pas toute la vérité, faire en sorte que le suspect ne soit pas jugé coupable mais en risquant lui-même une peine de trente ans …
Le contexte est un peu différent pour le personnage de Jasmina dont on a vu venir le dilemme (p. 190) et dont on devine la décision sinon il n’y aurait plus de raison de poursuivre le livre. On retrouve ce type d’interrogation à deux reprises pour cette jeune femme qui se refuse à avancer en compromettant ses convictions (p. 470). Et puis le roman s’inscrit dans un contexte sociologique contemporain dont j’ignorais d’ailleurs l’importance, le phénomène Incel (les célibataires involontaires frustrés et violents, expliqué p. 421), qui existe et qui s’est structuré tout de même depuis près de vingt-cinq ans ans. Les citations, le plus souvent anonymes, figurant en tête de chaque partie sont glaçantes.
Ce roman n’est pas seulement un polar. C’est aussi le miroir d’une société sous la surface de laquelle opèrent des forces destructrices, alimentées par la marginalisation et une vision déformée de la relation entre les sexes. J’ai été sidérée d’apprendre qu’en Suède seulement 4% des plaintes pour viol aboutissaient à une condamnation (p. 253).
L’action se déroule dans plusieurs quartiers de Stockholm et la méconnaissance de la ville (pourquoi les éditeurs ne pensent-ils pas à ajouter un plan de situation ?) est un peu dérangeante. J’ai eu du mal à me repérer entre les différents quartiers et à apprécier les distances dans les course poursuite. Il n’empêche que ce roman se lit facilement et qu’on a vraiment d’arriver au bout sans attendre.
Emelie Rydén, vingt-cinq ans, est retrouvée assassinée dans son appartement. Tout accuse son ex-petit ami violent, et l’affaire semble simple. Un peu trop pour l’enquêtrice Vanessa Frank… et même pour nous. On devine régulièrement mais en partie seulement certains enchaînements et la fin est réellement haletante.
Né en 1986, Pascal Carl Orlando Engman Murchio est l'auteur suédois de romans policiers le plus vendu de sa génération, avec plus de 600 000 exemplaires de ses livres achetés rien qu'en Suède et faisant de lui une star et on a du mal à imaginer que devenir écrivain fut une reconversion après une dépression (p. 531). Avant de se lancer dans l'écriture, il était journaliste au quotidien suédois Expressen, ce qui a dû lui donner accès à des sources d’information très documentées. La séquence de la plongée (p. 514) comporte des précisions qui ne s’inventent pas.
Il a commencé par la série Vanessa Frank avec d’abord Eldslandet (La terre de feu), 2018 puis Råttkungen (Le roi des rats) en 2019, publié en anglais par Legend Press sous le titre Femicide en 2022. Ce fut ensuite Änkorna (Les veuves) en 2020 et Kokain (Cocaïne) en 2021.
Si j’ai vraiment passé un bon moment de lecture je ne sais pas si j’aurai malgré tout envie de lire Les veuves, le second roman traduit (en mars 2025) qui fait revivre d’autres aventures à ses personnages fétiches, Vanessa et son ami, l’ex-soldat d’élite Nicolas Paredes, que, du coup, on imagine invincibles malgré les dangers puisqu’il faut les garder vivants pour de nombreuses autres péripéties.
Féminicide de Pascal Engman, traduit du suédois par Catherine Renaud, Nouveau Monde éditions, titre original Le rois des rats, 2020, première publication en France en février 2024, livre de Poche 2025
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