vendredi 10 mai 2013

J'ai bêtement perdu Mariette à cause d'un sanglier qui aimait Chopin


Voilà un intitulé à rallonge comme le nom d'un aristocrate. Rien de bien étonnant. Nous sommes chez Charles le Gentil, seizième du nom, ou, pour faire simple Charles de Pombrian.

L'homme, aviculteur de son état ... enfin de son état actuel, élève donc des poules. Pas n'importe lesquelles comme vous pouvez vous en douter. Des poules de race ! C'est qu'il lui fallut se mettre au travail lorsqu'il perdit son château... Il nous accueille la chopine à la main, essoufflé par une petite course, à moins que ce ne soit la conséquence d'une bombance.

Nous sommes en terre de Rabelaisie, au coeur de la Touraine, si vous préférez. Pour connaitre la région je confesse qu'il fait bon vivre dans ce qu'on surnomme le Jardin de la France, ou parfois plus pompeusement la petite Toscane.

La crise est passée par là mais il restera toujours du (bon) vin, du (bon) pain et un (excellent) fromage pour les voisins ou les copains. Il a le choix. Tenez, rien que pour le vin, plusieurs cépages mais nous nous arrêterons sur un Chinon, un pur cabernet franc dont il fait la réclame : beuvez-en toujours, ne mourez jamais !

Charles a plus d'un proverbe dans son sac. Soleil matin, soir chagrin, lendemain serein ! mais ne nous égarons pas ... Bonne pâte, il a accepté de remplacer le guide  au pied levé pour nous faire visiter le château Renaissance qu'il connait comme sa poche. Les caves du Théâtre Essaïon sont "raccord" en terme de décor. Il y fait frais et on oublie que la scène est censée se dérouler sous une chaleur torride.

La visite est prétexte à évoquer les vieilles pierres, le bien manger qui devrait être rendu obligatoire par le législateur, et un chagrin d'amour lourd comme une montagne. En effet, Charles est amoureux de Mariette, une amie d'enfance devenue administratrice du château dont il est dépossédé.

Cela, ajouté à plusieurs tracas familiaux, lui ont donner l'envie de s'enfuir pour n'importe quel ailleurs mais l'homme avoue qu'il est trop enraciné. Il est donc parti pour mieux revenir.

Le spectacle est une ode au temps passé, évoquant Azay-le-Rideau, le tombeau de Léonard de Vinci au Clos Lucé ... et Hamlet au poulailler. Vous l'aurez compris la balade est déroutante mais poétique, émaillée de jolies expressions : Mourir .. dormir ... rêver peut-être.

Jean Michel Meunier a écrit un texte plutôt nostalgique. Il nous rappelle que la vie est un voyage vers la mort. Mais son interprétation n'est pas morose, loin de là.

Il voit l'amour comme seule compensation et implore "sa" Mariette : Amour, allonge les distances et suspends le temps !

Et Chopin me direz-vous ? Il parait qu'il écrivit le prélude n°15 à Majorque, rongé par l'éloignement de George Sand. D'autres assureront que c'est le n°6. L'un comme l'autre sont plutôt sombres. Je préfère le Prélude n°4 en Mi mineur Opus 28 et je ne suis pas la seule ... Il a inspiré à Serge Gainsbourg la musique de la chanson Jane B. qu'il écrivit pour sa belle en 1969. L'amour toujours ... qui nous égare et nous réunit.
J'ai bêtement perdu Mariette à cause d'un sanglier qui aimait Chopin de et avec Jean Michel Meunier
Mise en scène : Hervé Dubourjal
Du 28 Février 2013 au 15 Juin 2013
Les jeudi, vendredi et samedi à 20h au Théâtre Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard - 75004 PARIS (M° Hôtel de Ville ou Rambuteau)
Location 01 42 78 46 42
www.essaion.com
photo Richard Baltauss

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